Dhammapiti                 "Dans la joie du Dhamma"

                                                                                                                                                                                                                     

                        L'enseignement originel du Bienheureux Gotama  

écoutez la parole de Bouddha: http://bouddhique.free.fr/ParoleduBouddha.MP3

 
Jeudi 25 janvier 2007



Vivre au côté du Dhamma.

 


Au fur et à mesure que notre attention demeure au côté du Dhamma, nous nous rendons compte combien le refuge est un lieu sur.

C’est, en réalité, l’unique refuge valable dans ce monde. Pourquoi ? Car en tant que créatures humaines -chanceuses parmi toutes les créatures- nous vivons là où il n’y a aucune constance. Et où que nous allions, nulle part la constance ne sera trouvée, quoi que nous fassions jamais nous ne maintiendrons un quelconque état de bonheur. Et ceci jusqu’à l’expérience de nibbâna, la cessation de la souffrance.

 

         Il se peut qu’en prenant refuge nous voulions accomplir l’aspect spirituel de notre être. La vie n’étant qu’une mise en scène, il faudra briser les chimères qui s’accumulent dans notre âme. Prendre les aspects repoussant du corps n’est par exemple pas pessimiste, mais seulement réaliste. Voir la « dure » réalité, comme la « belle », telle qu’elle est, voilà ce à quoi nous tiennent les quatre Nobles Vérités.

 

En prenant refuge nous acceptons l’intérêt de l’honnêteté au travers des cinq préceptes. Les cinq préceptes sont les déclencheurs du discernement. La croissance de nos facultés, et la possibilité de faire éclore notre compréhension seront leurs résultats. En poursuivant d'une façon neutre, nous saisirons le silence dans la connaissance.

 

S’appliquer dans le Dhamma est un intérêt vital pour qui souhaite arrêter complètement la souffrance et le ressentiment. Distinguer ce qui est bénéfique de ce qui ne n’est pas, boire à la source de l’Enseignement, affiner les facultés de la méditation, trouver le bonheur dans les gestes simples et quotidiens du Dhamma, tous ceci sont les moteurs et les fruits du mode de vie Bouddhique.

 

Avec le temps la dimension à laquelle nous aspirons prend réellement forme, cette forme nous demande de nous oublier. Plus nous nous attachons au bonheur, plus la douleur et la souffrance nous suivent. Celles-ci vont croissantes vers la vieillesse si les constructions mentales sont toujours actives.

 

Lorsque le refuge, dans un temps privilégié, nous permet d’accéder à la concentration, il nous prive de nos repères mais nous protège de notre incessant bruit intérieur. C’est comme trouver un abri dans une nuit de tempête et d’orages. Le seul abri, digne et Noble.

 

Permettons-nous de prendre refuge dans le triple joyau. En Bouddha -le Bienheureux découvreur de la Loi, le Dhamma -la doctrine du seigneur menant au nibbâna, le Sangha -les Nobles disciples véhiculant le Dhamma. En vivant au côté du Dhamma, celui-ci n’est plus extérieur et ne demande plus de preuve : Il devient intérieur, et son évidence se lie avec sa pratique.


 


 

par Langlais Pierre publié dans : dhammapiti
Dimanche 21 janvier 2007





Dukkhasacca. La vérité de la souffrance

(Par Chanmyay Sayadaw – extrait de Practical Insight Meditation )  - traduit de l’Anglais.

 


 

Dukkhasacca c’est nama et rupa, les phénomènes mentaux et physiques. Nama (le mental) comme rupa (le physique) apparaissent dépendant de leurs conditions et alors sont appelés mentalité conditionnée et physique (corporel) conditionné. Par exemple, prenez la conscience de voir, lorsque l’on voit quelque chose de visible, la conscience de voir est présente. Elle apparaît dépendant de 4 conditions ; les yeux, une chose visible, la lumière et l’attention (manisikara en Pali). Ces 4 conditions sont la cause de l’apparition de la conscience de voir.


        Toutes ces conditions doivent être présentes pour que la vue apparaisse. Bien que vous ayez des yeux, et que l’œil entre en contact avec une chose visible –s’il n’y a pas de lumière, vous ne pouvez voir. La conscience de voir n’apparaitra pas. Si vous avez des yeux, un contact visuel, une chose visible et de la lumière, mais sans attention à l’objet ou la chose visible, vous ne pourrez simplement pas voir. La conscience de voir apparaitra seulement quand il y a attention.


Parce que la conscience de voir a 4 conditions, on dit qu’elle est conditionnée. En Pali, une chose conditionnée est appelée sankhata. Toute conscience est conditionnée, comme le sont les phénomènes mentaux et physiques. Ils apparaissent dépendants de leurs conditions.


Néanmoins, la cessation de la souffrance, nibbâna, n’est pas conditionnée parce qu’elle n’apparaît pas ni ne dépend d’aucune condition. Alors il n’y a pas de condition ou cause pour la cessation de la souffrance, nibbâna. Elle est inconditionnée. Ce qui n’est pas conditionné  est appelé asankhata, alors que le conditionné est appelé sankhata.


Dans notre exemple, la conscience de voir dépend de l’œil, d’une chose visible, de la lumière et de l’attention. Elle apparaît puis elle disparaît. Pourquoi disparaît-elle ? Parce qu’elle apparaît. Toutes les choses conditionnées,  sankhata, ont la nature de l’apparition et de la disparition, alors elles ont aussi la nature de l’impermanence (anicca).


Tandis que la cessation de la souffrance, nibbâna, n’est pas conditionnée, elle existe toujours. Parce qu’elle n’apparaît pas, elle ne disparaît pas. Alors la cessation de la souffrance, nibbâna, n’est pas impermanente. Parce qu’elle est inconditionnée, et n’apparaît pas dépendant de condition –il n’y a pas de causes conditionnées. Alors, cette cessation de la souffrance, nibbâna, est connue comme akarana en Pali. ‘Karana’ signifie condition ; ‘a-’ sans, donc akarana signifie sans condition.


        Quand vous pouvez éteindre tous les phénomènes mentaux et physiques qui sont les choses conditionnées, la cessation de la souffrance est expérimentée. La cessation de la souffrance existe par elle-même. Elle est déjà là. Elle n’apparaît pas, donc elle ne disparaît pas, elle est permanente. Elle est appelée à la fois akarana et asankhata, comme il n’y a pas de condition.


        Le seigneur Bouddha a dit dans le premier sermon, que dukkhasacca (c’est-à-dire les phénomènes mentaux et physiques) -la vérité de la souffrance est parinneya.


C’est une vérité qui doit être complètement réalisée (parinneya). Tout phénomène mental, et tout phénomène physique, apparaît et disparaît. Ils sont impermanents. Ce qui est impermanents est souffrance, dukkha. C’est pourquoi Bouddha dit qu’à la fois nama et rupa, les phénomènes mentaux et physiques sont souffrance, la vérité de la souffrance. Cela doit être complètement compris et réalisé.

 


3 sortes de dukkha.

 

        Maintenant nous devrions mentionner très brièvement les 3 sortes de souffrances générales, dukkha, selon le traité bouddhiste de l’Abhidhamma.

        La première est dukkha dukkha.

        La seconde est viparinama dukkha.

        La troisième est sankhara dukkha.


Dukkha dukkha est une souffrance très commune. Quelques exemples seraient des choses telles que la douleur, les démangeaisons, les irritations, toutes maladies ou souffrances physiques. D’autres peuvent être le malheur, la tristesse, la peine, l’inquiétude ou toutes souffrances mentales. Ces états de souffrance sont très remarquables et communs à tous les êtres humains.

Alors, ils sont appelés dukkha dukkha, la souffrance de la souffrance.


        La seconde sorte est viparinama dukkha (dukkha du changement). Bouddha nomme aussi le prétendu bonheur comme viparinama dukkha parce qu’il ne dure pas très longtemps. Il apparaît puis disparaît se changeant en malheur et souffrance. En fonction de sa nature de se transformer en souffrance, Bouddha a dit que le bonheur est viparinama dukkha. Ce changement peut s’effectuer soudainement ou rapidement.


        Enfin, il y a sankhara dukkha. Sankhara dans ce cas a la même signification que sankhata. C’est quelque chose qui apparaît en fonction de condition ou cause. Donc, tous phénomènes mental ou physique est sankhata ou sankhara. Ils sont les effets de leurs causes, leurs conditions. Ils apparaissent et instantanément disparaissent, alors ils sont insatisfaisants. Pourquoi est-ce qu’ils disparaissent ? De nouveau, c’est parce qu’ils apparaissent, qu’ils sont sujets à disparaitre. Cette souffrance de l’apparition et de la disparition incessante, sankhara dukkha, est commune à tout ce qui est conditionné.


Ainsi, nama et rupa, les phénomènes mentaux et physiques, qui sont des choses conditionnées, sont dukkhasacca. Cette vérité de la souffrance doit être entièrement réalisée par le méditant qui veut se débarrasser de la souffrance.


Les 2 autres types de souffrances, dukkha dukkha et viparinama dukkha, peuvent être expérimentées et aisément comprises par nous-mêmes dans la vie quotidienne même sans pratiquer la méditation. Cependant, sans la pratique de la méditation vipassana, la méditation de la vue pénétrante, nous ne sommes pas capable de réaliser complètement sankhara dukkha, la souffrance de l’apparition et de la disparition. Sankhara dukkha est très profonde, trop profonde pour être réalisée la connaissance théorique ou l’analyse. Seulement par la pratique, la connaissance expérimentée du Dhamma, acquise par la méditation vipassana, nous sommes capable de réaliser cela, comme souffrance de l’apparition et de la disparition. Comme Bouddha a dit : «  Une personne qui souhaite atteindre la cessation de la souffrance, nibbâna, doit comprendre correctement et réaliser la vraie nature des phénomènes mentaux et physiques, (nama et rupa). »


C’est pourquoi nous pratiquons la méditation de la vue pénétrante. Le but premier de la méditation vipassana est de réaliser l’impermanence ou l’apparition et la disparition des phénomènes mentaux et physiques ; sankhara dukkha. Quand nous ne sommes pas capables de réaliser ceci, nous prenons faussement ces phénomènes pour être permanents. Basé sur cette croyance en la permanence de l’esprit et du corps, nous favorisons l’idée d’un « je » ou d’un « tu », une personne ou un être, un soi ou une âme. Parce ce qu’on ne réalise pas pleinement la vraie nature de l’apparition et de la disparition des phénomènes mentaux et physiques, nous les tenons pour être une personne, un être, un soi ou une âme, etc.


Quand nous nous accrochons à l’idée d’une personne, d’un être basée sur l’ignorance de la vraie nature du processus corps/esprit, alors nous développons le désir ou le vœu d’obtenir quelque chose. Nous voulons peut-être être premier ministre, président ou une personne riche. Ce désir apparaît dépendant de l’idée qu’il y a une personne, un soi ou une âme. Ce désir ou cette convoitise cause plusieurs sortes de souffrances. Quand on a le désir d’être présidant, on doit lutter pour cela de tant de façons différentes. Alors il y a souffrance. Quand on devient président, il y a encore plus de souffrance. Il y a tant de choses supplémentaires avec lesquelles on doit faire maintenant.


 

par Langlais Pierre publié dans : Extraits de livres
Dimanche 14 janvier 2007





Aller au début du récit  Retraite en Birmanie -1ere Partie.












Renouer avec le Dhamma.

 

En ce matin de neuvième jour, les pensées passent la frontière de l’observation. A 13 h je vais écouter le dhamma talk.

Après avoir expliqué comment nous devrions nous comporter face aux événements extérieurs pour ne pas s’y attacher et les désirer (par des notes mentales appropriés), Sayadaw parle des caractéristiques des phénomènes physiques. (A partir des 4 éléments –Air, terre, eau, feu- nous trouvons les caractéristiques spécifiques et communes aux processus physiques : Le mouvement et la vibration pour l’air, la dureté et la douceur pour la terre, la fluidité et la cohésion pour l’eau, la chaleur et le froid pour le feu.)

A la fin du discours, quelque chose en moi se produit. Je réalise -avec la sensation du toucher- qu’une partie de mon corps n’est effectivement que « dure », et qu’à la fois une autre n’est que « douce » -caractéristiques de l’élément terre. Les phénomènes physiques, incluant nous-mêmes, ne sont que la manifestation des caractéristiques des quatre éléments. Et sur celles-ci viennent se greffer un mental, une conscience Je souris de cette découverte, il n’y a donc rien d’autre que ces caractéristiques !

Je continue la pratique. Mon bonheur est tempéré, mais réel. Je note « dur, dur » lorsque mes pieds rencontre le sol, « mouvement » lorsque j’observe la respiration, « chaleur » pour ce que je ressens dans le dos.

Plus tard dans la journée, une impatience étrange me pousse vers l’accueil du centre. Je vais d’abord appeler ma femme pour lui dire que je vais mieux. Et comme par hasard, le moine U sujatâ que je voulais voir se trouve là. C’est lui qui m’avait reçu lorsque je m’étais présenté au centre pour la première fois. Nous parlons, je l’interroge sur les chants que nous entendons tous les jours. Il me dit que ce sont des chants à la fois de protection, d’instructions, d’incitation, et d’explications de la doctrine. Ils sont récités par les yogis locaux. Je lui propose alors de l’interviewer en vidéo le lendemain, il sourit et il accepte.

 

Ce dixième jour est mon dernier jour, et l’observation du matin se déroule bien. En cette matinée je vais enfin être reçu par Sayadaw pour un entretien. Plusieurs yogis se présentent à lui à la fois, et à tour de rôle il nous écoute parler de notre expérience de la pratique. Je l’entends faire avec celui et celle qui me précède. Je sais bien ce qu’il va dire, et ce qu’il répète inlassablement à chacun, quoi qu’on lui dise, quoi que je lui dise. Cet être est véritablement détaché de tout, il véhicule le Dhamma. J’hésite entre ne rien lui dire (et simplement lui demander une lettre de recommandation pour une prochaine retraite) et lui raconter mes expériences. Il me questionne. Je lui raconte brièvement quelques trucs concernant les quelques jours passé ici. Puis le verdict arrive soudainement : « Observer. » « Observer du matin au soir, durant la marche, durant l’assise, durant les activités quotidiennes, durant le repas, durant la douche, durant l’habillement »

Et je lui annonce que c’est mon dernier jour. Il me demande combien de temps j’ai pu rester assis sans changer de posture. « 1h 15 » Je lui réponds. « C’est très bien. » Me dit-il. « Et dukkha ? » Me demande t-il. « Oui, je l’ai observé. » « Pain, pain, pain* » Dis-je. (*Pain en anglais = douleur). Il me demande d’où je viens. C’est une attention plaisante, et c’est déjà fini. Je quitte le lieu après lui avoir rendu un profond hommage. Mais je serai amené à le rencontrer encore deux fois.

A 12h 30, je rencontre U Sujatâ. Nous nous installons dans la pièce libre des dhamma talk. J’ai 5 questions à lui soumettre avec la caméra comme témoin. Il me parle notamment de sa rencontre avec le Dhamma. Une fois la caméra éteinte, nous poursuivons la conversation jusque dans l’après-midi. Je retourne dans le bâtiment des yogis étrangers, mais les choses sont différentes maintenant. Je me ballade avec du matériel vidéo.

Le soir je retrouve U Sujatâ, et nous discutons encore, enfin cette fois là, je l’écoute beaucoup. Le lendemain matin j’ai prévu d’aller filmer les récitations en pali. Je suis réconcilié avec le Dhamma.

 

Le Onzième jour est un jour bonus. Après le petit déjeuner et la séance vidéo, je pars pour « downtown » car j’ai des choses à faire. C’est ma dernière journée en Birmanie, et je dois aussi me rendre à la Paya Swedagon, la plus grande et la plus vénérée du pays. En effet, l’atmosphère dans ce lieu est magique, électrique, emplie d’une paix mouvante. J’entends des chants de récitation, ceux là même que je connais, récités avec encore plus de dévotion, et ils me touchent et m’attirent au plus profond. Au départ, je prends quelques photos et filme l’endroit, mais quelque chose en moi reste inassouvis et il m’est impératif de me relier à cette foi. Je me rends face à l’Est et rends hommage parmi les fidèles à Bouddha. Je suis hors du centre, lâché dans le monde extérieur, rendant hommage au triple joyau, les mains tremblantes, le cœur bienheureux et rempli de gratitude. Je crois que j’ai finalement trouvé saddha.

-Le refuge est un lieu sûr-.

 

 

 

« Buddham Saranam Gacchami »
« Dans le Bouddha je prends refuge »

« Dhammam Saranam Gacchami »
« Dans le Dhamma je prends refuge »

 
« Sangham Saranam Gacchami »
« Dans le Sangha je prends refuge. »

 

« Namo Tassa Bhagavato Arahato Sammâsambuddhassa. »

« Hommage au Bienheureux, au Noble, pleinement éveillé. »


 


 


 


 

Le vénérable U Sujatâ.












Le couloir des chambres des Yogis et Bhikkhu étrangers.










par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Samedi 13 janvier 2007




Un nouveau cycle : Entre fantasmagorie et recherche de conviction.

 

Au septième jour, et aux vues des changements d’état d’esprit qui s’opèrent en moi, je réalise l’importance de l’équanimité. Je me dis que garder le tempérament avec équanimité du matin jusqu’au soir est une garantie de stabilité. Cependant il s’agit d’une compréhension intellectuelle, et non d’un état définitif dont j’aurais pu hériter. 

Durant l’assise précédent le repas de 10 h 30, ce que j’observe est étonnant. Rien. Ou plutôt derrière la respiration, s’ouvre un espace vide dans lequel l’observation pénètre. C’est une dimension essentiellement sombre où plus rien n’est solide, une « vision » de la vacuité, auxquelles s’ajoutent quelques éléments présents qui seraient des êtres vivants, quelques formes qui seraient des caractéristiques. La respiration m’apparaît comme un simple mouvement de vent. A ce moment, quand même, je me pose cette question : « D’où me vient cette vision ? Ne serait-ce pas un effet des médicaments ? » Je continue cette observation qui s’impose à moi.

J’oriente alors le mental vers des questionnements, comme par exemple le changement qui survient lors de la mort. Il m’apparaît clairement comme un processus naturel de dissolution et de transformation, qui vue sous cet angle n’est ni tragique ni important, sans plus de conséquence. Mais à partir d’ici les choses que j’entrevois ne sont pas assez fiables pour être décrite d’une façon crédible (!). Néanmoins, cette vision dans laquelle les éléments présents ont une réalité nouvelle permet de relativiser l’existence du monde, et m’apporte un grand détachement, bénéfique à ce moment de la pratique. 

Ce que me rappellent les « dhamma talk » durant ces jours, est qu’il ne devrait y avoir aucun attachement. C’est surtout un résultat de la pratique, mais j’en viens à voir dans le but de la retraite –nibbanâ- une réalisation qui s’opposerait au bon déroulement de ma vie familiale. Confus, et focalisant sur cet attachement qui s’impose à moi (c’est-à-dire ma femme et mon fils), je souhaite conserver, dans mon ignorance, telle quel mon affection. Je dois alors trouver mentalement un moyen de me tranquilliser. Je me soumets à des accords qui me permettront de continuer plus sereinement la suite de la retraite. Ils sont :

- Je ne connaîtrais pas nibbanâ durant cette retraite.

- Je peux par contre développer le calme mental et la connaissance.

- Ce développement me permettra de mieux vivre et apportera du bonheur à ma famille.

Au moment critique de la fin d’après-midi, je suis prêt. J’arrive à contrôler la tension qui se présente, j’observe, et note ce qui se passe sans y sombrer. Ensuite la pratique s’avère difficile en assise. J’observe quelques attachements, agitations, perturbations. Un esprit qui a du mal à rester centré et encore lève les yeux, sur les alentours...

 

Huitième jour. L’assise du matin est bonne, physiquement parlant car la concentration n’est pas effective et de nombreuses pensées passent à travers le filtre de l’observation.

A défaut d’interview relative à ma retraite avec Sayadaw, (car à la suite d’une méprise et de l’absence de Sayadaw, je n’en ai encore pas eu), j’ai un rendez-vous quotidien avec les explications précieuses du dhamma talk - discours enregistrés mais sur lesquels je peux compter. Les paroles de Sayadaw sont des supports utiles qui souvent, répondent au moment opportun aux questions que le yogi se pose.

Le discours traite en ce jour des facultés mentales, celles que l’on utilise pendant la méditation, à savoir : Saddha –la foi, panna –la connaissance -compréhension directe, viriya –l’effort, samadhi –la concentration, et sati –l’attention. Voici le secret : Elles doivent être équilibrées pour que la pratique soit profitable. Sans cet équilibre le méditant ne progresse que difficilement. Saddha et panna (la foi et la connaissance) doivent être équilibrés. Viriya et samadhi (l’effort et la concentration) doivent être équilibrés. Sati (l’attention) doit être développée autant que possible. Trop de saddha et l’on sombre dans la crédulité, trop de panna et l’on tombe dans l’analyse, trop de viriya et nous arrive la distraction, trop de samadhi et on se retrouve dans la somnolence.

Je me rends immédiatement compte des déséquilibres qui sont survenus durant ma pratique et ceux qui demeurent encore. Le principal est celui entre saddha et panna : Je suis en excès de panna (si l’on peut s’exprimer ainsi !)

 Je réalise que ma foi est défaillante, l’analyse, la réflexion et la ruse perturbent ma pratique ! Ainsi si j’avais entièrement confiance en la méthode que Bouddha nous a enseigné, je me contenterais d’être attentif durant la pratique, sans analyser régulièrement. Il me faut croire et développer la confiance dans Bouddha et la doctrine. Mais comment trouver la foi ?! ()

Chaque jour, nous rendons hommage au Bouddha, au Dhamma et au Sangha. Avant et après chaque méditation assise, et avant et après chaque repas, des dizaines de fois par jour donc, en joignant les mains au front et en s’inclinant trois fois front au sol. Avec sincérité (-et metta), je le fais, mais ce n’est pas assez.

Suite à cette découverte, ma motivation est très forte. En début d’après-midi, je combats le sommeil par des notes énergiques : « sommeil, sommeil ! » Et j’en viens à bout. Je m’interroge ensuite sur la foi. Je connais ce sentiment, mais j’en suis actuellement dépourvu. Pour faire surgir saddha je médite sur metta (l’amour bienveillant). Je passe mentalement en revue un grand nombre de personnes que je connais, en générant et en leur délivrant metta. Puis dans chaque direction, dans toutes les directions, metta pour tous les êtres. Cette méditation dure près d’une demi-heure, et ma foi s’éveille. La foi s’éveillant, l’émotion m’envahit et j’en viens à me questionner et à me parler à moi-même. J’entre dans un conte de fée, et je n’en dirais pas plus au lecteur : En reprenant la « vision du vide » précédemment décrite, j’aperçois le Bouddha comme multicolore et rayonnant dans ce monde sombre. J’entrevois peut être combien il est unique, et la foi se manifestant, je lui rends hommage avec ardeur.

Un peu plus tard, me voilà encore lancé dans une pratique qui n’est pas l’unique observation des phénomènes mentaux et physiques, une méditation d’absorption. La note mentale « pensées » me sert à neutraliser les pensées, et mon esprit se fixe sur des états temporairement stables et silencieux. Ma respiration est fluide, « transparente », il n’y a pas de temps, c’est très apaisant.

Ai-je noté ceci ?


 


 


 


 


 


Voir la suite du récit  :  Retraite en Birmanie - 3eme Partie.

 







 

par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Jeudi 11 janvier 2007




Présentation.


J’ai été accueillit au centre de méditation Chanmyay Yeiktha de Yangon. Pour mon premier séjour en Birmanie -terre du Dhamma- j’ai choisi de visiter le pays pendant huit jours et de me consacrer à une retraite pendant dix jours.

Chanmyay Yeiktha signifie « ermitage paisible » ; « Chanmyay » c’est également le nom de l’abbé responsable du centre : Chanmyay Sayadaw.

Sur les conseils du vénérable Dhamma Sâmi, j’avais décidé de résider dans un centre annexe, à 50 Km de Yangon, lequel a la particularité d’être au milieu d’une forêt. Cependant la présence de Sayadaw (le maître instructeur) au centre de Yangon, chose de plus en plus rare car il voyage beaucoup pour enseigner le Dhamma, était d’une importance suffisante pour que l’on me préfère à Yangon.

 

Les trois facteurs perturbants pendant la retraite.


         Le premier est que je retrouve dans ce centre dans lequel je n'avais pas choisi de résider. Il est en plein centre ville, au bord d’une grande avenue, et ne possède pas les qualités qui sont propres à un environnement naturel, c’est-à-dire selon moi, paisible et relaxant. Ceci est donc un premier facteur de déception, que je dois surmonter rapidement.

         Le second facteur perturbant est le fait que la semaine précédant la retraite était consacrée à la visite de sites importants du pays, avec un planning assez chargé, et une frénésie propre au touriste-photographe. Le voyageur est essentiellement tourné vers l’extérieur, la pratique méditative est un recentrement sur soi-même, la transition fut donc assez abrupte.

         Le troisième facteur perturbant est le fait que j’ai une famille –petite, une femme, un enfant- mais que j’y suis attaché. Cet attachement sera, alors que je ne m’y attendais pas, source de conflits intérieurs au cours de la retraite.   

 

La règle d’or et sa transgression.


La règle d’or, la seule règle d’ailleurs pendant une retraite est celle-ci : Observer. Observer quoi qu’il arrive, tout ce qui se présente à nous. Ceci est la théorie, car en pratique on se retrouve confronté à toutes sortes de situations, qui, grossies par la loupe de l’attention, deviennent des expériences de connaissance de notre monde intérieur.

Cette règle est facile à comprendre aux premiers abords (bien qu’il faille la comprendre en profondeur pour en saisir et en accepter le fondement) cependant elle l’est moins à appliquer de façon systématique et continue lors de retraite courte. De nombreux pièges sont amenés à être rencontrés, c’est inévitable, et formateur.

 

Les premiers jours.



         « Ce cauchemar finira bien. » Voilà quelles sont mes pensées à la fin du premier jour. Je me dis que les souffrances et les privations relatives à la retraite finiront bien. D’une certaine manière, ou plutôt d’une manière certaine, les souffrances et les privations liées à la vie finiront bien également.

         « Dix jours, c’est juste assez pour apprendre la technique. » M’a dit Sayadaw. « Mais moi, je peux faire mieux. » M’étais-je dit.

J’ai l’illusion de parvenir à quelque chose en ces dix jours seulement. Je me suis préparé à passer un certain cap de douleur dès le début, et en effet mes efforts sont réguliers.

        

Au deuxième jour l’introspection méditative s’active. J’observe clairement que mes pensées deviennent des rêves ! Par visualisation les pensées deviennent des images, des rêves. La note mentale la plus utilisée, « pensée(s) », commence son parcours ! La note mentale concernant le physique aussi : « douleur(s) » !

Par un processus que je ressens comme un cercle se regroupant, j’arrive à une première concentration sérieuse. « L’esprit est l’avant-coureur des conditions » : Je commence à m’en rendre compte, car celui-ci, bien orienté (j’entends par là non perturbé) permet le déroulement correct de la pratique, de l’observation.

 

Au troisième jour. Je balaye aussitôt que je les reconnais les pensées, liées pour la plupart à l’attachement, au désir, mais aussi au fait de comparer ma pratique avec celle de mes voisins yogis qui semblent déjà à un niveau avancé. En fait, en observant mon esprit, je balaye énergiquement toutes sortes de pensées, qui s’élèvent comme des feuilles dans lesquelles souffle le vent. Je réussis la première marche d’une heure, laquelle me permet une assise d’une heure également. Durant cette heure j’observe dukkha-dukkha, sous la forme de points de chaleur localisés dans le dos, ce qui me déprime. Cependant j’oublie apparemment de l’observer puisque la déprime demeure.

 

L’apparence de l’eau et son contenu.



Au quatrième jour. J’essaye de dompter mon esprit. Certains points positifs de la pratique apparaissent : Lors de la marche, debout, je suis au présent. Le temps d’une assise, la respiration devient naturelle, transparente, « synchronisée » avec le corps et l’esprit.

Il y a beaucoup d’objets à observer.

         Lors du « dhamma talk » (discours quotidien d’une heure sur cd du Sayadaw) il est question de la souffrance, « clé vers nibbanæ », « amie du yogi », qui si elle disparaît peut nous faire regretter sa présence. Voilà pourquoi il est dit que le méditant doit « aimer » la souffrance et apprendre à l’observer directement pour en comprendre la vraie nature.

Ainsi, peut être pour accélérer le processus, ou en tout cas le rendre plus « intense », j’ai bu la veille au soir, dans un moment sans vigilance (un comble lors d'une retraite), quelques gorgées d’eau du robinet, belle et inodore. Bien imbuvable idée, car je commence à ressentir la fatigue et la maladie. En soirée je vais dans ma chambre et m’applique fortement au simple principe d’observation continue de mon esprit. J’ai très froid, je me couvre. Plus tard, la fièvre me gagne et j’étouffe.  

        

         Le cinquième jour, à l’appel de la cloche je ne me lève pas. Lorsque la sonnerie retentie de nouveau au lever du soleil je ne vais pas non plus déjeuner. Seulement pour aller aux toilettes, régulièrement, car j’ai la diarrhée, je me lève. Je n’ai pas d’endroit ou rester alors je me repose dans ma chambre. Cette journée est particulièrement pénible, principalement car je suis en excès de  sommeil. Je ne me souviens plus si c’est durant ce jour que je n’ai plus d’intérêt pour le dhamma, que le fait de devoir devenir tel ce yogi qui s’entraîne avec moi, si lent et déficient, m’horripile, et même le dhammapada que j’ai avec moi, ne résonne plus en moi lorsque je le lis. Je suis confronté à la dure réalité du dhamma, « celui-ci est une chose sérieuse » me dis-je. En fin d’après-midi, lorsque le soleil commence à descendre dans le ciel, je ressens une forte pression et des pensées mélancoliques de ma famille me viennent.

 

         Le sixième jour je suis toujours malade, par intermittences en tout cas. Je reprends tout de même la pratique, car je n’ai que cela à faire ! Mon repas se limite à quelques bouchées de riz et de biscuits, pas question d’avaler des fruits ou des plats en sauce (rien de tel pour se détacher du désir sensuel lié à la nourriture). La pratique lors de la marche s’avère difficile car les toilettes me réclament tous les quarts d’heure. Néanmoins le fait de reprendre l’activité méditative rend mon humeur ce matin plutôt bonne. Comme c’est le 25 décembre j’appelle ma famille pour leur souhaiter un joyeux Noël, mais surtout pour pouvoir leur parler et avoir des brèves nouvelles.

         A 13h je vais écouter un dhamma talk. Il est question des quatre méditations de protections, qui doivent être faite chaque matin pendant quelques minutes pour bien conduire la pratique, à savoir le rappel des attributs de Bouddha –éveillé par lui-même-, Metta –l’amour bienveillant-, les aspects repoussant du corps, ainsi que l’imminence de la mort.    

         En fin d’après-midi, la pression sur mon mental est forte. L’humeur optimiste du matin se transforme en inquiétude croissante. Les bruits extérieurs deviennent de plus en plus présents et accablants. La circulation, les oiseaux –surtout les corbeaux-, les gens qui vivent à côté, le simple rire d’un enfant m’afflige, et la tristesse m’envahit. L’oppression qui me gagne est terrible, je n’arrive pas a la contrôler. Je souhaiterais quitter ce lieu et rejoindre ma famille.

Un peu plus tard, vers 17h, le docteur qui vient chaque semaine au centre est là et je vais la voir. Des antibiotiques et une boisson de réhydratation me permettront d’aller mieux. La nuit tombée, mon humeur est stable. Je me dis que l’esprit est comme l’eau, qui peut être calme et au repos, ou bien agité et se teinter à la moindre goutte de couleur (-d’humeur-) qui s’y introduit. Dans la soirée, j’observe et note « douleurs impermanentes », ce qui me semble sur le moment, plus juste.

 














Voir la suite du récit  : Retraite en Birmanie - 2eme partie.




 

 

 

 

 

 

par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Lundi 8 janvier 2007

Dans un temple de Bagan




Vieux temple à Inwa, région de Mandalay








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par Langlais Pierre publié dans : dhammapiti
Lundi 8 janvier 2007



Paya Sule - Yangon
Décembre 2006





Novices - Yangon
Décembre 2006




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par Langlais Pierre publié dans : dhammapiti
 

Dhamma

 Bouddha enseigna la Loi naturelle,

visible par tous, compréhensible en profondeur par ceux qui développent leur discernement.

 

 

"Evitez les mauvaises actions ; faites le bien autour de vous ; purifirez votre esprit."

Tel est l'enseignement de tous les Bouddhas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Santal, tagara, lotus, jasmin, de tous ces parfums le parfum de l'éthique est de loin le meilleur."

 

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