La fonction spécifique d’un Bouddha dans l’évolution historique
et cosmique est de redécouvrir et de proclamer le chemin perdu vers le Nibbâna. L’histoire, pour le bouddhisme, ne se déroule pas linéairement de la création à l’apocalypse. Elle se déploie
plutôt en cycles répétés de croissance et de déclin, enchâssés dans les révolutions plus amples du processus cosmique. Les systèmes de mondes apparaissent, évoluent, se désintègrent et sont
remplacés par de nouveaux systèmes de mondes, nés des cendres des anciens. Sur cet arrière plan sans limite spatio-temporelle, les êtres migrent de vie en vie à travers les trois sphères
d’existence. Toute existence cyclique est marquée par la souffrance : elle est transitoire, instable, insubstantielle, débute à la naissance dans la douleur et finit dans les peines du grand
âge, de la maladie et de la mort. Périodiquement, cependant, un être surgit –toujours dans le monde des hommes- du fond des labyrinthes obscurs du samsâra. Il démêle l’enchevêtrement embrouillé
des conditions qui sous-tendent ce processus d’esclavage et découvre ainsi, par sa seule sagesse et sans aide, le chemin perdu vers le Nibbâna, l’état non conditionné de félicité, de paix et de
liberté parfaites. Cet être est un Bouddha.
Un bouddha ne redécouvre pas seulement le chemin vers le
Nibbâna ; il instaure également une sâsana, une Diffusion du Dhamma, pour donner à d’innombrables êtres la possibilité d’apprendre le Dhamma et de fouler la voie vers le but. Chaque Bouddha
fonde une Sangha afin de faciliter le progrès le long de la voie, un ordre de moines et nonnes renonçants, qui ont abandonné la vie familiale pour assumer pleinement le joug de la discipline, le
brahmacariya, ou vie sainte. Chaque Bouddha enseigne librement et ouvertement le Dhamma aux quatre classes de disciples – moines, nonnes, laïcs hommes et femmes – leur montrant
comment se comporter pour accéder à de meilleures renaissances dans le cycle des existences, ainsi que le chemin qui libère définitivement de ce cycle vicieux. La venue d’un Bouddha est toujours
un événement favorable, même pour ceux qui ne peuvent atteindre la première étape de l’état de noble disciple. En prenant refuge en les Trois Joyaux, en faisant des offrandes au Bouddha et à sa
Sangha, en entreprenant de pratiquer l’Enseignement, les êtres sèment des graines de mérite douées de la capacité la plus efficace de produire des fruits favorables.
Bhikkhu Bodhi
"Les grands disciples du Bouddha" - Nyanaponika Thera & Hellmuth Hecker
Questions & réponses avec Achaan Jumnien
Extraits de « Dharma vivant » de Jack Kornfield
Question : Vous dites qu’il y a de nombreuses manières efficaces de pratiquer. Que penser des maîtres qui affirment que leur méthode est la seule conforme à la voie du Bouddha, et que les autres pratiques ne conduisent pas à l’éveil ?
Réponse : L’ensemble de la pratique bouddhiste peut se résumer en une phrase : Ne t’attache à rien. Il arrive que des gens, même très sages, s’attachent encore à la méthode qui leur a permis de progresser. Ils ne se sont pas encore totalement détachés de leur méthode, ou de leur maître. Ils n’ont pas compris ce qu’il y a de commun à toutes nos pratiques. Ce ne sont pas pour autant de mauvais maîtres. Il faut s’efforcer de ne pas les juger et de ne pas idéaliser l’image du maître. La sagesse n’est pas quelque chose à quoi on puisse s’accrocher, et elle ne peut émerger qu’en l’absence d’attachements.
Pour moi, j’ai eu de la chance. J’ai eu l’occasion de pratiquer avec plusieurs maîtres avant de commencer à enseigner. De nombreuses pratiques sont efficaces. Ce qui importe est de mettre toute votre confiance et toute votre énergie dans la pratique. Vous jugerez vous-même alors des résultats.
Question : Faites-vous généralement commencer vos élèves par la méditation sur la vision intérieure ou par des exercices de concentration ?
Réponse : La plupart du temps, ils commencent par la pratique de la vision intérieure. Mais parfois, je commence par un exercice de concentration (jhana), notamment s’ils ont déjà pratiqué la méditation ou si leur esprit se concentre facilement. Mais de toute façon, chacun doit tôt ou tard revenir à la pratique de la vision intérieure.
Il y a, dans les Ecritures en pâli, un discours dans lequel Bouddha, discutant avec des visiteurs laïcs, aborde ce sujet. Il montre plusieurs groupes de moines assis dans le bois autour de lui :
« Voyez comment les moines qui sont attirés par une grande sagesse sont assis autour de Sariputtra, le plus sage de mes disciples. Ceux qui cherchent à acquérir des pouvoirs sont réunis autour de mon grand disciple Maha Moggallana. Et ceux qui sont attirés par la discipline monastique sont regroupés autour d’Upali, le maître du Vinaya, tandis que ceux chez qui prédominent les tendances jhaniques sont… »
Nous voyons donc bien que depuis l’époque du Bouddha, les maîtres ont toujours permis à leur disciples de choisir leur pratique de méditation en fonction de leurs prédispositions.
Question : Pouvez-vous nous donner encore quelques conseils pour orienter notre pratique ?
Réponse : Votre pratique doit être orientée à l’opposé de vos écueils et de vos attachements. Si vous cherchez sincèrement, vous les identifierez facilement. Ainsi, si votre tempérament vous pousse à l’indifférence, vous devrez cultiver la tendresse. Si le désir sexuel est pour vous un problème, vous axerez votre contemplation sur les aspects repoussants du corps jusqu’à ce que vous soyez capable de voir clairement sa vraie nature, et serez débarrassé de vos désirs. Si vous êtes ignorant et troublé, cultivez l’introspection et la sensibilité en fonction de votre expérience, et soyez disposé à surmonter cette tendance. Mais votre pratique doit être dévote et sincère, vous devez être mené par un désir incessant de connaître la vérité. Sinon, votre pratique stagnera et deviendra un simple rituel. Petit à petit, d’un moment à l’autre, vous devez suivre votre voie avec constance. Pratiquez sans crainte dans le sens de vos attachements, et cela jusqu’à la délivrance. C’est tout.
Question : Est-il utile de méditer sur la pensée, d’utiliser la pensée dans la méditation ?
Réponse : Lorsque nous commençons à pratiquer, nous commençons à entrevoir la nature de notre processus normal de pensée. Un flux sans fin d’idées, d’imaginations, de regrets, de projets, de jugements, de craintes, de désirs, de commentaires, de soucis… Il peut être utile, en particulier au début de la méditation, de travailler avec la pensée, d’orienter l’esprit pensant vers notre pratique. Cela signifie que l’on cultive des pensées ayant trait au Dharma, comme la réflexion sur les quatre éléments. Contemplez la manière dont tout ce que nous savons change de forme, le fait que notre monde n’est qu’un mouvement perpétuel d’éléments. Nous pouvons aussi axer notre pensée sur la contemplation des trois caractéristiques dans toutes les situations de la vie quotidienne. Nous pouvons penser à la vie et à la mort imminente pour comprendre notre expérience dans les termes du Dharma. Tout cela revient à cultiver la compréhension juste. A partir des livres et des enseignements, nous passons à notre propre pensée maîtrisée, et enfin à la méditation pour comprendre en profondeur et en silence notre propre esprit.
Question : Parler du Dharma présente-t-il un intérêt pour la pratique ?
Réponse : La sagesse peut sans nul doute venir à un esprit concentré et silencieux qui écoute dire le Dharma par des personnes sages. Si vous devez absolument parler, la discussion sur le Dharma est certainement le meilleur thème à choisir. Mais la parole contribue parfois à la confusion. Ce n’est que dans un cœur silencieux que nous pouvons entendre le Dharma de manière spontanée et véridique, au fond de nous-mêmes et dans les paroles de ceux qui ont déjà atteint la connaissance. Pour la plupart des gens, l’esprit est déjà beaucoup trop empli de mots et de pensées et la meilleure pratique consiste à cultiver la concentration et le silence.
Question : La vertu et la morale jouent-elles un rôle déterminant dans votre pratique ?
Réponse : Oui. Il y a trois grands niveaux de vertu. Le premier consiste à éviter les actes maladroits, à respecter les préceptes de bases. Le deuxième est la vertu consistant à maîtriser les six sens (y compris l’esprit), qui doivent être orientés sur la pratique et non sur les désirs. Le troisième niveau correspond à la véritable vertu intérieure, par-delà les règles et les préceptes – la vertu d’un esprit silencieux et purifié. La sagesse apparaît alors en conjonction avec les six sens et chaque moment de l’être devient conscient, par-delà l’égoïsme. Nous devons tous commencer par pratiquer les deux premiers niveaux de la vertu, pour atteindre enfin la vertu intérieure. Elle naîtra de l’harmonie entre le corps et l’esprit, de l’abandon des désirs et de la compréhension profonde de la vacuité du monde.
Parmi les trois poisons avec lesquels nous cohabitons, l’aversion, l’illusion et le désir, ce dernier –lobha- peut nous tirailler quotidiennement ou surgir sans crier gare.
En tant que disciples laïcs de l’enseignement de Bouddha, nous sommes confrontés aux plaisirs des sens. Lors d’une retraite nous apprenons à suivre les huit préceptes et à se détacher des plaisirs des sens en prenant nos distances par rapport à eux. Ceci grâce à l’application continu de l’observation des phénomènes physiques et mentaux. Dans un environnement favorable il est plus facile de mettre entre parenthèse le désir, dans le monde quotidien c’est moins évident.
Le désir naît du contact et de la sensation, il provoque l’attachement, lequel conditionne le processus du devenir. En désamorçant la sensation, nous rendons le désir moins ardent, voire inexistant.
Le désir sensuel s’exprime de plusieurs manières : l’avidité et la convoitise pour les choses matérielles, pour un état, une sensation, la gourmandise, le désir de vivre (et de revivre), le désir sexuel, etc.
Le désir sexuel est une force immense qui alimente la vie de façon continue, et donc la misère de dukkha qui en découle et la mort.
Peut-on s’opposer de front au désir sensuel ? C’est-à-dire, peut-on lutter contre lui lorsqu’il est déjà présent ? Ce n’est pas la bonne solution à mon avis. Peu de personnes peuvent contrôler leurs pulsions face à l'objet du désir.
Il s’agit de s’appliquer à des réglages quotidiens, au fur et à mesure des discernements.
A un moment donné de notre existence, le désir sexuel est un moteur, un éveilleur, un libérateur. Bouddha dit même que le corps d’une femme est ce qui captive le plus l’esprit d’un homme. Pourtant, nous comprenons grâce au Dhamma, ce qu’il implique, comme tout désir -avidité et convoitise, et quel est l’intérêt de s’en détacher.
Il ne faut pas provoquer le désir sexuel et le laisser s’immiscer en nous (pour les hommes en tout cas), car celui-ci dès qu’il trouve une brèche, nous mène à lui jusqu’à être assouvi.
Il convient parfois de fermer la porte au désir, de ne pas le laisser rentrer, d’être vigilant et de ne pas se laisser surprendre. Jusqu’au cap du désintéressement. Cela ne se fait pas du jour au lendemain.
Mais la volonté de se résoudre est à double tranchant. Dans le domaine du désir sexuel, ou même des autres poisons, nous pouvons être comme le Dr Jekyll et Mr Hyde. En occultant la part d’ombre, celle-ci peut resurgir violemment et prendre le dessus. Ce n’est pas en occultant le désir qu’il disparaîtra de lui-même.
Quand le désir s’invite lors d’un instant furtif,
il convient de ne pas y sombrer, ni de s’y dérober d’une façon coupable. Se rappeler qu’une pensée naît, dure et surtout disparaît, sans chercher à savoir d’où elle provient (surement d’un moment
d’inattention). Lorsque nous nous attachons à nos désirs et que nous ne pouvons les assouvir, cela provoque de la frustration, et des pensées érotiques, lesquelles génèrent une convoitise plus
forte.
Magga est fait de modération et non d’impétuosité. Comprendre le corps c’est comprendre l’esprit.
Pour déconnecter le désir il est nécessaire de saisir régulièrement les bienfaits de la vertu –et l’équilibre entre pensées et actions- ainsi que d’assimiler le non-soi de l’existence, anatta.
Quelle saisie est possible si on ne se possède pas soi-même ?
Le plaisir quotidien du renoncement s’avère supérieur au plaisir succin de la jouissance.
En tant que disciple laïc, nous ne sommes pas tenus de nous abstenir de toutes relations sexuelles, cependant il est mieux d’éviter la masturbation. Lors de retraites nous apprenons à vivre sans, dans la vie quotidienne aussi. Pourquoi ? Une raison est que si l’on souhaite rester fidèle on ne doit pas développer de fantasmes ni de pensées sensuelles. Les pensées malsaines salissent la conscience.
Il faut accepter, reconnaître les pulsions quand elles se présentent, et comprendre avec patience l’intérêt du
renoncement. Le renoncement graduel au désir sexuel et à sa satisfaction fait partie de la voie.
Puissions nous veillez en paix et sans désir.
Imaginez que l'on vous donne un objet de grande valeur. Dès l'instant où cet objet entre en votre possession, votre esprit change : « Où vais-je le cacher ? Si je le laisse ici on risque de me le voler. » Vous vous angoissez terriblement pour trouver une cachette sûre. A quel moment l'esprit a-t-il changé ? A l'instant où cet objet est entré en votre possession. C'est là que la souffrance est apparue. Où que vous mettiez cet objet, vous ne pouvez plus vous détendre : vous avez un problème. Que vous soyez debout, assis ou couché, vous êtes éperdu d'inquiétude. C'est cela la souffrance. Elle commence quand on croit posséder quelque chose. C'est là que la souffrance se cache. Avant d'avoir cet objet, vous ne souffriez pas parce qu'il n'y avait pas encore d'objet auquel vous attacher.
C'est la même chose avec le soi. Si nous pensons en termes de « moi », tout ce qui nous entoure devient « mien » et la confusion s'ensuit. Pourquoi ? La cause de tout cela est que nous croyons qu'il existe un soi. Nous n'enlevons pas le voile de l'apparent pour voir le transcendant. Vous voyez, le soi n'est qu'une apparence. Il faut faire tomber le voile des apparences pour voir le cœur des choses, c'est-à-dire la transcendance.
Ce n’est que lorsque vous pourrez amener votre esprit au-delà du bonheur et de la souffrance que vous trouverez la paix véritable.
Telle est la paix véritable. Telle est la matière que la plupart des gens n’étudient jamais, qu’ils ne voient jamais vraiment. La façon juste d’entraîner l’esprit est de le rendre lumineux, de développer la sagesse. Ne croyez pas qu’entraîner l’esprit consiste seulement à s’asseoir tranquillement. Cela c’est le rocher qui recouvre l’herbe. Certains peuvent s’en enivrer. Ils croient que le samadhi, c’est s’asseoir mais ce n’est là qu’un des sens de ce mot. En réalité, si l’esprit connaît le samadhi, alors marcher est samadhi, s’asseoir est samadhi, être debout est samadhi, être allongé est samadhi.
Debout, en marche, assis ou allongé, pratiquez constamment en utilisant sati, l’attention, pour observer et protéger l’esprit, c’est cela le samadhi et c’est aussi la sagesse.
Les deux sont semblables, même s’ils se présentent différemment. Si nous sommes vraiment conscients de l’impermanence, nous percevrons ce qui est permanent. La permanence c’est que tout doit inévitablement être ainsi et pas autrement. Comprenez-vous cela ? Même si vous ne comprenez que cela, vous pouvez connaître le Bouddha et lui rendre réellement hommage.
Ajahn Chah
Voir : http://bica-vipassana.blogspot.com/search/label/ajahn%20Chah
La vacuité
Par Môhan Wijayaratna, sermons du Bouddha
Introduction au sutta.
La vacuité (sunnatâ) ne constitue pas seulement une théorie importante du bouddhisme, elle représente aussi un aspect pratique.
-Par cette théorie, le bouddhisme présente un certain point de vue à ses adeptes sur les choses intérieures et extérieures, mondaines et supra-mondaines. Un des intérêts de ce point de vue est d’acquérir la capacité de rester détaché des opinions fausses, comme l’idée de l’âtman, etc.
Selon la théorie de la vacuité, toutes les choses conditionnées sont vides et sans formes, car elles ne sont pas permanentes, ni stables, ni satisfaisantes, et elles sont dépourvues d’une existence indépendante, donc naturellement, elles sont sans « Soi ». Egalement, tous les dhammas, y compris les états mentaux très purs comme la Sphère sans perception ni non-perception, sont vides, car ils ne sont pas permanents, ni stables, ni satisfaisants, et ils sont dépourvus d’une existence indépendante, donc, naturellement, ils sont sans « Soi ». Même un état non conditionné comme le nibbâna est inclus dans la vacuité, car non seulement celui-ci est vide d’un « Soi » quelconque et il est sans formes, mais en outre il est vide des écoulements mentaux toxiques, de souffrances, d’illusions, de formations mentales. –
En tant que série d’expériences, elle est exposée dans deux sermons, intitulés Mahâ-sunnata-sutta et Cûla-sunnata-sutta. Ce dernier nous montre, étape par étape, l’échelle du progrès intérieur d’un disciple qui s’engage dans ces exercices mentaux. Naturellement, il a, au début, la perception de son village et celle des gens qui vivent autour de lui. Puis, dans la solitude, vivant parmi les arbres, probablement dans un bois ou dans une forêt, le disciple a la perception de la forêt. Pour gravir l’échelle, il est obligé d’abandonner cette perception et d’acquérir celle de la vaste terre. En l’abandonnant, il acquiert ensuite la perception de la « Sphère de l’espace infini ». Puis, en passant successivement aux trois autres sphères, il parvient à la concentration mentale, qui est sans signes indicatifs. Selon cette démonstration, il apparaît clairement que le disciple étudiant gravit progressivement l’échelle en changeant telle ou telle perception (sannâ) et que, chaque fois, il essaye d’atteindre une étape mentale plus subtile que la précédente.
Ce projet expliqué dans le Cûla-sunnata-sutta peut être exposé différemment. Au début, le disciple étudiant atteint les jhanas appartenant au domaine des formes subtiles, car il possède toujours les notions concernant ce domaine. En s’avançant vers une autre étape plus élevée, il a accès aux hauts états mentaux concentrés (samâpatti) appartenant au domaine sans formes. C’est une étape à laquelle on ne peut pas arriver sans renoncer aux notions concernant le domaine des formes subtiles. Lorsque le disciple a la perception concernant le domaine sans formes, il n’aperçoit même plus les formes matérielles subtiles. Dorénavant, son signe indicatif est l’espace vide infini (âkâsa), qui, selon le point de vue du Bouddha, n’est qu’une simple désignation (pannatti). Ainsi, il arrive à comprendre que l’espace vide infini n’est pas une chose existante en tant que réalité, mais simplement un signe indicatif perceptible par la conscience. Puis, n’ayant pas trouvé une réflexion mentale satisfaisante, il fixe sa pensée sur la conscience vide infinie et il comprend celle-ci également comme une création mentale. Puis il atteint la « Sphère du néant » et développe sa perception, qui, désormais, est dépourvue de signe indicatif ; et, en la développant graduellement jusqu’à un état mental extrêmement subtil, il atteint la quatrième étape, appelée « Sphère sans perception ni non-perception ». Cependant, le disciple n’y trouve pas une cessation complète de la perception. La raison est évidente : si la perception existe d’une façon ou d’une autre, c’est toujours en s’associant avec un indice mental. Autrement dit, même la pensée stable qui reste immobile sur une seule réflexion est une pensée fonctionnelle. Alors, le disciple développe encore davantage la perception de la vacuité et arrive à la concentration qui est sans indice, appelée « concentration mentale sans signes indicatifs » (animitta-cetô-samadhi). Cette étape aussi est une création mentale, et c’est en le comprenant que le disciple élimine complètement l’ignorance (avijjâ).
Le même état mental est mentionné dans le Mahâ-sunnata-sutta, où le Bouddha annonce qu’il demeure dans la vacuité intérieure sans réfléchir à aucun signe indicatif.
La philosophie bouddhiste du Mahâyâna soutient exactement sur ce point la même position, en mettant l’accent sur « l’arrêt complet du fonctionnement de la pensée ». Le fonctionnement de la pensée qui engendre les formations mentales (sankhâra) constitue un des problèmes épineux dans la voie de la délivrance.
(…)
Nous disons que Bouddha,
Celui qui est décrit comme pleinement et parfaitement éveillé,
Enseigne des vérités.
Il y a certaines vérités que nous pouvons voir.
Il y a certaines vérités que nous pouvons découvrir.
Dans notre existence de quoi sommes nous certains ?
Nous sommes certains que nous allons connaître la maladie,
La vieillesse si nous vivons assez longtemps,
Et puis la mort. Cette vérité se nomme dukkha.
Les choses apparaissent, durent,
Puis disparaissent.
Nous suivons le même chemin.
C’est aussi dukkha.
Un état d’esprit naît, une sensation naît, une émotion naît,
Agréable, désagréable ou neutre,
Tous durent puis disparaissent.
Pouvons-nous retenir le bonheur ? C’est dukkha.
Que faire pour obtenir la sagesse ?
Que disent les sages à ce sujet ? Où sont ces sages ?
Se maintenir dans la vigilance, l’observation, la connaissance des choses.
C’est le chemin de la sagesse.
Les sages se trouvent dans la vigilance,
Qu’ils soient assis, debout, couchés, ou en activité.
En s’appliquant à l’observation attentive, soutenue,
Chacun obtient une vision qui s’approfondie.
Les choses ne sont plus grossières,
Il est possible de détailler chaque élément,
Pénétrant l’esprit et la matière,
On connaît alors ce qui est, sans le mental intermédiaire.
Cette technique se nomme méditation pénétrante.
Bouddha lui-même est sorti du temps par cette étude.
Il a découvert le nibbâna, qui est l’alternative absolue à dukkha.
C’est la vérité de son enseignement que nous devons découvrir.
Il y a d’autres choses à distinguer au cours du chemin qu’il enseigne.
Nous qui disposons d’un corps, de sens, d’un mental.
Quel contrôle pouvons-nous établir sur eux ?
Quelle est la part de conditionnement que nous subissons ?
Les conditionnements sont multiples, dit Bouddha.
Le premier est l’ignorance ou l’illusion de notre être.
Les conditionnements et les habitudes dans lesquelles ils nous établissent,
Nous empêchent clairement de voir la réalité au-delà des apparences.
Prendre conscience des choses.
Prendre conscience de nos actes, et des pensées qui en sont à l’origine.
Prendre conscience de nos actes négatifs,
Puis prendre conscience de la répercussion négative de tels actes.
C’est le kamma qui nous conditionne,
Le kamma répercute la vie dans le samsara, le cycle des vies.
Que devenons-nous après la vie ?
Nul ne le sait vraiment, et pourtant nous sommes –toujours- là.
Parmi les multitudes d’états mentaux,
Desquelles découlent les multitudes de formes de vies,
Choisissons tous ceux qui sont sains,
Choisissons de tendre vers la purification du mental.
Il y a un sens pour chaque chose bénéfique,
Le développement de la bienveillance est salvateur,
Pour le bien des êtres, comme pour le notre,
Envers tous les êtres visibles –et invisibles.
Sans tâche, sans mauvaise intention, on s’établie,
Sans désirs, sans mécontentements, on voit,
Sans projection, avec confiance dans le présent, on réalise,
La vertu renforce et guide la voie.
Grâce aux cinq facultés mentales permettant la connaissance directe,
Concentration et effort équilibrés, foi et connaissance équilibrés,
Et l’attention développée autant que possible,
Nous trouvons le fruit du chemin.
On devient disciple, prenant refuge,
Car on ne peut trouver pleine et totale satisfaction dans l’existence,
On admet et reconnaît l’illusion de la vie dans sa constitution,
Il y a l’intuition puis la concordance de cette intuition.
Être dans le non-être, ne pas être dans l’être.
Fusionner les états vers la solidité de la foi,
Envers le Bienheureux, l’Enseignement, les disciples,
Ainsi nous nous assurons de connaître la paix dans un monde chaotique.
Y a-t-il intérêt à suivre une voie ?
Quelle est la voie que suit celui qui est sans voie ?
Quelle est l’alternative à la mort et à la vie ?
Les choses sont elles figées par ma seule volonté ?
En portant notre confiance dans le Dhamma,
Nous nous engageons dans la compréhension du monde,
Vertueux, méditant, transcendant les vérités, le disciple progresse,
En donnant, ce qui est déjà connaître la saveur de l’aboutissement.
Le Bouddhisme n’est qu’un mot.
Il faut voir au-delà de la philosophie,
Ce qui fait que chaque être humain,
Souffre et peut accéder sereinement à la fin complète des souffrances.
Je rends hommage au Bienheureux,
Le méritant, le pleinement éveillé.
Je rends hommage au Bienheureux,
Le méritant, le pleinement éveillé.
Je rends hommage au Bienheureux,
Le méritant, le pleinement éveillé.
.
Le climat qui se réchauffe fait dire aux gens :
« Où aller pour être à l’abri ? »
Le travail quotidien fait dire aux gens :
« Où se rendre pour trouver le bonheur ? »
La seule réponse valable :
C’est en soi que l’on trouve l’abri et le bonheur.
Bien guidé par celui qui guide les hommes,
Celui qui a compris et montré la souffrance permanente.
Les maîtres disent :
« Suivez mes instructions, faites comme moi. »
Ou bien
« Suivez votre voie, ne suivez pas les maîtres. »
Dans les deux cas, ils négligent « Le » maître,
Instructeur de ceux qui doivent être instruit,
Celui dont le savoir a cerné dukkha,
Celui dont la paix englobe l’univers en fusion.
Nous-mêmes fait et faisant avec, formé des plis de l’habitude,
D’un esprit qui sans cesse, trouve quelque chose sur lequel se fixer.
Prisonnier de l’expérience, de la plénitude des sens,
Sans lucidité sur la nature des phénomènes.
Tourné vers le bruit du moi, effrayé du silence qui se reflète,
Chacun doit découvrir quelle est la vérité au-delà de l’être.
Les bavardages futiles, la médisance, le mensonge,
Des poisons de plus comblant le vide et l’ignorance.
Il y a toujours une alternative à une action néfaste.
Ne serait ce que s’abstenir, ou faire silence.
Le Bienheureux a montré quelle est l’implication de la pensée,
Le sens de l’action et de la parole.
Nous comprenons ensemble le kamma.
Nous comprenons ensemble la conscience.
Ceux qui connaissent les limites interviennent,
Ceux dont la vertu est mûre sont comblés.
Lâchant prise sur l’énergie de me contraindre,
Dans ce cycle, j’ai mis en place l’équilibre nécessaire.
Saturé des insatisfactions, seul l’écoute et l’observation,
Le refuge dans l’instant, vide de l'attache.
Exercez vous, entraînez-vous, sans cesse, à la vigilance,
Toutes les voies sont unes, si elles sont sans faire.
« O Moines, la volition (cetanâ) est ce que j’appelle action (cetanâ’ham bhikkhave kammam vadâmi) car c’est par la volition qu’on accomplit l’action corporelle, par la parole ou l’esprit…
Il existe le kamma (action), ô moines, qui mûrit aux enfers…, le kamma qui mûrit dans le monde animal…, le kamma qui mûrit dans le monde des hommes…, le kamma qui mûrit dans le monde céleste… Cependant le Fruit de kamma est triple : mûrissant au cours de la vie (dittha-dhamma-vedaniya-kamma), mûrissant à la prochaine renaissance (upapajjavedanîya kamma), mûrissant au cours de naissances successives (aparâpariya-vedaniya-kamma .»
«La convoitise, ô moines, est une condition propre à l’apparition de kamma, la haine est une condition propre à l’apparition de kamma, l’égarement est une condition propre à l’apparition de kamma »
« Les actions mauvaises sont de trois sortes : conditionnées par la convoitise ou la haine ou l’égarement. »
« Le meurtre…le vol…les relations charnelles illégales…le mensonge…la médisance…les paroles grossières…les bavardages insensés mis en pratique, entretenus et souvent cultivés, mènent à une renaissance aux enfers ou parmi les animaux ou les trépassés ».
« Celui qui tue et qui est cruel va aux enfers, ou s’il reprend naissance comme homme, sa vie sera de courte durée. Celui qui tourmente les autres sera affligé de maladies. Le coléreux sera laid, l’envieux sera sans influence, l’avare sera pauvre, l’obstiné sera d’humble extraction, l’indolent sera sans connaissances. Dans le cas contraire, l’homme renaîtra au paradis ou, s’il renaît comme homme, il vivra longtemps, sera beau, aura de l’influence, sera de noble origine et pourvu de connaissances. »
« Les êtres sont possesseurs de leur kamma, héritiers de leur kamma, le kamma est la matrice d’où ils naissent, le kamma est leur ami, leur refuge. Quel que soit le kamma qu’ils accomplissent, bon ou mauvais, ils en seront les héritiers. »
Nyanatiloka –Vocabulaire Pali-Français des termes Bouddhiques


