
Dans un temple de Bagan

Vieux temple à Inwa, région de Mandalay
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Paya Sule - Yangon
Décembre 2006

Novices - Yangon
Décembre 2006
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Dire que les habitants de Myanmar sont à la fois bouddhistes et animistes n’est ni une aberration ni un non sens. Comment concilier les deux ?
Tout d’abord, historiquement l’assimilation s’est faite « en douceur ». Alors qu’au XIe siècle le roi Anoratha décida d’imposer au pays la religion bouddhique theravada, la population était dans son ensemble animiste, c’est-à-dire qu’elle honorait et tentait de s’attirer les bonnes grâces des nats, génies locaux ou personnages divins ou divinisés. Au lieu d’imposer le bouddhisme par la force, Anawratha décida que les nats pouvaient survivre à condition de reconnaître la primauté du Bouddha, et les fit donc représenter dans une posture d’adoration devant le Bouddha à la pagode Shwezigon de Pagan.
Depuis lors, nats et Bouddha coexistent pacifiquement et, pourrait-on dire, « se complètent » dans la vie religieuse des gens de Myanmar.
En fait, leur domaine d’action est fort différent : les nats qui sont maintenant, depuis leur classification officielle par Myawaddi, ministre du roi Bodawpaya, au nombre de trente-sept, sous la domination d’Indra, dieu du panthéon hindou, que les Birmans nomment Thagyamin (le seigneur qui sait et entend), sont « responsables » des heurs et malheurs de la vie actuelle, dans une certaine mesure. Il convient de ne pas les mécontenter, de les honorer, de les nourrir : leurs autels sont sans cesse garnis de noix de coco, de bananes, de soda, et au cours des fêtes, les nat-pwès, on leur fait des offrandes de riz, de viande, d’alcool. Tout ceci est strictement codifié et répond à des règles précises.
Dans les maisons, on peut remarquer que souvent, l’autel du Bouddha et l’autel des nats n’est pas différencié. Le Bouddha siège simplement au-dessus. Il n’est pas rare de voir des bonzes présider des nat-pwès.
Le Bouddha, lui, n’est ni un dieu, ni une divinité, c’est un modèle à imiter, un sage génial qui a trouvé la voie pour sortir du cycle infini des existences (samsâra) et qui l’a transmise au monde.
La vie d’un être sur cette terre est conçue comme un épisode d’une très longue progression vers le nirvana*. Le karma dont chaque être est doté est la somme des bonnes et mauvaises actions commises au cours d’une existence. De la qualité du karma résulte l’existence suivante.
Chacun doit gérer son karma afin de renaître sous la forme d’un homme pour les femmes, sous un « meilleur jour » pour les hommes. Pour ce faire, chacun doit observer les cinq préceptes édictés par le Maître au cours de sa dernière existence : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas commettre l’adultère, ne pas mentir, ne pas boire de boisson alcoolisées.
De plus, une action méritoire, offrande à la pagode, abstinence etc. , peuvent compenser une mauvaise action, passée ou à venir. Quotidiennement, cela se traduit par l’offrande de la nourriture aux bonzes tôt le matin, spectacle traditionnel en Myanmar ; si possible une visite à la pagode où l’on doit faire la pradaksina (tourner autour du sanctuaire en le tenant à sa droite, faire des offrandes de fleurs, de cierges, d’argent et, bien entendu, se prosterner à plusieurs reprises devant la statue du Bouddha, avant de méditer accroupi ou agenouillé assis sur les talons, les mains jointes au front. (On ne présente jamais les pieds en direction d’une image du Bouddha). Chaque jour, également, doit avoir lieu la récitation des Trois joyaux, qui sont : le Bouddha, le Dharma (l’enseignement) et le Sangha (clergé).
Certains jours du mois sont des jours de « sabbat », on les appelle Uposatha, au cours desquels on observe les huit principes de jeûne et d’abstinence.
Au cours de son existence, tout être, homme ou femme, peut décider de tout quitter –vie sociale, famille, travail – pour entrer provisoirement ou définitivement au monastère. Chaque garçon doit de toute façon, au cours de son enfance (entre sept et seize ans), accomplir son shinbyu, cérémonie au cours de laquelle, reproduisant le départ du Maître de son palais et son abandon des plaisirs séculiers, il est d’abord transporté, vêtu de vêtements royaux, à dos d’éléphant, de cheval ou… d’homme, jusqu’au monastère où il est tondu et revêtu de la robe safran. Il y accomplit un séjour de sept jours à deux mois, au cours duquel il doit observer la règle monastique : l’élément qui le marque le plus est l’abstinence de nourriture l’après-midi.
Les bonzes jouent un rôle important dans la société du Myanmar dans la mesure où ils sont les dépositaires des enseignements du Bouddha, mais également où ils furent les détenteurs et les propagateurs du savoir au sens large. Ecole et monastère se disent de la même façon en birman, et l’on s’adresse aux professeurs presque comme on s’adresserait à un abbé de monastère. (…)
Pour finir, rappelons que le but de toute existence est de progresser sur la voie du nirvana en acquérant un bon karma par l’intermédiaire des mérites.
Le bouddhisme a joué un rôle énorme dans la civilisation du Myanmar : le pouvoir royal y a vu un gage d’ordre et d’utilité, le pouvoir colonial a été ébranlé par cette force et le pouvoir actuel sait qu’il doit compter avec lui.
Marie-Hélène Cardinaud – Yin Yin Myint. « Parlons birman. »
* Ceci n’engage que les auteurs.
Téléchargeable sur : http://dhammadana.org/livres.htm#ch----11
"J’étais atteint d’une maladie nerveuse qui empirait avec les années. Les
divers traitements que j’avais essayés ne laissaient entrevoir aucun
espoir de guérison. Les attaques devenaient plus violentes et plus
fréquentes. Après les attaques, la douleur subsistait. J’étais affecté de
tremblements, je ressentais une immense fatigue, j’avais perdu
complètement l’appétit. Seule, la prière aidait à soulager le désespoir et
le découragement profonds qui s’étaient emparés de moi.
Puis une amie m’appela au téléphone ; « Il y a en ville un moine
bouddhiste qui donne une conférence sur la souffrance et le moyen de
faire cesser la souffrance. » me dit-elle. « J’ai pensé qu’étant donné votre
état, cela vous intéresserait d’aller l’écouter. Je passe tout de suite vous
prendre avec ma voiture. Tâchez d’être prêt. » Elle raccrocha.
J’allais la remercier de m’avoir appelé et refuser poliment, mais elle ne
m’en laissa pas le temps. Sa manière brusque m’avait contrarié. En outre
l’idée même d’assister à une conférence donnée par un moine
bouddhiste me faisait un peu peur. J’étais catholique et incapable de
prendre en considération une religion autre que la mienne, le
Bouddhisme moins que tout autre. Mais mon amie arrivait, débordante
de jeunesse, de joie de vivre et d’optimisme, belle et élégante, comme
toujours : plaisant contraste avec ma morne existence. Ma résistance
fondit et je me disposai à sortir.
Nous arrivâmes tôt mais nous eûmes, néanmoins, de la difficulté à
trouver deux places côte à côte tant l’assistance était nombreuse. Le
moine bouddhiste s’avança sur la scène, et je fus impressionné par
l’harmonie de ses mouvements. Il se tint immobile quelques instants,
face au public, sans dire un mot. Il joignit ses mains aux longs doigts,
comme pour prier, et ferma les yeux. Puis il laissa tomber ses mains,
rouvrit les yeux et dit : « Le sujet de la conférence de ce soir est la
douleur et le moyen de faire cesser la douleur. » Il sourit. Bien qu’il
parlât de la douleur, son visage gardait une expression enjouée. Il
s’exprimait distinctement et avec lenteur, sa voix était vibrante et grave.
Dans sa longue robe safran, il paraissait plus grand qu’il n’était en
réalité. L’éclat brillant de ses grands yeux noisette faisait ressortir la
teinte cuivrée de sa figure. Sa tête rasée révélait le haut de son crâne qui
ressemblait à une calotte.
Pour la première fois de ma vie, j’écoutai exposer les fondements de la
doctrine bouddhiste : comment renoncer au mal, comment pratiquer le
bien, comment purifier l’esprit. Ainsi je pouvais me libérer de mes
souffrances et de mes peines, je pouvais connaître le vrai bonheur et la
vraie paix ici-bas et dans l’au-delà.
Le moine expliqua les lois qui régissent l’univers telles que le Bouddha
les a enseignées. Une action entraîne une réaction. Tout effet a une
cause. Ceci s’applique non seulement au domaine des causes physiques,
comment le démontrent nos savants aujourd’hui, mais aussi au domaine
de la morale. Chacun de nous est responsable de ce qui lui arrive. Nos
actes - kamma en pali ; Karma en sanscrit - déclenchent des résultats.
Nous naissons riches ou pauvres, beaux ou laids, et ce, en raison de nos
actions passées. Il n’existe pas de législateur divin qui juge de nos
actions ou qui décide des récompenses et des punitions. Le Bouddha n’a
pas proposé de théorie philosophique. Il s’agit d’une loi naturelle.
Chacun peut en vérifier le bien-fondé par lui-même.
Le Bouddha a expliqué que notre souffrance résulte d’actions passées
erronées, ou, plus exactement, nuisibles. Ces actions ont pu être d’ordre
mental, verbal ou physique. Chaque homme ou chaque femme est le
propre artisan de sa souffrance. Chacun de nous est lié par le résultat de
ses actes et en subit éventuellement les conséquences, plaisantes ou
déplaisantes, dans cette vie ou dans une autre.
Le corps humain détient tous les éléments qui sont à l’origine de notre
souffrance. Dans le corps humain se trouve aussi la solution de notre
problème. C’est ici que se cache le monde de la souffrance, dans notre
corps. Si nous faisons usage de notre libre arbitre en choisissant des
actions bonnes, justes, et en évitant des actions mauvaises, nous
pouvons mettre un terme à notre souffrance. Notre plus grand ennemi
est l’ignorance, l’ignorance qui reste inaccessible à l’intellect puisque le
mental fonctionne sous l’influence de cette ignorance.
Le Bouddha a enseigné comment par la méditation nous pouvons sortir
de notre ignorance. La méditation bouddhique est un entraînement
systématique de l’esprit qui mène à la purification de celui-ci. Cette
méthode révélée par le Bouddha il y a quelque 2 500 ans est toujours
enseignée dans certains centres d’Orient.
Le moine conclut son exposé en spécifiant qu’il nous avait indiqué
quelques uns des jalons marquant la voie vers le bonheur et vers la paix,
mais que nous ne devions pas confondre jalons et destination.
« Puissiez-vous tous vivre dans le bonheur et dans la paix ! », dit-il.
J’étais médusé. Je n’avais de ma vie entendu quelque chose d’aussi
encourageant. Le Bouddha n’était pas une sorte d’Entité vivant là-haut
dans les cieux. On ne me demandait pas de croire ou d’avoir foi en lui.
Le moine n’avait même pas parlé de prier le Bouddha. On me disait de
ne dépendre que de moi-même. Le Bouddha avait montré la voie, mais il
ne pouvait pas faire le travail à ma place.
La méditation bouddhique, la méditation bouddhique, il fallait que j’en
sache davantage sur la méditation bouddhique. Je sentais que la
solution à mon problème se trouvait là. La loi universelle de cause à effet
fut pour moi une révélation. L’élément de justice que cette loi impliquait me
redonna espoir. Je tenais dans mes mains la possibilité d’une existence
nouvelle et d’un nouvel avenir. Tout dépendait de moi. « On ne peut
attendre de Dieu qu’il garde les chevaux dans le pré lorsque la barrière
est brisée », disait un vieux paysan alsacien qui réparait la barrière de
son champ au prêtre qui passait par là.
Avec lenteur, je me levai péniblement de mon siège pour aller saluer le
moine. Je lui parlai de ma souffrance. Il m’écouta avec attention puis il
me suggéra de commencer aussitôt la pratique de la méditation. Sans
que j’ai eu à le lui demander, il me décrivit les premiers pas à suivre : je
devrai me lever à l’aube, tous les matins, m’asseoir sur une chaise face à
l’est, le plus confortablement possible. Ensuite, je devrai diriger mon
attention sur la pointe de mon nez en observant le va-et-vient de l’air
dans mes narines. Je ne devrai pas perturber le rythme naturel de la
respiration du corps. La respiration était simplement l’objet de ma
concentration. Compter mes respirations pouvait m’aider si l’attention
se relâchait.
C’était tout.
Je n’en crus pas mes oreilles. Parlait-il sérieusement ? Je lui demandai
de répéter ses instructions. Il m’indiqua la même procédure. Comment
cela était-il possible ? Pensai-je. J’avais toujours cru que la méditation
était quelque chose de spirituel, de religieux. Se concentrer sur la
respiration à la pointe de son nez n’avait vraiment rien de spirituel.
Comment un exercice aussi enfantin pouvait-il entraîner la cessation de
la douleur ? J’étais extrêmement déçu. Tout le bel enthousiasme que
j’avais ressenti au cours de l’exposé s’évanouit. Je fis semblant d’avoir
compris les instructions, je remerciai le moine et je partis ? Chez moi, la
nuit, je me sentis plus déprimé et plus découragé que jamais.
Le lendemain matin, à mon grand étonnement, je m’éveillai à l’aube ! Je
N’avais jamais été un lève-tôt même avant de tomber malade. Malgré la
douleur dans mon dos, je sortis du lit, me demandant bien ce qui me
faisait agir ainsi. J’installai des oreillers moelleux dans un fauteuil
confortable et je m’assis face à l’est. Je fermai les yeux et me concentrai
sur la respiration à la pointe de mon nez. J’étais convaincu qu’il ne
sortirait rien de tout cela.
Je sentis distinctement sur les muqueuses l’air frais du matin qui
pénétrait dans mes narines... dehors... dedans... dehors... Je m’aperçus
soudain que je dormais éveillé. Beaucoup de temps s’était écoulé. À un
moment donné mes pensées vagabondes s’étaient emparées de mon
esprit. J’avais complètement oublié ce que j’étais en train de faire. Je me
rappelais clairement les trois ou quatre premières respirations, mais à
partir de là, j’étais resté longtemps tout à fait inconscient. Je ne gardais
aucun souvenir du temps qui s’était passé. Est-ce que j’avais dormi ?
Non, de cela j’étais sûr. C’était vraiment étrange.
Incroyable. J’avais toujours cru que c’était moi qui dirigeais mes pensées
lorsque j’étais éveillé. Je découvris pourtant qu’elles surgissaient dans
mon esprit de leur propre chef, contre ma volonté même, comme des
rêves pendant mon sommeil. Je décidai d’essayer de nouveau. Cette fois,
je ne me laisserai pas distraire de la pointe de mon nez. Je voulais être
pleinement conscient de la respiration. Malgré ma ferme résolution, je
voguai encore dans un océan de pensées. J’étais abasourdi. Je consultai
ma montre : 4 h 15. J’étais assis depuis quinze minutes. La douleur dans
mon dos était lancinante et je dus me recoucher. Je ne réussis pas à
trouver le sommeil. Je pensai au moine et je fus honteux du jugement
irrévérencieux que j’avais porté sur lui la nuit dernière. Ses directives
n’étaient pas aussi faciles à suivre que je l’aurai cru. Je n’avais aucun
contrôle sur mon esprit agité. Je n’en n’avais pas eu conscience jusqu’à
ce jour. Le souvenir d’un homme que je connaissais et qui était affligé
d’un tic nerveux, incontrôlable de la tête, me revint en mémoire. C’était
un horrible spectacle. Je réalisai alors qu’en ce qui concernait mes
pensées, une absence de contrôle comparable à la sienne existait dans
mon esprit. C’est peut-être lorsque le mental échappe à notre contrôle
que la folie se manifeste. Je crois que c’est cette pensée désagréable qui
m’aiguillonna. En tout cas, le lendemain matin, j’étais à nouveau dans
mon fauteuil. Et le matin suivant. Ainsi pendant une semaine environ,
jusqu’à ce que j’enregistre quelque progrès sensible."
(…)
A la fois seul, face au Dhamma,
Entier et assuré,
Et uni dans cette ronde,
Du changement et du dégout,
Nous sommes, -je suis-
Dans ces lieux externes,
Où le plaisir rôde et séduit,
Il touche encore les entrailles.
Puis seul dans les lieux internes,
Avec quelques uns dans le Dhamma,
Tel le phare guidant de sa lumière,
Quand les bougies s’éteignent vite.
Les jours sont fluctuants,
Les humeurs suivent le pas,
Mais le cœur de celui qui a compris,
Ne peut dévier de la voie sûre.
Le temps laisse son emprunte,
Les mauvaises habitudes sont visibles,
Et celui-ci donne raison à la doctrine,
De part des actions et de leurs résultats,
De la vieillesse et de la réflexion,
L’immense intuition de l’éveillé est réelle,
Le grand vainqueur de la mort l’a transmise.
Son esprit dirigé et construit,
Il a cheminé le corps immobile,
Vers l’expérience transcendantale,
Les choses, ainsi connus de toutes parts.
Le spectre des expériences douloureuses,
Et celui de la volonté de les sublimer,
De la fuite ou de la recherche de soi-même,
Aucun ne comprend l’ultime cité cachée.
La fin de la réaction conditionnée,
Le terme de la sensation, de l’émotion,
Cette réalité sera le refuge de ceux qui, en vain,
Ont vécu ont souffert, et enfin, ont rompu l’accord.
La paix est l’alternative,
La mesure est l’appréciation juste,
Le non attachement est l’attitude,
Chacun menant l’auditeur à l’attention.
Le bonheur me touche, et,
Je l’accepte comme le malheur,
Chacun de ces états existent,
Au niveau profond qu’en est-il ?
En moi la vie intérieure a germé,
née d'une profonde compréhension,
j'ai quitté tous les sentiers fantaisistes,
pris refuge en un plein engagement.
Dès lors je me tourne vers la lumière,
je marche sur une voie existant,
qui est limpide, et mène au plein éveil,
et à des rencontres à la saveur sublime.
Dès lors je m'applique à l'attention,
quand autour de moi les esprits se dispersent,
dès lors je m'applique à la modération,
quand autour de moi les esprit se divisent,
dès lors je m'applique à la maîtrise des sens,
quand autour de moi les esprits cherchent à jouir.
La raison et l'intuition, les quatre éléments,
les comportements humains, le silence intérieur,
confirment la loi naturelle du dhamma,
et la noble vérité de l'insatisfaction/souffrance.
Je connais la paix et j'aspire à la paix,
le sentier (magga) est la voie de purification,
loué par les sages, suivi par les sages,
et par ceux qui ont connu la réalité ultime du nibbana.
Ceux qui sans foi ni loi,
se mordent et se blessent,
sont en vérité à plaindre,
et méritent la compassion.
Puissiez vous par vous même,
vous libérer des entraves
des voiles, et des incompréhensions,
vers la non-peur et la non-mort.
Chaque jour je m'assoie en silence,
médite en observant, pour un jour escalader
les sommets de la vision pénétrante,
si j'en suis capable, pour ne plus revenir.
Droit dans mon coeur,
bénéficiant du parfum de l'éthique,
simple en comportement,
je salue et encourage tous ceux qui veulent se libérer.
La joie : quatrième facteur d’illumination.
L’attention sage est la cause pour la joie.
Selon le Bouddha, l’attention sage est la cause pour la joie. Comme c’était déjà le cas pour l’effort. C’est la seule. Il faudra être sagement attentif à fournir un effort tel que l’enthousiasme pour que le Bouddha, le Dhamma et le Sangha se manifestent.
Les onze façons supplémentaires de développer la joie :
Dans les commentaires, on reconnaît onze moyens de faire surgir la joie :
1. Se remémorer les vertus du Bouddha.
Le premier consiste à se remémorer les vertus du Bouddha, c’est buddhanussati. Il y en a un grand nombre et il n’est sans doute pas indispensable de toutes les connaître pour voir apparaître les premières manifestations de la joie. Il y a par exemple la qualité de araha ; c’est la première vertu à figurer dans la liste traditionnelle ; le Bouddha s’était rendu parfaitement pur en déracinant les kilesas ; il méritait dès lors le respect des humains, des devas et des brahmas. Vous réussirez peut-être à faire à faire surgir en vous la joie par le simple fait de réfléchir à la façon dont le Bouddha se débarrassa des kilesas et obtint la pureté de l’esprit.
(…)
2. Se réjouir dans le Dhamma.
La seconde façon de faire surgir la joie consiste à pratiquer le souvenir du Dhamma et de ses vertus. Traditionnellement, la première de ces vertus s’exprime par une phrase : « Le Dhamma est bien exposé par le Bouddha ; oui, le Dhamma est bien proclamé par le bouddha ». Le Dhamma a été excellemment enseigné par le Bouddha et actuellement, la façon dont vos professeurs le transmettent est fiable. C’est une bonne raison de se réjouir. Le Bouddha a beaucoup parlé du triple entraînement de sîla, de sâmadhi et de pannâ. Celui qui le suit doit commencer par assurer la pureté de son comportement en observant les préceptes moraux. Nous allons essayer de vivre à un haut niveau d’intégrité morale, en contrôlant nos actions et nos paroles. Ceci va amener beaucoup de bénéfices. Nous serons libres de l’autocritique, du blâme et du remords. Nous serons également libres de la censure par les sages et de la condamnation par la loi.
Nous allons ensuite développer la concentration en suivant les instructions du Bouddha. Si notre motivation est sincère et que nous pratiquons avec constance et persévérance, nous expérimenterons le bonheur et la clarté, notre esprit sera lucide et paisible. C’est samatha sukha, le bonheur qui procède de la concentration et de la tranquillité d’esprit. Il est même possible d’atteindre les différents niveaux d’absorption ou jhanas, états béatifiques extraordinaires dus à la suppression temporaire des kilesas.
Et lorsque vous serez arrivés à vipassanâ, vous porrez expérimenter un troisième type de bonheur. Vous pénétrerez plus profondément dans le Dhamma, atteindrez le stade de connaissance de l’apparition et de la disparition des phénomènes et serez grisé par un type de joie que l’on pourrait qualifier de « frissonnante ». Elle sera suivie de la « joie née de la clarté ». Et lorsque finalement vous aurez atteint le stade de connaissance appelé sankharupekkânâna, la connaissance de l’équanimité par rapport aux formations, vous expérimenterez la « joie de l’équanimité ». L’agitation et l’excitation auront fait place à un bonheur plus profond, très subtil et équilibré. Ceux qui s’engagent dans la pratique verront donc se réaliser les promesses et garanties du Bouddha, ils expérimenteront ces différents types de bonheur. Si vous réussissez à tous les vivre dans votre pratique, vous serez en mesure d’apprécier en profondeur la justesse des paroles du Bouddha. Vous aussi vous direz alors : « Le Dhamma est bien exposé par le Bouddha ; oui, le Dhamma est bien proclamé par le bouddha ».
Finalement, toutes ces joies seront transcendées par le «Bonheur de
(…)
3. Apprécier les vertus de
Se remémorer les vertus de la sangha constitue, selon les commentaires, la troisième façon majeure de développer la joie. La sangha est la communauté des personnes nobles entièrement engagées dans le Dhamma, qui mènent leur effort avec patience et sincérité. Ils suivent correctement la voie, sans faire de détour, et atteignent leur destination respective.
(…)
4. Considérer ses propres vertus.
La quatrième façon de faire surgir la joie consiste à considérer dans quelle mesure on a réussi à maintenir la pureté du comportement, cette puissante vertu qui amène un sentiment intense de satisfaction et de joie chez celui qui la possède. Mais elle exige beaucoup de persévérance. En repensant aux efforts que vous avez fournis pour y arriver, vous ressentirez peut-être un profond sentiment d’accomplissement et de bonheur.
(…)
5. Se remémorer sa propre générosité.
La cinquième façon de faire surgir la joie consiste à se remettre en mémoire sa propre générosité. Pour être méritoire, la charité doit se pratiquer sans espoir de retour, dans l’unique but de rendre les autres heureux, paisibles, en leur souhaitant de se libérer de la souffrance. En plus des mérites, un tel acte amène un bonheur et une satisfaction intenses. C’est la motivation qui est déterminante : pour être bénéfique, elle ne doit contenir aucune trace d’égoïsme.
(…)
6. Considérer les vertus des Dieux.
La sixième façon de faire surgir la joie consiste à réfléchir aux vertus des devas et des brahmâs, les êtres qui vivent dans les plans supérieurs. Lorsqu’ils se trouvaient encore dans le plan humain, ces gens ont cru au kamma. Etant persuadés que les actions positives amènent des récompenses et que les actions négatives ont des conséquences néfastes, ils s’efforçaient de pratiquer le bien et de s’abstenir du mal. Certains pratiquaient même la méditation. A cause des énergies pures qu’ils avaient ainsi introduites en eux, ils reprirent naissance dans des états supérieurs où la vie est plus agréable que dans le plan humain.
(…)
7. réfléchir à
La septième façon de faire surgir la joie consiste à méditer sur la paix qui résulte de la cessation des kilesas. Au sens ultime, c’est nibbâna.
Si vous en avez déjà fait l’expérience, vous pourrez faire surgir beaucoup de joie en vous la remémorant.
Si vous n’avez pas encore expérimenté nibbâna, vous pouvez réfléchir à la fraicheur des états concentrés, ou jhânas. La concentration profonde amène une paix qui est de loin supérieure aux plaisirs mondains.
(…)
Le calme et la fraîcheur s’installe tout naturellement lorsque les kilesas ont été maintenues à distance pendant un certain temps.
(…)
8 – 9. Eviter la compagnie des gens grossiers, recherchez la compagnie des gens raffinés.
Les huitième et neuvième façons de faire surgir la joie sont liées. Eviter la compagnie des gens rudes et grossiers, facilement pris par la colère, les gens qui manquent de mettâ –d’amour bienveillant- et rechercher d’autre part la compagnie des personnes raffinées, au cœur compatissant.
(…)
10. Penser aux Suttas.
La dixième façon de faire surgir la joie consiste à méditer sur les suttas. Lorsqu’il y est question des vertus du Bouddha, ces sermons peuvent faire surgir beaucoup de joie et de bonheur chez les personnes ferventes de nature. D’autres, et notamment le Satipatthana Sutta, parlent des bénéfices de la pratique du Dhamma. D’autres encore d’histoires inspirantes à propos de la sangha, la communauté des êtres nobles. Repenser à ces lectures peut donner de l’inspiration et faire surgir la joie et la bonheur.
11. Incliner l’esprit.
La dernière façon de développer la joie consiste à incliner l’esprit vers ce but, avec fermeté et détermination. Il faut comprendre que la joie apparaît dès que l’esprit est suffisamment pur. Si vous voulez la faire surgir, il faudra donc faire l’effort d’être attentif à chaque instant pour qu’avec la concentration, les kilesas soient maintenues à distance. Il faudra beaucoup de détermination pour maintenir votre attention ferme et ininterrompue en posture assise, couché, en marche, debout et dans toutes activités.
Sayadaw U Pandita - "dans cette vie même"
Une matinée de méditation avec Sister Ariya Nani, au "refuge" près d'Aix-en-Provence.
"En 1992, elle part en Birmanie pour pratiquer sous la direction du Maître Sayadaw U Janaka. C'est là qu'elle prend les vœux monastiques. Après quelques années de pratique de méditation, son Maître l’a chargée de s’occuper des méditants occidentaux dans le Forest Center."
Source: http://perso.orange.fr/refugebouddhique/programme.html

"Le refuge" à Eguilles.
La journée commence par les récitations : la prise de refuge et les huit préceptes récités en pali.
Puis nous commençons la "méditation" vipassana. La vénérable nous donne des conseils sur la présence d'esprit relative à notre corps, et au moment présent, ce moment précis où nous sommes assis.
Elle signale qu'il nous faut "cadrer l'attention", pour lui donner la bonne direction.
Nous commençons à observer notre abdomen : "gonfler...dégonfler..."
Puis des informations supplémentaires nous sont données, c'est-à-dire sur l'observation des sensations, des pensées, etc. Lorsqu'une pensée surgit, nous ne devons pas aller dans son sens, ne pas la poursuivre, l'analyser, ne pas y réfléchir, mais simplement connaître qu'il y a une pensée. Si nous percevons un attachement, ou une aversion relative à une réaction, nous devons noter "aversion....attachement". L'attention neutre doit être continue, c'est la clé de la réussite pour pénétrer l'objet en profondeur et connaître sa nature réelle.
A ce moment mes pensées se dissolvent immédiatement, dès l'instant où j'applique l'observation "pensée". Elle -la pensée-, ne peut demeurer lorsque qu'elle est reconnue par l'attention.
Après 45 mn d'assise, 45 mn de marche et encore 45 mn d'assise, la vénérable nous parle un moment, notamment sur le fait de continuer à être pleinement conscient lors du déjeuner, ce qui n'est pas simple. Ses instructions sont simples, claires comme ses yeux.
Je la regarde attentivement lors de ces dernières minutes d'instructions. Son image est évanescente. Elle est là, mais c'est comme si elle n'était pas là. Elle rayonne, de son intense travail qui a transformé son corps, son esprit. Nul doute qu'elle porte bien son nom.
C'est l'heure de déjeuner, nous mangeons en partageant ce qui à été porté.



