Lorsque l’on évoque le Bouddhisme, on imagine facilement une philosophie fondée sur le détachement, une religion avec des rituels, des prières, ou une pratique comme par exemple la méditation. Tous ces éléments, bien qu’existant, ne sont pourtant que des facettes, et parfois des éléments inutiles ou inexistants des enseignements que Bouddha légua à ses disciples. Lorsque l’on remonte jusqu’à la source de ses enseignements, lorsque l’on remonte jusqu’au premier concile qui, à la suite de la mort de Bouddha, fut l’occasion pour 500 moines tous arahant (pleinement libéré) -dont les 2 plus proches disciples du maître, (Sariputta et Mahamoggallana)- d’exposer tout l’enseignement que Bouddha prodigua durant sa vie, on trouve alors une autre sorte de discipline que celle connue en surface. Ainsi, cet enseignement, ce savoir, cette étude, cette réalité des choses que l’on rencontre est nommée le Dhamma.
Ce Dhamma est, en réalité, d’un pragmatisme absolu. Premièrement, il est tout orienté vers un but, la libération de l’être par rapport aux impuretés mentales, le stade de réalisation ultime d’arahant. Ensuite, il donne au disciple les outils nécessaires, pour voir clairement ce qui doit être vu par vision directe, pour connaître clairement ce qui doit être connu par l’expérience, pour avancer de plus en plus sereinement sur le sentier de
Bouddha donne à ceux qui ont une chance d’accès au Dhamma, tous les moyens de parvenir à rompre définitivement les liens que sont l’ignorance, la haine et le désir, d’obtenir la connaissance, le calme, la vision profonde, et d’aboutir à Nibbâna. Bouddha, « l’éveillé », donne l’unique moyen d’atteindre la pleine et parfaite libération, le Noble octuple sentier. Et dans le Noble octuple sentier, les quatre bases de l’attention : demeurer en observant le corps selon le fonctionnement du corps, demeurer en observant les sensations selon le fonctionnement des sensations, demeurer en observant la pensée selon le fonctionnement de la pensée, demeurer en observant les objets mentaux selon le fonctionnement des objets mentaux.
Ceux qui ont assez de discernement, « ceux dont les yeux ne sont couvert que de peu de poussières » comprendront ce Dhamma, ils comprendront la loi du Kamma (l’action), et de ses conséquences (bénéfiques ou mauvaises). Ceux qui, établis dans sila (vertu), feront l’effort d’observer la réalité, saisiront par la vision multiple (vipassana) les trois caractéristiques : dukkha (insatisfaction, souffrance), impermanence, et non-soi de tous les phénomènes conditionnés. Ceux qui, débarrassés du doute et des vues fausses, poursuivent leur entrainement, pourront plus facilement aider leur prochain, par l’attention, la compréhension, le don et la compassion.
Nul besoin de croyance, nul besoin d’opinion, ce sont les poisons du mental, ceux qui entrent sur cette voie le font avec confiance et discernement. Chacun ayant la possibilité matérielle et mentale, a le pouvoir de se purifier instantanément en adoptant une conduite morale ; chacun, ayant accès au Dhamma, a le pouvoir de progresser sur le sentier et de détruire les obstacles – « Il y a les obstacles qui doivent êtres vaincus par le discernement ; il y a les obstacles qui doivent êtres vaincus par le contrôle ; il y a les obstacles qui doivent êtres vaincus par l’usage juste ; il y a les obstacles qui doivent êtres vaincus par l’endurance ; il y a les obstacles qui doivent êtres vaincus en les évitant ; il y a les obstacles qui doivent êtres vaincus en les écartant ; il y a les obstacles qui doivent êtres vaincus par le développement spirituel. » Bouddha expose pour chacun de ces points les moyens à mettre en œuvre pour effectivement éviter les encombres, vaincre les obstacles, contrôler les sens, et acquérir la sagesse. Bouddha enseigne comment purifier le mental par la vigilance. Bouddha enseigne comment connaître le bonheur et les véritables choses bienfaisantes :
«Ne pas être associé aux fous mais s’associer aux sages, rendre hommage à ceux qui méritent d’être honorés –cela est une grande bénédiction. Vivre dans un endroit qui procure de nombreux avantages, avoir le bénéfice de mérites accomplis antérieurement, développer convenablement son caractère – cela est une grande bénédiction. Etre instruit en science et en art, être discipliné et cultivé, dire des paroles justes - cela est une grande bénédiction. Prendre soin de ses parents, bien traiter sa femme et ses enfants, accomplir des actions justes - cela est une grande bénédiction. Etre charitable, se conduire honnêtement, avoir soin de sa famille, accomplir de bonnes actions - cela est une grande bénédiction. S’abstenir du mal, renoncer aux intoxicants être vigilant dans le bien - cela est une grande bénédiction. Se conduire avec dignité et douceur, être content et reconnaissant, entendre
Bouddha enseigne l’accès à la voie Noble, à la « science de
J’encourage ceux qui se questionnent, ceux qui cherchent, ceux qui « ne croient en rien », ceux qui tâtonnent dans l’obscurité, ceux qui ont longtemps errés, ceux qui souhaitent trouver refuge en eux-mêmes, ceux qui souffrent, et ceux qui recherche la paix et l’équilibre de « venir voir » ce Dhamma, « excellent en son début, excellent en son milieu, excellent en sa fin ».
« Le Bienheureux dit : « Ô bhikkhus, je vous enseignerai les sept conditions de non-déchéance. Ecoutez bien, soyez attentifs. Je vais parler. »
« Oui, vénéré », répondirent ces bhikkhus.
Le Bienheureux dit : « Ô bhikkhus, aussi longtemps que les bhikkhus se réuniront, et se réuniront bien souvent, les bhikkhus connaîtront le progrès et non la décadence.
Aussi longtemps que les bhikkhus se réuniront en concorde, se disperseront en concorde et effectueront les travaux de leur communauté en concorde, les bhikkhus connaîtront le progrès et non la décadence.
Aussi longtemps que les bhikkhus révéreront, vénéreront, respecterons et rendront hommage aux anciens bhikkhus qui sont arrivés à la vie de renoncement depuis longtemps, aux pères de la communauté, aux co-dirigeants de la communauté, les bhikkhus connaîtront le progrès et non la décadence.
Aussi longtemps que les bhikkhus ne se laisserons pas dominer par la « soif » d’existence qui produit la re-existence et le redevenir, aussi longtemps, les bhikkhus connaîtront le progrès et non la décadence.
Aussi longtemps que les bhikkhus se contenterons de vivre dans les résidences forestières, les bhikkhus connaîtront le progrès et non la décadence.
Aussi longtemps que les bhikkhus tenterons de vivre avec attention et maîtrise de la pensée en espérant que les coreligionnaires vertueux puissent venir chez eux dans l’avenir et que les coreligionnaires vertueux qui sont déjà chez eux puissent vivre à l’aise, les bhikkhus connaîtront le progrès et non la décadence.
Aussi longtemps, ô bhikkhus, que ces sept conditions de non-déchéance existerons chez les bhikkhus, aussi longtemps que ces conditions de non-déchéances seront bien gardées par les bhikkhus, ils connaîtront le progrès et non la décadence. »
(…)
Le Bienheureux dit : « Quels sont, ô bhikkhus, les points doctrinaux que j’ai enseignés, les sachant moi-même par la connaissance spécifique, et que vous devriez, les ayant appris, pratiquer, cultiver, développer, de sorte que cette Conduite sublime soit durable, qu’elle puisse demeurer longtemps pour le profit de beaucoup de gens, pour le bonheur de beaucoup de gens, par compassion pour le monde, dans l’intérêt, pour le profit, pour le bonheur des dieux et des êtres humains ? Ce sont, les quatre bases de l’attention, les quatre efforts corrects, les quatre bases de puissance surnaturelle, les cinq facultés, les cinq forces et les sept facteurs d’Eveil et les huit membres de
*Les quatre bases de l’attention (cattârô satipatthânâ) : 1. Demeurer en observant le corps selon le fonctionnement du corps ; 2. demeurer en observant les sensations selon le fonctionnement des sensations ; 3. demeurer en observant la pensée selon le fonctionnement de la pensée ; 4. demeurer en observant les objets mentaux selon le fonctionnement des objets mentaux.
*Les quatre efforts corrects (sammappadhâna) : 1. samvara : l’effort d’éviter les états mauvais qui ne se sont pas encore produits ; 2. pahâna : l’effort de maîtriser les états mauvais qui se sont déjà produits ; 3. bhâvanâ : l’effort de développer les états mentaux bons que l’on a déjà acquis ; 4. anurakkhanâ : l’effort de maintenir les états mentaux bons que l’on a déjà acquis.
*Les cinq facultés (panca indriya) : saddhâ (confiance sereine), viriya (effort), sati (vigilance), samâdhi (concentration mentale) et pannâ (haute sagesse).
*Les sept facteurs d’éveil (satta bojjhanga) : sati (vigilance), dhamma-vicaya (analyse des choses), viriya (effort), pîti (joie), passaddhi (sérénité), samâdhi (concentration mentale), upekkhâ (équanimité).
* Les huit éléments de
« Le Bienheureux s’adressa à l’Ayasmanta Ananda et dit : « Il est possible, ô Ananda, que cette idée vous vienne : « La parole du maître est une chose du passé. Nous n’avons plus de maître ». Ô Ananda, cela ne doit pas être vu ainsi. Il y a une doctrine enseignée et une discipline établie. Après mon départ, cette doctrine et cette discipline deviennent votre maître. »
Extraits du Mahâ-Parinibbâna-sutta , "le dernier voyage du Bouddha" de Môhan Wijayaratna.
Amis disciples, amis du Dhamma, allez confiant sur le sentier. Aussitôt sîla (vertu, moralité) établie, vous êtes en chemin, déjà plus fort et prêt à développer attention, compréhension, patience, joie, compassion, chaque jour un peu plus.
Amitiés, respects et encouragements à tous ceux qui, par le Dhamma, se trouvent réconfortés ; à tous ceux qui, du Dhamma -quelque soit leur tradition- se sentent proche ; à tous ceux qui, par le Dhamma, cheminent en écartant un à un les voiles de l’ignorance.
La voie de Bouddha vise à éliminer toutes les croyances. Se libérer par rapport aux croyances c’est libérer l’esprit des cloisons que les croyances construisent, et éliminer les véritables polluants du mental. Les croyances entretiennent le plus souvent les gens dans l’ignorance, parfois dans l’aversion et la misère. La croyance en un « moi » existant réellement, en un Dieu créateur, en des vues erronées, sont autant de conditionnements qui éloignent de la réalité, et sont des sources de souffrances.
Le disciple qui en vient à « ne plus rien croire », mise sa compréhension sur l’observation et l’expérience. L’observation des phénomènes naturels, amène la compréhension de la loi du kamma (bénéfices des actes favorables), et l’observation des phénomènes physiques et mentaux (les 5 agrégats d’attachement), lors de la méditation vipassana, amène à voir directement la réalité. Ainsi libre de croyance, le disciple peut avancer et développer sa compréhension, sa sagesse, sa réflexion, et son avancement sur la voie.
Les sept étapes de la purification :
- Purification de l’éthique
- Purification de l’esprit
- Purification de la vue
- Purification par la victoire sur le doute
- Purification par la connaissance et la vision de la voie et de la non-voie
- Purification par la connaissance et la vision de la pratique
- Purification par la connaissance et la vision
(vision pénétrante adapté, maturité de la vision, vision du chemin et de son fruit qui se succèdent)
Si l’on accorde sa confiance à une personne, c’est un engagement que nous prenons avec le cœur pour guide. L’enseignement de Bouddha, dans sa plus pure forme, (celle qui nous intéresse) demande tout d’abord aux disciples de purifier leur cœur en bannissant les actes défavorables. Il est possible de se purifier par rapport aux actes défavorables que nous savons dans un premier temps néfastes (la drogue, le mensonge, …), puis par rapport à des actes que nous allons découvrir comme néfastes alors qu’ils ne nous paraissaient pas néfastes auparavant (ne pas être vigilant, avoir de mauvaises pensées, …) Nous accordons notre confiance envers cet enseignement qui nous offre déjà un grand signe de son efficace simplicité, le cœur rendu un peu plus clair par la pratique, chacun peux dire « ça marche » ! Mon ami philosophe dirait « empirique ». Il existe cependant dans le Dhamma des théories, qui peuvent être vérifiées par l’expérience, un peu plus loin dans le cheminement. Par exemple, le cycle de renaissances est une « théorie », comme l’est celle qui dit que « rien ne subsiste après la mort » ou « la conscience subsiste à l’infini ».
La première « Noble vérité », la « vérité de la souffrance » se comprend par l’insatisfaction. L’insatisfaction continuelle dues aux 5 agrégats d’attachement (panca khanda upâdâna), observée avec la vision vipassana, est l’expérience qui fait réaliser la « Noble vérité de la souffrance ». Quand le coeur purifié (ou y voyant déjà plus clair) prend confiance en le Dhamma, c'est que le disciple a vu une partie du noble sentier, et ses actes prennent l'ampleur de la responsabilité du Kamma, de la cause et de l'effet de l'action personnelle.
Trop orgueilleux, les hommes ne se rendent pas compte qu’il n’y que très peu de chose que nous pouvons, à notre échelle, contrôler. Ce peu de chose, nous devons vraiment en prendre soin. Ceux qui ont rêvé du pouvoir nous montre comment les comportements extrêmes peuvent engendrer la destruction (guerre, guerre économique, extrémisme, ...) Bouddha enseigne la voie « du centre », une voie modérée qui fixe comme objectif l’élimination des impuretés mentales. C’est une voie qui mène loin, mais d’une façon modérée. Le kamma, à travers la compréhension que nous en avons, permet de privilégier les actes bénéfiques, à notre niveau d’abord, et au niveau transcendantal (par les vies à venir), il l'est l’illustrateur du Dhamma.
Cette foi, cette croyance, c’est Saddha, en Pali. Les deux formes de compréhensions complémentaires, l'une basée sur l'expérience et l'autre sur une théorie "fondatrice", se mèlent pour une vision plus empreinte de compréhension. L'aspect rassurant dans les enseignements de Bouddha, c'est "l'extrême" logique.
Parmi les principaux enseignements de Bouddha, il est celui de la pratique de l’attention. Elle s’applique sur les « quatre bases de l’attention » : « En demeurant dans la contemplation du corps ; en demeurant dans la contemplation des sensations ; en demeurant dans la contemplation de l’esprit ; en demeurant dans la contemplation des objets mentaux ; avec ardeur, compréhension claire et attention, abandonnant la convoitise et l’affliction de ce monde », on trouve « l’attention juste ».
Le disciple dispose d’instructions claires, logiques, et pragmatiques, comme l’est tout le Dhamma, mais qu’est-ce que pour lui l’attention juste ?
C’est celle qui, alliée aux sept autres voies du « Noble octuple chemin » (la parole juste, l’action juste, les moyens d’existences justes, l’effort juste, la concentration juste, la compréhension juste, la pensée juste) et développée en parallèle, permet au disciple d’améliorer toutes ses facultés d’observation, de compréhension, d’analyse, pour avoir une vision claire de la réalité, libre de croyance. Le disciple qui « entre dans le courant » tend vers la réalisation ultime, il dissipe peu à peu l’illusion, mais doit quand même observer et combattre ses convoitises, éviter de reproduire ses erreurs, développer les facteurs d’éveil … en un mot détruire tous les obstacles.
« Le bienheureux parla ainsi :
La destruction des obstacles, O moines, je vous le dis, est pour celui qui sait et pour celui qui voit, non pour celui qui ne sait pas, ni pour celui qui ne voit pas. Et que doit savoir, O moines, que doit voir celui qui détruit les obstacles ? La pensée sage et la pensée sans sagesse.
En celui qui pense sans sagesse, O moines, des obstacles non apparus paraissent, et les obstacles déjà présents s’accroissent ; en celui qui pense sagement, O moines, des obstacles non apparus ne paraissent pas, et les obstacles déjà présents décroissent.
Il y a, O moines, les obstacles qui doivent êtres vaincus par le discernement ; il y a les obstacles qui doivent êtres vaincus par le contrôle ; il y a les obstacles qui doivent êtres vaincus par l’usage juste ; il y a les obstacles qui doivent êtres vaincus par l’endurance ; il y a les obstacles qui doivent êtres vaincus en les évitant ; il y a les obstacles qui doivent êtres vaincus en les écartant ; il y a les obstacles qui doivent êtres vaincus par le développement spirituel. »
Si Bouddha demande à ses disciples de ne pas croire tel ou tel maître sur parole, de ne pas faire confiance à tel ou tel écrit sous prétexte qu’il fut transmis par plusieurs générations, de ne pas rechercher l’aide auprès d’un autre, de ne pas se laissez guider par ce que l’on a entendu dire, c’est qu’il souhaite que chacun prenne en main les rênes de son destin.
« Les tathâgata montrent la voie, vous devez faire votre travail vous-mêmes. »
Chaque croyance influence la façon dont les choses sont perçues, et empêche d’avoir un regard libre de préjugés. La croyance est un lien qui fixe progressivement l’individu dans des opinions, des idées, des jugements qui vont façonner la perception, créer des convictions, l'enfermer dans une manière de penser. Ces liens sont tels des boulets qui accrochent les idées préconçues, les jugements hâtifs, les suppositions sans examen, l’auto-persuasion, le manque de sens critique…
Le disciple de Bouddha suivant le noble octuple sentier, avance sur une voie de purification qui lui permettra d’avoir la vue et la conscience claire. Le but final est de se libérer de toutes les impuretés mentales.
L’enseignement de Bouddha, le Dhamma, permet de sortir des opinions et des croyances, il libère par la pratique, la concentration et la compréhension, des liens qui nous attachent au monde des phénomènes et aux vues erronées.
Le monde des phénomènes est celui que nous expérimentons par nos sens : La vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher et le mental.
Les vues erronées sont les croyances et les opinions que l’on nous a inculqué ou que nous nous sommes forgées avec pour base la réalité concrète du « soi ».
Bouddha énonce que nos sens sont piégés dans le plaisir que représente le contact avec le monde phénoménal. Dès lors que nous éprouvons du plaisir avec les objets respectifs des sens, cela nous amène irrémédiablement vers l’attachement. L’œil prend plaisir à voir, l’oreille à entendre, le nez à sentir, la langue à goûter, le corps à toucher et le mental a avoir des idées. Ainsi nous nous attachons par nos sens au monde des phénomènes et cet attachement sera la cause de désir et de convoitise. Ce désir est un moteur dans l’existence ; par l’intermédiaire du mental il va échafauder toutes sortes de plans et de projets pour rechercher les nouveaux désirs, les nouveaux plaisirs. Or, le désir, que Bouddha nomme « tanha », la « soif », est décrit comme source primordiale de souffrance.
Face aux réalités du monde phénoménal, Bouddha estime qu’il ne peut y avoir de satisfaction réelle lorsque tout est soumis au changement continu. Ce changement en fait opère à tous les niveaux, hors de nous sur terre et dans l’univers, et en nous, changement d’état permanent de tout ce qui nous constitue : notre corps, nos sensations, nos perceptions, notre volonté et nos consciences (ces 5 ensembles sont les 5 agrégats d’attachement). Pour cela, le changement continu, il y a un mot qui est propre à l’enseignement de Bouddha, c’est l’impermanence. Face à l’impermanence ainsi réalisée, la réalité profonde du « moi » disparaît elle aussi ; notre « moi » n’est plus que l’assemblage habile des ensembles nous constituant. Voilà pourquoi ils sont dénommés les cinq agrégats d’attachement (les 5 sens, la perception, le ressenti, la volition mentale, les consciences), car c’est par eux que nous nous sommes attaché, naturellement, aux phénomènes, à notre image et à notre « moi » existant en soi. Soumis à l’impermanence de tous les phénomènes, de tous les constituants humains, et de la vie, il y a de nouveau pour les êtres humains insatisfaction et souffrance.
Voilà « dukkha »,
A défaut de croire il nous faut ici constater la réalité de « dukkha ». Par l’expérience de l’observation attentive, et par pénétration des mécanismes des phénomènes, le disciple observera l’apparition et la disparition continuelle des 5 agrégats d’attachements. Il en viendra à réaliser qu'il y a rien dans l'individu qui peut être identifié comme éternel, permanent, rien à quoi on ne peut se rattacher, ni s'attacher. De même, il est nécessaire de se détacher des opinions qui entretiennent le "moi éternel" et des croyances liées au "soi", s'il veut alléger sa propre personne et comprendre la nature des phénomènes.
Versets sur le moi
"Si l'on sait que le moi est cher (à soi-même), l'on doit bien protéger le moi.
Pendant chacune des trois veilles, le Sage doit rester vigilant.
On doit en premier s'établir soi-même dans ce qui convient. Seulement alors on peut instruire un autre. Un tel sage ne peut être blâmé.
Comme il instruit les autres, il doit agir lui-même. Lui-même pleinement contrôlé, il doit contrôler les autres, car difficile, vraiment, est le contrôle de soi.
Le moi est le protecteur du moi, car quoi d'autre pourrait être son protecteur? Par un moi pleinement contrôlé, on obtient un refuge qui est dur à gagner.
Par le moi seulement, le mal est fait, il est né du moi, causé par le moi. Le mal écrase le non-sage comme le diamant écrase une gemme dure.
Celui qui est corrompu à l'excès, comme la liane maluva étranglant un arbre sal, se fait à lui-même ce qu'un ennemi souhaiterait pour lui.
Faciles à faire sont les choses qui sont mauvaises et non bénéfiques au moi. Mais, vraiment, très, très dur à faire ce qui est bénéfique et bon.
L'homme fou qui, à cause des vues fausses, méprise le Dhamma des Arahats, des Aryas et des Justes, fructifie -comme les fruits du roseau kashta- uniquement pour sa propre destruction.
Par le moi seul, le mal est fait ; par le moi, on est souillé ; par le moi, le mal n'est pas accompli ; par le moi, on est purifié. Pureté et impureté dépendent du moi. Nul ne purifie un autre.
A cause du bien-être des autres, quelque grand qu'il puisse être, le propre bien-être de soi-même ne doit pas être négligé. Connaissant profondément bien son propre bien-être, qu'il soit fortement appliqué au but."


