Dhammapiti                 "Dans la joie du Dhamma"

                                                                                                                                                                                                                     

                        L'enseignement originel du Bienheureux Gotama  

écoutez la parole de Bouddha: http://bouddhique.free.fr/ParoleduBouddha.MP3

 
Jeudi 26 janvier 2006

 

 

 

Rencontre et entraînement à Vipassana avec le vénérable Sumanasara.

 

 

 

 J'ai eu la chance aujourd'hui d'assister à une scéance d'entraînement à vipassana avec le vénérable Sumanasara. Le vénérable devint novice à l'âge de treize ans, puis il fût ordonné bhikkhu en 1965, au Sri Lanka son pays d'origine. Envoyé par le gouvernement de son pays, il arriva au Japon en 1980 pour étudier le Bouddhisme japonais. Il est aujourd'hui un enseignant reconnu du dhamma et de vipassana. Le Bouddhisme théravada au Japon n'est pas vraiment connu ni pratiqué, on trouve au Japon une multitude d'écoles différentes (plus de 150 000), la plupart basées sur la dévotion, l'ésotérisme ou sur des pratiques qu'ils leurs sont propres. (La famille japonaise basique n'a affaire en général au Bouddhisme que lors d'un décès d'un proche.) Le vénérable Sumanasara est l'auteur de nombreux livres, il est apparu plusieurs fois à la télévision sur le programme éducatif pour donner des sermons. Sa maîtrise du japonais et son habilité à précher les enseignements de Bouddha d'une façon très actuelle, lui confèrent une excellente réputation au Japon.

Vipassana:

Des différences notables existent donc entre les techniques d'observations de la réalité (selon la tradition Mahasi et la tradition U Ba Khin). Je peux maintenant en parler en connaissance de cause. Le vénérable Sumanasara enseigne selon la tradition Mahasi Sayadaw (http://www.bouddhisme-universite.net/micro-hebdo/micro-hebdo37.htm#sayadaw). Elle se base sur l'attention et le fait de "noter" mentalement et impersonnellement tous les phénomènes se présentant au corps et à l'esprit. En introduction, par des notes mentales répétées, et un déroulement d'étapes simples, nous fermons certaines parties du cerveau et nous en ouvrons d'autres. Cependant faire taire les pensées est absolument nécessaire. Cette méthode inclue les "méditations" debout et en marchant. Chaque changement de position sera également l'occasion d'observer et de "noter" continuellement, le plus lentement et le plus minucieusement possible. La marche, durant laquelle on va différencier le mouvement du pied droit et celui du pied gauche, permet d'améliorer ses capacités d'attention, et d'équilibrer les deux parties du corps, qui sont en général en désharmonie, c'est donc un très bon exercice. Autre point, cette technique s'adapte aussi à la vie de tous les jours, on pourra observer et noter lors du repas, lors d'une tache quotidienne, ect... Cette méthode sera le moyen d'arrêter l'attachement personnel aux phénomènes, de briser les croyances et l'illusion, et surtout de voir tous les phénomènes tels qui sont réellement, sans la déformation de notre mental, de nos conditionnements, de nos pensées, et de nos préférences. A première vue, elle me semble plus "naturelle" dans le sens ou l'on n'est pas à la recherche des sensations dans le corps, par le balayage systèmatique de celui-ci par l'attention, comme le préconise la méthode U Ba Khin. 

(D'autres points seront évoqués ultérieurement.)

Le vénérable fût assez gentil de m'instruire en anglais, car je ne saisi pas toutes les notions du japonais. Il fût très clair et je le remercie beaucoup. Il pense que toute "conversion" (terme non employé habituellement pour le Bouddhisme) au Bouddhisme doit se faire naturellement, quand l'individu reconnaît en lui la vérité du dhamma. Vérité universelle non réservé aux Bouddhistes.

 

62520065

 

 

 

  

 

Le vénérable Sumanasara.

yasa_kandyUn des très rare bhikkhu japonais lors de son voyage au Sri-Lanka.

 

 

Photos prises sur les sites de : JAPAN THERAVADA BUDDHIST ASSOCIATION

http://gotami.txt-nifty.com/journal/

http://www.j-theravada.net/11-jthera.html#info1

(Sites en japonais uniquement...)

par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Mercredi 25 janvier 2006

 

 

Lorsque l’on commence à s’intéresser aux enseignements de Bouddha, on le fait surtout grâce à la lecture, au niveau intellectuel. Dans le pratique du Dhamma, la première chose à faire est de s’établir dans sila (la moralité). Ne pas tuer, respecter la vie sous toutes ses formes ; éviter de prendre ce qui n’est pas donné, de prendre ce qui n’est pas à nous, même si cela est abandonné ; éviter de mentir, d’avoir des paroles blessantes ou futiles, veiller à avoir des paroles justes ; éviter d’avoir des méconduites sexuelles, et des excès dans les plaisirs des sens, comme la nourriture ; ne prendre aucun intoxicant, aucune drogue : Ce sont les préceptes des disciples de Bouddha. C’est la voie du milieu. Car plus on s’éloigne de son centre d’équilibre, par des excès, plus il est difficile de revenir à la concentration juste et à l’attention juste. On le comprend vraiment lorsque l’on s’entraîne à vipassana, la vue profonde des choses telles qu’elles sont. Par la modération au quotidien, nous maintenons l’équilibre nécessaire à pañña, à la compréhension juste, aux pensées justes.

 

 

 

Au niveau de l’esprit et du mental, tout commence avec les pensées. Il est très important de veiller à ne pas développer des pensées malsaines, des pensées d’avidité, des pensées qui ont leur source dans l’illusion et auxquelles nous nous attacherions. Les pensées sont à la base des sankhara, les pensées deviennent les sankhara. Conditionné par elles, nous devons les subir chaque jour, voilà pourquoi il faut en prendre garde, en observant notre coeur (nos pensées) dans la pratique de sila, laquelle nous aidera à le purifier. 

 

Sila est nécessaire pour déveloper samadhi (la concentration mentale, le calme mental, ce qui permet d’observer en silence, avec discernement). Ainsi samadhi est nécessaire pour développer pañña (la sagesse, la connaissance transcendante). Et Pañña est nécessaire pour développer l’Eveil. Les parami, aux nombres de dix, sont également le chemin vers l’Eveil total et parfait. Ils sont le soleil, le sucre et l’eau qui permettent de développer notre fruit de la sagesse jusqu’à l’accomplissement.

 

 

 

Pour vous donner un exemple d’emploi de metta parami, la bienveillance envers tous les êtres : Lorsque ceci est possible en vous, dans votre coeur et dans votre corps, rayonnez d’amour pour ceux qui vous entourent. Dans la maison, dans la rue, dans un lieu public, lors des moments vides, lorsque l’on sent du mépris aux alentours, lorsque l’on voit de la souffrance, de la fatigue, n’importe où, n’importe quand, surtout aux moments où vous auriez habituellement développé un jugement, une appréciation (négative ou positive), de la méprise, de la rancoeur ou de l’aversion. Vers ceux que vous croisez, une caissière exténuée au supermarché, que peut t’on lui apporter de silencieux qui la réconforte un instant ? Un vieillard sans domicile dans le métro, alors qu’il ne recueille habituellement que du mépris. Au gens que vous connaissez et avec qui vous ne vous entendez pas très bien d’habitude. A ceux qui vous déplaisent comme ceux qui vous plaisent ou vous indiffèrent, donner metta, partager metta, ainsi que vers tous les êtres visibles ou invisibles ! METTA.

 

 

 

 

 

 

Voilà la fin de mon récit de retraite vipassana. J’espère qu’il vous encouragera à (aller) vous entraîner à voir les choses directement telles qu’elles se produisent. J’ai écrit pour partager mon expérience, et en m’en libérant, éviter de m’y perdre en réflexions. J’ai décrit les grandes lignes : Il y a des choses que je n’ai pas dîtes. Si certaines expériences qui sortent de l’ordinaire mais sans intérêt vous arrivaient, vous les garderiez aussi pour vous ; il y a les a les gens à qui j’ai pensé, ceux à qui je souhaite de venir voir ce dhamma, et la musique intérieure qui m’a accompagné, malgré moi pendant quelques jours.

 

Après ces dix jours, je continue la pratique. Je me suis dit que j’ai bien dû acquérir à présent la même sagesse que mon épouse (qui est japonaise) ! Il était temps ! Je vois maintenant la journée comme un tout, et non plus faites de plusieurs moments distincts. En conservant toujours mon calme, sans se presser, en restant équanime, je prépare ma prochaine méditation (assise). Chaque acte dépend de la pensée précédente, chaque instant conditionne le suivant, pour avoir une méditation correcte, et une vie équilibré, c’est à chaque moment de la journée. Goenka dit : « Be happy ». Je vois les nombreux bénéfices que m’on apporté cette retraite.

 

 

 

Que l’attention me guide et me protège des futurs sankhara. Que chacun se méfie des désirs et de l’attachement.

 

 

 

 

 

 

Gratitude envers Bouddha, qui a découvert la pleine Libération.

 

 

 

Gratitude envers Bouddha, qui a partagé son expérience.

 

 

 

Gratitude envers Bouddha, son dhamma, et le samgha.

 

 

 

METTA.

 

 

 

 

par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Mardi 24 janvier 2006

 

 

Metta

 

Le dixième jour.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

           Comme pour les autres jours, nous commençons l’assise alors que la nuit est encore noire, à 4h30. Pour ce dernier jour, nous recevons lors de la méditation de groupe du matin, les instructions pour méditer sur metta. Metta est l’amour que l’on donne et que l’on partage, sans attachement, sans intérêt et sans désir, c’est un rayonnement d’amour et de compassion que l’on prodigue vers tous les êtres sans discrimination. Ce n’est, ce matin, pas forcément évident pour tous le monde, mais chacun comprend l’importance d’ouvrir son coeur. Ensuite, viens le moment où le silence peut être brisé. Dehors les gens se retrouvent et commencent à discuter. Je suis presque déçu de voir les gens reparler si facilement. Pendant neuf jours, je me suis habitué aux visages silencieux, j’ai fixé leur image dans mon esprit (encore à cause des sankhara). Et à les voir maintenant parler, c’est étrange, leur expression change, leur visage devient autre. Quelqu’un m’adresse la parole : « Alors, comment cela c’est passé ? » 

           Tout le monde est vraiment heureux, chacun ne peut s’empêcher se sourire. Nous partageons nos expériences, nous discutons principalement à propos des sensations perçues (intenses, subtiles, étranges, étonnantes, innombrables, ...), et de la méthode générale pour porter notre attention au corps.

 

           En discutant, je m’aperçois que les anciens élèves sont revenus pour poursuivre leur pratique et pour retrouver le sentiment de paix que l’on éprouve avec vipassana, dans un environnement protégé. La majorité des participants sont des jeunes trentenaires comme moi. Parmi les nouveaux élèves, quand on leur demande pourquoi ils sont venus ici, ils répondent le plus souvent que c’est à la suite du conseil reçu d’un ami. La plupart ne sont pas « bouddhistes », ni disciples (savaka) de Bouddha, mais sûrement vivent-ils en accord avec la Loi universelle (le Dhamma). J’ai été touché par la sincérité et la façon dont certaines personnes partageaient leur expérience, notamment lorsque un Brésilien vivant au Japon raconta qu’il avait pleuré pendant une heure, lorsqu’il avait enfin « rencontré et compris ce que représentait le Dhamma pour lui ».

 

           A propos de l’expérience que nous avons vécue ici, Goenka dit que nous sommes dans les mêmes conditions que les renonçants, les bhikkhu (moines). Pour quelques jours, nous avons renoncé à tout, nous acceptons la nourriture que l’on nous offre, nous n’avons pas de distraction et nous nous entraînons selon un emploi du temps bien rempli (ce dernier point n’est pas une obligation pour les moines). Goenka nous propose la lecture de la prise de refuge, à un niveau autre que superficiel. Lorsque nous prenons refuge, habituellement nous disons « dans le Bouddha ». Il ne s’agit pas de se réfugier « dans le Bouddha », où dans une divinité quelquonque qui nous protègerait ; il s’agit de prendre refuge dans les qualités de Bouddha, et de tous les Bouddha, dont la qualité suprême est l’Eveil total et parfait. Lorsque nous prenons refuge « dans le dhamma », il ne s’agit pas de se réfugier dans une Doctrine, une pratique religieuse, mais bien d’être en accord avec l’ordre des choses, avec la Loi naturelle, ainsi que dans les Enseignements de Bouddha. Et lorsque nous prenons refuge dans le samgha, c’est au près des êtres qui ont au moins réalisé le premier niveau d’éveil, ainsi qu’au près de tous les êtres réalisés à travers le temps, représentants de l’excellence du dhamma.

 

Nous recevons des instructions et des conseils pour continuer l’entraînement à vipassana chez nous : Au moins une heure le matin et une heure le soir, en finissant par une méditation sur metta. Il serait vain de continuer sans la pratique de metta, dont les bienfaits permettent d’éviter le repli égoïste du méditant.

 

« Et ensuite, c’est le travail d’une vie », nous dit Goenka. Et lorsqu’il sera temps de mourir, c’est en pleine conscience et sans aucune peur que le yogi l’accepte. Goenka, cet homme est étonnant. Il nous raconte sa rencontre avec son maître, Sayagyi U Ba Khin, comment lui, Goenka, homme d’affaire très riche et très malheureux en est venu à pratiquer vipassana. Il raconte aussi comment, d’une prophétie qu’il prennait pour une vulgaire croyance, il en est devenu l’instrument. Cette prophétie annonçait, du temps de l’empereur Açoka, que la Doctrine de Bouddha disparaîtrait totalement de son pays d’origine et qu’elle réaparaîtrait 2500 ans après la mort de l’éveillé. Et c’est ce qu’il nous compte, lorsqu’il nous dit qu’il a réintroduit petit à petit la technique de vipassana en Inde, où elle avait complètement été oubliée. Il est tout à fait d’avis que le pur dhamma n’a été conservé (les paroles de Bouddha) et pratiqué (vipassana), de maître à disciple, qu’en seule terre du Myanmar (Birmanie).

 

Pour finir avec ce monsieur, une chose qui m’a vraiment touché est la vidéo d’un discours fait au siège des nations unies en 2000, lors du sommet mondial de la paix, réunissant de nombreux dirigeants religieux et spirituels. Il arrive très calmement, et salue toute l’assemblé. Puis, il explique simplement que les religions sont faites pour unir les gens et non pour les diviser. Il se dit pour la conversion, mais pour la conversion du malheur au bonheur, de la misère à la libération. En peu de mots, il explique la Loi naturelle du bonheur, de la purification, et comment en s’observant on peut se connaître réellement. Comment puis-je transmettre la paix et l’amour si je suis plein de colère et d’animosités ? Et pour finir, il lit l’inscription gravé sur le roc, due à l’empereur Açoka, qui incite à honorer toutes les religions.

 

 

 

 

           Pour ma part, j’invite tous ceux qui souhaitent planter la graine du dhamma en eux, à participer à une retraite vipassana. Si vous pouvez vous rendre en Birmanie, c’est merveilleux. Il y a de nombreux centres qui sont prés à vous recevoir gratuitement. Si vous ne pouvez pas vous y rendre, et que vous avez dix jours de libre, je vous conseille d’aller dans un centre vipassana de S.N. Goenka, qui vous recevra gratuitement (il y en a un en France). Il existe également la possibilité de faire des retraites plus courtes, de trois ou un jour, dans d'autres lieux.

 

 

 

Voici quelques liens :

 

 

Sur vipassana :

 

http://dhammasukha.free.fr/biblio/MahasiInstructions.htm

 

http://www.dhammadana.org/vipassana.htm

 

 

Méditation en Birmanie :

 

http://www.ananda-travel.com/FR/bouddhisme_meditation_birmanie.htm

 

 

Vipassana Goenka en France:

 

http://www.french.dhamma.org/index.html

 

 

D’autres lieux en France :

 

http://www.centrebouddhique.net/contenu/cbi/cours.php

 

http://vipassanasangha.free.fr/retraites.htm

 

http://mhd-abt.club.fr/vivekarama/retraites.htm

 

http://www.vipassana.fr/miscellaneous/QuEstCeQueVipassana.htm

 

 

 

 

A suivre, pour un dernier récit sur les impressions d'après retraite...

 

 

 

par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Lundi 23 janvier 2006

 

 

    Durant ces derniers jours de la retraite, j’expérimente principalement des douleurs physiques. C’est le signe que les impuretés remontent à la surface. Pendant toute la huitième journée, j’ai le coeur et les poumons serrés. Je suis surpris de voir comme le corps adapte les douleurs pour que cela soit supportable et observable. Durant une heure, peut être lassé d’observer, je m’imagine arrachant les mauvaises plantes que je trouve en moi, puis déracinant un arbuste planté dans mon corps, symbolisant l’attachement aux désirs et à la volonté. Etant jardinier, j’ai déjà eu l’occasion de déraciner un arbuste, il faut creuser une large tranchée tout autour, dégager les racines principales avant d’enfin pouvoir faire bouger l’arbre et l’extraire, cela prend du temps. En même temps je m’encourage à abandonner la volonté, sous ses formes les plus grossières comme celle d’atteindre l’éveil. Encore une fois je suis divisé, mais je fini par y renoncer. En réalité je souhaiterai voir disparaître cette sensation désagréable, je cherche des moyens divers pour y parvenir. Je déracine l’arbuste, j’y plante à la place les graines de facteurs d’éveil. Face à mon mal, j’accepte de rester équanime et de continuer à observer.

 

 

Les sept facteurs d’éveil sont maintenant présents dans mon esprit : L’attention (sati), l’investigation (du dhamma : dhamma-vicaya), l’effort (viriya), la joie (piti), le relachement (du corps et de l’esprit : passaddhi), la concentration (samadhi), l’équanimité (upekkha).

 

 

 

 

« Ce coeur vacillant, inconstant, difficile à garder, difficile à contrôler, le sage le rectifie comme le faiseur de flèches rend droite une flèche. »                                                     Dhammapada -V.33

 

 

 

 

« De partout coulent les flots (soifs). Les lianes naissent et demeurent. Voyant cette liane qui a surgit ; avec la Connaissance transcendante (pañña), coupez les racines. »

 

 

                                                                   Dhammapada –V.340

 

 

 

 

Parfois encore, ayant réalisé l’ampleur misérable des sankhara, je me répète lorsque c’est nécessaire « Sabbe sankhara anicca, sabbe sankhara dukkha... » (Tous les états conditionnés sont impermanents, tous les états conditionnés sont souffrance...). On ne fait rien, on observe les sensations, mais parfois une douleur dure toute l’heure et on ne se rend pas compte d’anicca. Pourtant les sensations, quelles qu’elles soient, naissent, durent et s’éteignent.  Anicca. Toutes les sensations, toutes les pensées, toutes les intentions, tous les états d’esprit, anicca, anicca, anicca....

 

 

 

 

 

 

 

 

           Du temps où il préchait sa Doctrine, Bouddha employait des termes qui pouvaient être compris par chacun. Il y a un terme qu’il employait, et qui a aujourd’hui perdu sa signification, c’est acarava.

 

 

Acarava (atcharava), c’est un flot intoxicant comme par exemple le vin. Lorsque la négativité, la colère ou la peur s’empare de nous, il y a une réaction biochimique qui se produit dans l’organisme. Une substance intoxicante coule alors dans le sang, ce flot renforce la sensation négative, il agit tel un cercle vicieux se nourrissant de lui-même.

 

 

           En observant les sensations du corps, apparaissent parfois des sensations dont on se souvient. On reconnait des douleurs que l’on connaissait, qui avaient disparu. Ces douleurs nous ramènent plusieurs années en arrière, et font souvent remonter en surface des sentiments qui leur sont associés. Toujours l’esprit calme et équanime, observer.

 

 

Les yogis utilisent la respiration pour comprendre le phénomène physio-physique, que ce soit en observant l’inspiration et l’expiration, en focalisant son attention sur les mouvement du bas ventre, sur les narines, ou en prenant comme base la montée et la descente du diaphragme. La respiration naturelle est en relation avec l’esprit et les impuretés mentales. Lors d’une montée de colère, le rythme cardiaque change immédiatement, c’est le signe que quelquechose ne tourne pas rond dans l’organisme. La vipassana nous permet de prendre conscience de chaque changement de respiration. Quand la respiration n’est plus naturelle, lorsque une impureté est sur le point de nous envahir, la respiration est le signal d’alarme, et petit à petit grâce à elle nous maîtrisons nos comportements, et gardons notre calme. Nous pouvons observer la colère grâce au changement de respiration et aux sensations physiques.  

 

 

           Si nous remontons à la source de la misère que nous subissons, avant l’attachement, avant le désir, avant la sensation, avant le contact, avant les six sphères des sens, avant les phénomènes physiques et mentaux, avant la conscience et avant les formations mentales, il y a l’ignorance. Dès la naissance nous ne pouvons échapper à cette ignorance, c’est donc plus tard qu’il nous faut y mettre un terme. Ainsi, le Dhamma est un remède universel pour une maladie universelle. Le Dhamma n’a rien de sectaire, il ne peut être sectaire. Goenka rappelle souvent ceci. La souffrance est universelle.

 

 

Le fait que les centres vipassana de Goenka, ne soient ni des temples, ni des édifices religieux, ni des lieux de prières et de cérémonies permet d’accueillir toutes les confessions. Hindous, chrétiens, musulmans, bouddhistes, ... athés, participent aux cours, et chacun en retire des bénéfices pour sa vie.

 

 

           Depuis notre naissance, nous sommes tournés vers l’extérieur. Souvent nous accumulons les objets matériels, nous pensons obtenir le bonheur par ces choses extérieures. Pourtant les causes du bonheur et du malheur ne sont pas extérieures. Les humains savent très bien aller de plus en plus loin dans la recherche extérieure, jusqu’à envoyer des sondes dans l’espace, mais combien sont-ils à pénétrer l’intérieur de leur être, avec le silence et l’attention comme témoins ? Quand le silence total est fait, ce qui doit être connu apparaît.

 

 

Avec pañña, nous pouvons observer les choses sous des angles différents. Une vérité partielle est toujours déformée ; le point de vue intérieur, c’est à dire ce qui se passe en nous amène la vérité dans sa totalité. La paix de l’esprit, l’harmonie et l’équilibre sont les fruits que récolte le yogi sérieux. Le yogi qui se connait de l’intérieur souhaite vivre en paix avec ses proches.

 

 

 

 

 

 

« Abandonnez le passé, abandonnez le futur, abandonnez le présent (devant, derrière et milieu). Traversant pour aller sur l’autre rive de l’existence avec le mental libéré de toutes choses, ne subissez pas de nouveau la naissance et le déclin. »

 

 

 

 

                                                                   Dhammapada –V.348

 

 

          Bientôt, il sera temps pour nous, participants de cette retraite, de briser le silence. Ce silence nous l’avons tous utilisé pour obtenir le meilleur de nous même. Nous avons appris à travailler avec Adhitthana (une ferme détermination) ; nous avons appris qu’il ne sert à rien de viser l’Eveil (le nibbana), sans en premier lieu remplir les dix jarres (les dix parami) comme il convient. Nous avons appris à observer équanimement, à rester calme, nul doute que cela sera utile pour notre bien et celui de tous les êtres.

 

 

 

 

 

A suivre

par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Dimanche 22 janvier 2006

En cet après-midi du sixième jour, je suis dehors, un thé à la main attendant la prochaine méditation. Je me souviens très bien de ce moment. Le soleil fait fondre la neige qui goutte un peu partout. Sur le toit l’eau se transforme en vapeur, la fumée s’évapore avant de disparaître. Au loin des nuages passent entre deux montagnes, le chant d’un oiseau se fait entendre puis s’arrête. Je ne pense à rien, j’observe anicca. Je suis entouré par le changement, tout est changement. Je le vois, je le comprend mais ce n’est pas assez.

 

 

Tous ces signes extérieurs me rappelent que c’est bien en moi que tout doit se passer. Dès l’appel du gong, je retourne dans la salle de méditation.

 

 

Il ne faut pas croire que l’on expérimente uniquement des sensations désagréables durant les assises, voici un exemple de sensation agréable. Le discours traite des quatre éléments et de leur relation avec les sensations. Mon esprit se trouve en général stimulé après le discours du soir et la méditation qui suit est la plus intense de la journée. Durant les instructions de ce soir là il est question brièvement de la possibilité de sentir un flux de sensations libres. A ces mots, il y a un déclic, et tout l’intérieur de mon corps ressent intensément ce flux libre. Tout se relache à l’intérieur, des « vibrations subtiles » coulent, comme pour dire qu’il n’y a pas que la douleur à expérimenter. Il s’agit de mouvements internes, de la tête aux pieds, des pieds à la tête, dans tous les sens. Plus précisement, on pourrait dire il y a des mouvements, de la chaleur variable, de la fluidité, des liaisons, de la solidité ; ce sont les quatre éléments à l’oeuvre.

 

 

Or, s’il y a bien une chose à ne pas faire à ce moment précis ... C’est bien s’attacher à cette sensation agréable. Pourtant, n’ayant ni l’indication (elle viendra un soir plus tard), ni le bon sens (après la souffrance de la journée), je m’attache à elle. Je m’y absorbe, c’est si agréable, enfin quelquechose de réjouissant ! « C’est anicca, anicca est dans mon corps, je le sens maintenant. Le dhamma est dans le corps. »

 

 

La cloche retentie. Je ne veux pas m’arrêter de méditer, je continue quelques minutes pendant que des personnes questionnent l’instructeur. Je suis profondément exalté. Je me lève ensuite, toujours lentement, je vais prendre une douche et me coucher. Par le minuscule espace entre le rideau et la fenêtre, j’aperçois la lune et je la salue plein d’émoi.

 

 

 

 

 

Vipassana  -  Yogi  -  Adhitthana

 

 

Les septième, huitième et neuvième jours.

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est temps maintenant de parler des cinq empêchements (Nivarana), qui sont :

 

 

-Les désirs sensuels

 

 

-La malveillance, la haine ou la colère

 

 

-La torpeur et la langueur

 

 

-L’excitation et le remords

 

 

-Les doutes sceptiques.

 

 

« Ces cinq éléments sont considérés comme s’opposant à toute compréhension claire, en fait à tout progrès. Quand on est dominé par eux, sans savoir comment s’en débarraser, on ne peut pas comprendre ce qui est vrai ou faux, bon ou mauvais. »

 

 

Walpola Rahula « L’enseignement du Bouddha. »

 

 

           Ces cinq empêchements je les ai expérimentés : Les désirs sensuels, durant des méditations, lorsque la partie « enfant effronté » de moi-même, m’orientait malgré moi vers des pensées sensuelles. La colère et la malveillance, lorsque je ne supportais plus la douleur physique due à l’assise d’une heure. La torpeur et la langueur, lorsqu’après une sieste elles m’ont saisi durant la méditation qui suivait. L’excitation, quand, après avoir ressenti le flux subtil, je me suis cru libéré de quoi que ce soit. Les doutes sceptiques, lorsque le premier jour je ne savais pas ce que nous faisions.

 

 

Ces cinq empêchements je les ai également combattus et vaincus (partiellement) : Les pensées sensuelles, en parvenant à redonner le contrôle de l’esprit à la partie « sage ». La colère, en l’observant calmement en face. La torpeur et la langueur, en respirant profondément puis en ne plus aller méditer sans avoir réveillé mon esprit. L’excitation, en ayant appris après être tombé dans le piège. Les doutes sceptiques, en ayant rendu clair ce qui était confus.

 

 

 

 

           Néanmoins, en ce septième jour, j’ai encore des interrogations. Je relis le Satipatthana-Sutta (discours sur l’établissament de l’attention), et je me demande pourquoi nous n’observons que les sensations. Ceci dit, c’est de l’attachement aux phénomènes qu’il nous faut se défaire. A un certain niveau, tout ce qui nous arrive est une sensation. Chaque phénomène est un provocateur de sensations, auxquelles nous réagissons. (Le mot « réagir » contient la notion de conditionnement : re-agir, selon un shéma connu).

 

 

La sensation se situe avant la réaction, en neutralisant les sensations, on doit neutraliser les réactions. Quand je goûte un aliment, que je fait l’effort de noter quel est son goût et ce que ce goût provoque ou peut provoquer en moi, je neutralise la sensation de plaisir ou d’aversion qui naît instantanément quand je ne prend pas garde. Lorsque par exemple quelqu’un dans la salle de méditation tousse, et que je suis attentif à tout ce qui me parvient, ce son me traverse, il me fait réagir de l’intérieur. Le fait qu’un son me « transperce » indique que je ne dois pas être très « solide » à ce moment là. S’il me fait réagir c’est peut être que je suis encore trop sensible, trop attaché. Si une personne souffle, si une personne fait craquer une articulation, si une personne manifeste un signe de fatigue, nous y sommes (nous les débutants) au début, tous sensibles, jusqu’à un certain niveau. Ainsi de tels signes se manifestent généralement au même moment dans une méditation, ils sont des stimulis pour des réactions similaires, pour ceux qui ne sont pas correctement appliqués et vigilants. Au delà la concentration et l’attention permettent de ne plus interpréter ces signes, de ne plus subir leurs influences, de seulement en être conscient. De même, en travaillant sérieusement au satipatthana, l’on acquiert la conscience du présent. C’est une chose étrange que de (re)découvrir le présent. C’est si simple et si primordial. Si mon mental est une table, j’ai le sentiment de l’avoir nettoyé, d’avoir découvert sa surface. Je découvre qu’elle était couverte d’amoncellements dues aux sankhara. Lorsque la table est propre, je suis dans le présent, mais il y a toujours des débris qui viennent se poser sur elle. Alors je les balaye continuellement pour conserver la table vide, pour toujours voir sa surface.

 

 

      

 

 

Après avoir expérimenté des sensations agréables dans tout le corps, les sankhara refont surface, des sensations grossières resurgissent durant les assises. C’est une évolution tout à fait normale, nous passons par plusieurs stades, des sensations et des douleurs plus ou moins grossières, des sensations libres durant le flux, des sensations subtiles, ainsi de suite... Il nous faut continuer à observer équanimement. Au niveau physique, la sensation que la partie gauche et la partie droite du corps (spécialement de la tête) sont distinctes, s’estompe. Depuis quelques jours aussi j’ai renoncé à l’idée d’étendre les jambes pour relacher la tension, je me suis fait à cette sensation de contact, qui m’aide même durant la nuit. Je les replis donc sans les étendre. Durant ce septième jour je réalise que je suis attaché à l’idée d’atteindre quelque chose (le nibbana ou autre chose), et que cette volonté est une entrave. Je ressens la contre-partie de mon exaltation de la journée précédente, les sensations agréables ont disparu, et je suis déprimé. Je me ressaisis dans l’après-midi, j’observe chaque mouvement, chaque phénomène durant les pauses ; j’observe chaque sensation durant les assises. Le soir, en se couchant l’attention reste présente une heure ou plus, impossible de dormir. Il faut seulement se relaxer et ...observer consciemment.  

à suivre

 

 

par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Samedi 21 janvier 2006

Chaque méditation de groupe commence à peu près par ces instructions : « Start with a calm and quiet mind, an alert and attentive mind. With perfect equanimity, perfect equanimity, just observe, in the understanding of anicca, anicca... » = « Commencez avec l’esprit (ou le mental) calme et silencieux, en alerte et attentif. Avec une équanimité parfaite, observez juste, dans la compréhension d’anicca, anicca... » Or, il y a une traduction japonaise, et ils utilisent « shizuka na kokoro de hajimaru... » ce qui signifie : « Commencez avec un coeur calme ».

Esprit, mental, coeur, ces notions diffèrent peut être selon le pays mais le coeur n’a pas la même place, à première vue, que le mental. Cela me rappelle ce qu’il est dit en introduction du « Dhammapada » (traduit par le Centre d’études dharmiques de Gretz) :

« Citta, faussement traduit par « pensée » ou « esprit », est exactement le « coeur » ; coeur psychologique, (...) Le citta peut être défini comme le « centre » d’un triple impact psychologique :

- l’impact des pulsions subconscientes (les asrava, ou « purulences »), 

- l’impact des activités du système nerveux (principalement les activités dites

supérieures, intellectuelles, du vijñana), 

- l’impact de la Connaissance transcendante, la Prajña. (Pañña en Pali) 

Lorsque les deux premiers impacts sont arrêtés, le citta est immobile, reste la Connaissance transcendante, totale. »    

            De même dans le discours du soir il est question des quatre parties de l’esprit. D’abord on trouve viñana la partie qui connait (la conscience), puis il y a saña, la partie qui reconnait, vedana la partie qui ressent, et sankhara, la partie qui réagit. Cela correspond à nama, les quatre compartiments de l’esprit, et avec rupa, la forme, ou la matière ce sont les cinq agrégats d’attachement. Or les cinq agréagats d’attachement sont eux-mêmes “sankhara”, états conditionnés. Dans les sankhara, on trouve toutes les actions liées à la volonté, tous ces actes volitionnels bons, mauvais ou neutres, représentent le kamma. Il est dit dans “L’enseignement du Bouddha” de Walpola Rahula : “Noter que les états spirituels et mystiques, aussi purs et élevés qu’ils peuvent être, sont des créations mentales, conditionnés et composés (samkhara). Ils ne sont pas la Réalité, le Vérité (sacca).” Les sankhara ne sont pas la Réalité, ce pour quoi nous réagissons n’est pas la réalité, c’est une fabrication mentale.

Ainsi toujours dans le commentaire du “Dhammapada” : “Toute action, parole ou mentation, consciente, acceptée, motivée, intentionnelle, est cause d’imprégnations : les samskara (littéralement “faits avec et faisant avec”). La combinaison, la somme de ces samskara forme le karma des existences (karma = substantif de karoti “il fait”, meme racine que samskara) et ce karma, à la mort suscite une nouvelle combinaison par “animation” d’un ovule fécondé.”

             Malgré les différentes orthographes du mot, tous s’accordent pour dire que les sankhara sont la clé du problème. La troisième des divisions de Ariya-attangika-magga (Noble Octuple sentier), pañña vise à rétablir ce problème. La conscience (viñana) doit reprendre le dessus. Il est dit que les sankhara ont pour caractéristique de se multiplier, tel un arbre qui libère des fruits contenant des milliers de graines, qui elles mêmes produisent d’autres arbres produisant d’autres fruits. L’esprit au niveau le plus profond multiplie les sankhara. Nous sommes complètement habitués (conditionnés) à réagir à chaque chose que nous reconnaissons, et ressentons par “j”aime”, “je n’aime pas”, ou “cela m’est indifferent”. A chaque instant il nous faut produire un sankhara, alors seulement apparaît le moment suivant de conscience. Le flot mental est sans cesse nourrit par nous mêmes, l’esprit toujours dans les pensées, les réactions, les créations mentales, l’espoir pour le futur, le regret pour le passé ; ainsi les sankhara sont des graines d’actions de souffrance, ils multiplient notre misère. Nous leur offrons un terrain fertile, nous alimentons sans arrêt le foyer.

 

            Deux processus existent avec les sankhara : La multiplication ou l’éradication, le conditionnement ou le déconditionnement, l’ignorance ou la libération. Si nous arrêtons d’alimenter le foyer, alors petit à petit le feu s’éteindra, il deviendra braise, la braise se refroidira, et elle deviendra cendre, le feu n’existe plus, ceci est le nibbana.

Les sankhara sont comme le corps physique, si l’on arrête de le nourrir, il va finir par s’épuiser, néanmoins il vivra sur ses réserves pendant plusieurs mois. Les sankhara possèdent des réserves, un stock qui continuera de s’écouler lorsque le processus d’arrêt de production est enclenché. Cependant, le feu s’éteind si on ne l’alimente plus, c’est la Loi naturelle.

 

Pour arrêter de réagir, pour changer les mécanismes habituels de l’inconscient, au niveau le plus profond, il faut observer les sensations. En restant équanime face à toutes les sensations nous purifions l’esprit. Les impuretés mentales sont la cause directe des sensations physiques. En observant les sensations, en demeurant le plus équanime possible, en ne réagissant pas face aux sensations agréables ou désagréables, les impuretés mentales s’effacent. Le processus commence dès que l’on stoppe les sankhara. Pour stopper les sankhara, je pense, pañña doit être expérimentée profondément.

 

 

 

        Le sixième jour est un jour très important. Le travail de purification de l’esprit commence réellement lorsque la concentration mentale est établie (Samadhi). En observant les sensations les plus subtiles, les sankhara se manifestent. Le niveau le plus profond de l’esprit est en relation permanente avec les sensations, l’esprit et la matière sont connectés. Il faut aller plus profond que le niveau superficiel, de surface, passer au delà des sensations grossières. Au niveau intellectuel nous pouvons comprendre, mais c’est tout, cela ne changera pas nos actions, nos habitudes, cela ne nous empêchera pas de multiplier les volitions mentales. Vipassana, est un travail au plus profond de l’esprit, et selon S.N. Goenka, Bouddha n’enseigna que cela, pour purifier son esprit : S’asseoir, porter son attention sur sa respiration et observer les sensations.

En ce qui me concerne, après deux heures d’assise, je vais marcher pour maintenir l’énergie de mon corps et de mon esprit. Je marche le plus lentement possible dans le couloir ou dans le jardin. Ce sixième jour, les sensations grossières et douloureuses sont présentes. Je les observe, entres autres sensations subtiles présentent dans tout le corps, notamment sur le visage ; mais après plusieurs heures d’observation, mon mental commence à se demander comment faire pour arrêter ces douleurs : « Il faut que cela cesse, mais comment ? Je dois avoir la réponse en moi-même... Ces douleurs ce sont les impuretés mentales, les principales impuretés proviennent des désirs. Le désir dépend des sensations, qui dépendent du contact... » L’esprit aide aux opérations en raisonnant (pour son bien ?)

Commence alors une profonde introspection. S’engage un dialogue interne orchestré par la partie de moi-même la plus sage. (C’est un moyen d’accéder à la sagesse basique que de donner la priorité à notre « guide intérieur », celui qui sait, au plus profond ce qui est juste ou non). Mais la partie superficielle de mon esprit, (le citta des pulsions subconscientes) ne se laisse pas faire. « Le sage » doit lui parler comme à un enfant, (« c’est » un enfant qui a pris le contrôle) ; il est au pied du mur dans une position très précaire à présent, alors il écoute. La partie sage de moi-même tente d’expliquer ce que représente réellement la vie dans son ensemble, que mon être dans son ensemble n’est ni éternel, ni tout puissant, qu’il va disparaître, qu’il possède trop de désirs, qu’il produit trop de souffrances. « Grâce » à la douleur ressentie durant les méditations, « la personne enfant » conscent à se débarraser des désirs les plus visibles. Et petit à petit, elle consent à s’unir à la partie sage, elle consent a lui laisser le contrôle... enfin ! Retranchée et observée, cette partie de moi-même libérait tout son flot de purulences, il était impossible de maintenir la concentration et l'attention juste ; il était temps qu’elle disparaisse.

J’espère ne pas vous avoir rendu schizophrène, je me suis cru fou aussi ! Les impuretés mentales sont tellement présente en nous.

Quelles sont elles... Je les rappelle pour tous :

 

« La cupidité et le désir sont des impuretés de l’esprit ; la méchanceté est une impureté de l’esprit ; la colère est une impureté de l’esprit ; la malveillance est une impureté de l’esprit ; l’hypocrisie est une impureté de l’esprit ; le dénigrement est une impureté de l’esprit ; la tromperie est une impureté de l’esprit ; la ruse est une impureté de l’esprit ; l’obstination est une impureté de l’esprit ; l’impétuosité est une impureté de l’esprit ; la présomption est une impureté de l’esprit ; l’arrogance est une impureté de l’esprit ; la suffisance est une impureté de l’esprit ; la négligence est une impureté de l’esprit. »

(Vatthupama-Sutta)

A suivre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Vendredi 20 janvier 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

Metta/Dukkha  -  Samadhi  -  Anatta/Dukkha/Anicca

 

Les quatrième, cinquième, et sixième jours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        Le matin du quatrième jour durant une méditation, je regarde l’assistante de l’instructeur, assise du côté des anciens élèves, les yeux fermés, en pleine concentration. Elle rayonne d’une force incroyable. Elle est en cet instant une guerrière de l’esprit, de son visage et de son corps se dégagent sérénité, beauté et harmonie. Puis je m’interroge sur cette affection que je développe, sur cet amour spirituel. Je réalise qu’il est absurde de le limiter à une personne, que je ne connais d’ailleurs pas, autant partager cet amour spirituel avec tous. Alors je développe ce même sentiment pour toutes les personnes présentes dans la salle. (Plus tard, dans ma pratique je le partagerai avec tous les êtres.) Ainsi, cette compassion m’aide aussi à vivre plus facilement en communauté, à éviter de juger, à donner sans attendre.

 

 

 

        La technique nous apprend à vivre au présent, chaque fois que notre esprit vagabonde dans le passé ou dans le futur, habitude établie depuis longtemps, il faut le rappeler à l’ordre. C’est un travail à plein temps ! L’après-midi, la technique change, nous passons enfin à la pratique de la « vipassana », selon S.N. Goenka qui nous transmet la tradition de son maître, Sayagyi U Ba Khin. Anapana, que nous avons pratiqué pendant 3 jours, sert à aiguiser l’esprit, grâce à l’attention portée à la respiration, et grâce à l’observation des sensations sur une zone très réduite. Il nous est dit plusieurs fois que ceci est primordial pour pouvoir observer les sensations les plus subtiles, et accéder au plus profond de l’esprit et de la matière. Car nous devons maintenant observer les sensations, toutes les sensations, et ne pas s’arrêter aux sensations les plus visibles. Nous avons travaillé de plusieurs manières, mais c’est par zones et en déplaçant lentement notre attention sur chaque partie du corps que nous débutons. Et surtout, il nous est demandé à partir de maintenant, de prendre comme ferme détermination de rester immobile durant les 3 méditations de groupe qui ont lieu chaque jour. C’est à dire : Garder les yeux fermés, ne pas bouger ni les jambes ni les mains pendant une heure.

 

        Dès le début de l’observation au corps, un flot de douleur s’empare progressivement du mien. Il m’est difficile de ne pas me focaliser sur ce mal. Trente minutes s’écoulent, la douleur physique est maintenant omniprésente dans les jambes et dans le dos. J’ai l’impression que l’on me passe un rouleau compresseur sur les jambes. La joie sympathique du matin est bien loin. A partir de 45 minutes c’est une vraie torture ! (Amis pratiquants entraînez vous !) Ceci, Goenka le sait bien, il enseigne la méditation depuis 35 ans. Dans le discours du soir, il fait référence à ce qu’endurent les méditants : « 30 minutes cela va encore, mais dès 45 minutes, cela devient insurpportable, réellement insupportable, ôôohh comme j’ai mal ! Chaque minutes paraît durer une heure. Il faut arrêter ce supplice ! » Là, au plus fort de la douleur, l’esprit perd pied, il bondit dans tous les sens pour trouver des échappatoires à la souffrance, il libère ses pensées les plus extravagantes, les plus insensées, les plus imprégnées d’impuretés. Et puis c’est la colère, on rage contre cette méthode, on l’injurie. J’observe alors la colère, je sens mon visage qui se décrispe. Enfin, le chant Pali arrive, il annonce la fin de l’heure. Les jambes se déplient et la vie reprend.

 

        Le soir, encore une heure sans bouger, ou presque, l’esprit lui virevolte. A la fin de l’heure, j’ai le corps tout engourdi et quasiment insensible, j’arrive donc à ne plus me soucier de lui, mais l’esprit lui n’est pas encore fiable.

 

 

 

 

Le discours du soir évoque ce que Bouddha a découvert lorsqu’il atteignît l’éveil. Il pénétra l’esprit et la matière jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de les diviser en particules plus petites. Il trouva 8 éléments, au plus profond de la matière. Avec ces éléments on ne pouvait aller plus loin dans la division. Il s’agissait des quatre éléments constituant du corps : L’eau, le feu, l’air et la terre, et surtout de leur quatre caractéristiques : La liaison, la chaleur, le mouvement et la solidité. Ce que nous découvrons petit à petit au travers des sensations ce sont ces éléments, et leurs caractéristiques qui changent sans cesse.

 

 

            Le lendemain cela recommence. Dès 4h30 on s’entraîne à ne pas bouger, à passer outre les sensations les plus grossières, pour préparer l’heure immobile. Notre attention aux sensations change sans arrêt, et je ressens vraiment toutes sortes de sensations très subtiles, indéfinissables. Puis, plein d’appréhension, il faut s’asseoir pour une heure fixe. Chaque mauvais pli du cousin devient une torture au bout d’une demi-heure... Passer outre la souffrance, s’asseoir sur elle. Encore et encore. Dans ces moments là, chaque micro mouvement entraîne une réaction de douleur plus intense, d’où le grand intérêt de ne pas bouger d’un poil. Je m’imagine un pistolet braqué sur mon front et me dit : « Si tu bouges tu es mort... !» Si on a le malheur de dégager un peu le pied engourdi, cela provoque plus de mal qu’autre chose, et on n’arrive plus à se concentrer. On réalise combien l’esprit et le corps sont reliés, combien ils doivent être immobiles tous les deux, pour ne pas influer l’un sur l’autre par des mouvements. Car tout d’un coup, à un moment donné, ça y est. Le miracle s’accomplit, si j’ose dire ! L’esprit et le corps sont calmes. Le corps et l’esprit sont saisis par l’immobilité. Le corps est transcendé, l’esprit est clair, silencieux (temporairement), il ne réagit plus à la douleur (temporairement) ; il observe, il est en mesure d’observer. Je pourrais tout à fait avoir une conversation banale alors que mon corps me fait souffrir. La douleur est secondaire