Imaginez que l'on vous donne un objet de grande valeur. Dès l'instant où cet objet entre en votre possession, votre esprit change : « Où vais-je le cacher ? Si je le laisse ici on risque de me le voler. » Vous vous angoissez terriblement pour trouver une cachette sûre. A quel moment l'esprit a-t-il changé ? A l'instant où cet objet est entré en votre possession. C'est là que la souffrance est apparue. Où que vous mettiez cet objet, vous ne pouvez plus vous détendre : vous avez un problème. Que vous soyez debout, assis ou couché, vous êtes éperdu d'inquiétude. C'est cela la souffrance. Elle commence quand on croit posséder quelque chose. C'est là que la souffrance se cache. Avant d'avoir cet objet, vous ne souffriez pas parce qu'il n'y avait pas encore d'objet auquel vous attacher.
C'est la même chose avec le soi. Si nous pensons en termes de « moi », tout ce qui nous entoure devient « mien » et la confusion s'ensuit. Pourquoi ? La cause de tout cela est que nous croyons qu'il existe un soi. Nous n'enlevons pas le voile de l'apparent pour voir le transcendant. Vous voyez, le soi n'est qu'une apparence. Il faut faire tomber le voile des apparences pour voir le cœur des choses, c'est-à-dire la transcendance.
Ce n’est que lorsque vous pourrez amener votre esprit au-delà du bonheur et de la souffrance que vous trouverez la paix véritable.
Telle est la paix véritable. Telle est la matière que la plupart des gens n’étudient jamais, qu’ils ne voient jamais vraiment. La façon juste d’entraîner l’esprit est de le rendre lumineux, de développer la sagesse. Ne croyez pas qu’entraîner l’esprit consiste seulement à s’asseoir tranquillement. Cela c’est le rocher qui recouvre l’herbe. Certains peuvent s’en enivrer. Ils croient que le samadhi, c’est s’asseoir mais ce n’est là qu’un des sens de ce mot. En réalité, si l’esprit connaît le samadhi, alors marcher est samadhi, s’asseoir est samadhi, être debout est samadhi, être allongé est samadhi.
Debout, en marche, assis ou allongé, pratiquez constamment en utilisant sati, l’attention, pour observer et protéger l’esprit, c’est cela le samadhi et c’est aussi la sagesse.
Les deux sont semblables, même s’ils se présentent différemment. Si nous sommes vraiment conscients de l’impermanence, nous percevrons ce qui est permanent. La permanence c’est que tout doit inévitablement être ainsi et pas autrement. Comprenez-vous cela ? Même si vous ne comprenez que cela, vous pouvez connaître le Bouddha et lui rendre réellement hommage.
Ajahn Chah
Voir : http://bica-vipassana.blogspot.com/search/label/ajahn%20Chah
La vacuité
Par Môhan Wijayaratna, sermons du Bouddha
Introduction au sutta.
La vacuité (sunnatâ) ne constitue pas seulement une théorie importante du bouddhisme, elle représente aussi un aspect pratique.
-Par cette théorie, le bouddhisme présente un certain point de vue à ses adeptes sur les choses intérieures et extérieures, mondaines et supra-mondaines. Un des intérêts de ce point de vue est d’acquérir la capacité de rester détaché des opinions fausses, comme l’idée de l’âtman, etc.
Selon la théorie de la vacuité, toutes les choses conditionnées sont vides et sans formes, car elles ne sont pas permanentes, ni stables, ni satisfaisantes, et elles sont dépourvues d’une existence indépendante, donc naturellement, elles sont sans « Soi ». Egalement, tous les dhammas, y compris les états mentaux très purs comme la Sphère sans perception ni non-perception, sont vides, car ils ne sont pas permanents, ni stables, ni satisfaisants, et ils sont dépourvus d’une existence indépendante, donc, naturellement, ils sont sans « Soi ». Même un état non conditionné comme le nibbâna est inclus dans la vacuité, car non seulement celui-ci est vide d’un « Soi » quelconque et il est sans formes, mais en outre il est vide des écoulements mentaux toxiques, de souffrances, d’illusions, de formations mentales. –
En tant que série d’expériences, elle est exposée dans deux sermons, intitulés Mahâ-sunnata-sutta et Cûla-sunnata-sutta. Ce dernier nous montre, étape par étape, l’échelle du progrès intérieur d’un disciple qui s’engage dans ces exercices mentaux. Naturellement, il a, au début, la perception de son village et celle des gens qui vivent autour de lui. Puis, dans la solitude, vivant parmi les arbres, probablement dans un bois ou dans une forêt, le disciple a la perception de la forêt. Pour gravir l’échelle, il est obligé d’abandonner cette perception et d’acquérir celle de la vaste terre. En l’abandonnant, il acquiert ensuite la perception de la « Sphère de l’espace infini ». Puis, en passant successivement aux trois autres sphères, il parvient à la concentration mentale, qui est sans signes indicatifs. Selon cette démonstration, il apparaît clairement que le disciple étudiant gravit progressivement l’échelle en changeant telle ou telle perception (sannâ) et que, chaque fois, il essaye d’atteindre une étape mentale plus subtile que la précédente.
Ce projet expliqué dans le Cûla-sunnata-sutta peut être exposé différemment. Au début, le disciple étudiant atteint les jhanas appartenant au domaine des formes subtiles, car il possède toujours les notions concernant ce domaine. En s’avançant vers une autre étape plus élevée, il a accès aux hauts états mentaux concentrés (samâpatti) appartenant au domaine sans formes. C’est une étape à laquelle on ne peut pas arriver sans renoncer aux notions concernant le domaine des formes subtiles. Lorsque le disciple a la perception concernant le domaine sans formes, il n’aperçoit même plus les formes matérielles subtiles. Dorénavant, son signe indicatif est l’espace vide infini (âkâsa), qui, selon le point de vue du Bouddha, n’est qu’une simple désignation (pannatti). Ainsi, il arrive à comprendre que l’espace vide infini n’est pas une chose existante en tant que réalité, mais simplement un signe indicatif perceptible par la conscience. Puis, n’ayant pas trouvé une réflexion mentale satisfaisante, il fixe sa pensée sur la conscience vide infinie et il comprend celle-ci également comme une création mentale. Puis il atteint la « Sphère du néant » et développe sa perception, qui, désormais, est dépourvue de signe indicatif ; et, en la développant graduellement jusqu’à un état mental extrêmement subtil, il atteint la quatrième étape, appelée « Sphère sans perception ni non-perception ». Cependant, le disciple n’y trouve pas une cessation complète de la perception. La raison est évidente : si la perception existe d’une façon ou d’une autre, c’est toujours en s’associant avec un indice mental. Autrement dit, même la pensée stable qui reste immobile sur une seule réflexion est une pensée fonctionnelle. Alors, le disciple développe encore davantage la perception de la vacuité et arrive à la concentration qui est sans indice, appelée « concentration mentale sans signes indicatifs » (animitta-cetô-samadhi). Cette étape aussi est une création mentale, et c’est en le comprenant que le disciple élimine complètement l’ignorance (avijjâ).
Le même état mental est mentionné dans le Mahâ-sunnata-sutta, où le Bouddha annonce qu’il demeure dans la vacuité intérieure sans réfléchir à aucun signe indicatif.
La philosophie bouddhiste du Mahâyâna soutient exactement sur ce point la même position, en mettant l’accent sur « l’arrêt complet du fonctionnement de la pensée ». Le fonctionnement de la pensée qui engendre les formations mentales (sankhâra) constitue un des problèmes épineux dans la voie de la délivrance.
(…)
Nous disons que Bouddha,
Celui qui est décrit comme pleinement et parfaitement éveillé,
Enseigne des vérités.
Il y a certaines vérités que nous pouvons voir.
Il y a certaines vérités que nous pouvons découvrir.
Dans notre existence de quoi sommes nous certains ?
Nous sommes certains que nous allons connaître la maladie,
La vieillesse si nous vivons assez longtemps,
Et puis la mort. Cette vérité se nomme dukkha.
Les choses apparaissent, durent,
Puis disparaissent.
Nous suivons le même chemin.
C’est aussi dukkha.
Un état d’esprit naît, une sensation naît, une émotion naît,
Agréable, désagréable ou neutre,
Tous durent puis disparaissent.
Pouvons-nous retenir le bonheur ? C’est dukkha.
Que faire pour obtenir la sagesse ?
Que disent les sages à ce sujet ? Où sont ces sages ?
Se maintenir dans la vigilance, l’observation, la connaissance des choses.
C’est le chemin de la sagesse.
Les sages se trouvent dans la vigilance,
Qu’ils soient assis, debout, couchés, ou en activité.
En s’appliquant à l’observation attentive, soutenue,
Chacun obtient une vision qui s’approfondie.
Les choses ne sont plus grossières,
Il est possible de détailler chaque élément,
Pénétrant l’esprit et la matière,
On connaît alors ce qui est, sans le mental intermédiaire.
Cette technique se nomme méditation pénétrante.
Bouddha lui-même est sorti du temps par cette étude.
Il a découvert le nibbâna, qui est l’alternative absolue à dukkha.
C’est la vérité de son enseignement que nous devons découvrir.
Il y a d’autres choses à distinguer au cours du chemin qu’il enseigne.
Nous qui disposons d’un corps, de sens, d’un mental.
Quel contrôle pouvons-nous établir sur eux ?
Quelle est la part de conditionnement que nous subissons ?
Les conditionnements sont multiples, dit Bouddha.
Le premier est l’ignorance ou l’illusion de notre être.
Les conditionnements et les habitudes dans lesquelles ils nous établissent,
Nous empêchent clairement de voir la réalité au-delà des apparences.
Prendre conscience des choses.
Prendre conscience de nos actes, et des pensées qui en sont à l’origine.
Prendre conscience de nos actes négatifs,
Puis prendre conscience de la répercussion négative de tels actes.
C’est le kamma qui nous conditionne,
Le kamma répercute la vie dans le samsara, le cycle des vies.
Que devenons-nous après la vie ?
Nul ne le sait vraiment, et pourtant nous sommes –toujours- là.
Parmi les multitudes d’états mentaux,
Desquelles découlent les multitudes de formes de vies,
Choisissons tous ceux qui sont sains,
Choisissons de tendre vers la purification du mental.
Il y a un sens pour chaque chose bénéfique,
Le développement de la bienveillance est salvateur,
Pour le bien des êtres, comme pour le notre,
Envers tous les êtres visibles –et invisibles.
Sans tâche, sans mauvaise intention, on s’établie,
Sans désirs, sans mécontentements, on voit,
Sans projection, avec confiance dans le présent, on réalise,
La vertu renforce et guide la voie.
Grâce aux cinq facultés mentales permettant la connaissance directe,
Concentration et effort équilibrés, foi et connaissance équilibrés,
Et l’attention développée autant que possible,
Nous trouvons le fruit du chemin.
On devient disciple, prenant refuge,
Car on ne peut trouver pleine et totale satisfaction dans l’existence,
On admet et reconnaît l’illusion de la vie dans sa constitution,
Il y a l’intuition puis la concordance de cette intuition.
Être dans le non-être, ne pas être dans l’être.
Fusionner les états vers la solidité de la foi,
Envers le Bienheureux, l’Enseignement, les disciples,
Ainsi nous nous assurons de connaître la paix dans un monde chaotique.
Y a-t-il intérêt à suivre une voie ?
Quelle est la voie que suit celui qui est sans voie ?
Quelle est l’alternative à la mort et à la vie ?
Les choses sont elles figées par ma seule volonté ?
En portant notre confiance dans le Dhamma,
Nous nous engageons dans la compréhension du monde,
Vertueux, méditant, transcendant les vérités, le disciple progresse,
En donnant, ce qui est déjà connaître la saveur de l’aboutissement.
Le Bouddhisme n’est qu’un mot.
Il faut voir au-delà de la philosophie,
Ce qui fait que chaque être humain,
Souffre et peut accéder sereinement à la fin complète des souffrances.
Je rends hommage au Bienheureux,
Le méritant, le pleinement éveillé.
Je rends hommage au Bienheureux,
Le méritant, le pleinement éveillé.
Je rends hommage au Bienheureux,
Le méritant, le pleinement éveillé.


