Mercredi 6 décembre 2006

 

Dire que les habitants de Myanmar sont à la fois bouddhistes et animistes n’est ni une aberration ni un non sens. Comment concilier les deux ?

 

Tout d’abord, historiquement l’assimilation s’est faite « en douceur ». Alors qu’au XIe siècle le roi Anoratha décida d’imposer au pays la religion bouddhique theravada, la population était dans son ensemble animiste, c’est-à-dire qu’elle honorait et tentait de s’attirer les bonnes grâces des nats, génies locaux ou personnages divins ou divinisés. Au lieu d’imposer le bouddhisme par la force, Anawratha décida que les nats pouvaient survivre à condition de reconnaître la primauté du Bouddha, et les fit donc représenter dans une posture d’adoration devant le Bouddha à la pagode Shwezigon de Pagan.

 

Depuis lors, nats et Bouddha coexistent pacifiquement et, pourrait-on dire, « se complètent » dans la vie religieuse des gens de Myanmar.

 

En fait, leur domaine d’action est fort différent : les nats qui sont maintenant, depuis leur classification officielle par Myawaddi, ministre du roi Bodawpaya, au nombre de trente-sept, sous la domination d’Indra, dieu du panthéon hindou, que les Birmans nomment Thagyamin (le seigneur qui sait et entend), sont « responsables » des heurs et malheurs de la vie actuelle, dans une certaine mesure. Il convient de ne pas les mécontenter, de les honorer, de les nourrir : leurs autels sont sans cesse garnis de noix de coco, de bananes, de soda, et au cours des fêtes, les nat-pwès, on leur fait des offrandes de riz, de viande, d’alcool. Tout ceci est strictement codifié et répond à des règles précises.

Dans les maisons, on peut remarquer que souvent, l’autel du Bouddha et l’autel des nats n’est pas différencié. Le Bouddha siège simplement au-dessus. Il n’est pas rare de voir des bonzes présider des nat-pwès.

 

Le Bouddha, lui, n’est ni un dieu, ni une divinité, c’est un modèle à imiter, un sage génial qui a trouvé la voie pour sortir du cycle infini des existences (samsâra) et qui l’a transmise au monde.

La vie d’un être sur cette terre est conçue comme un épisode d’une très longue progression vers le nirvana*. Le karma dont chaque être est doté  est la somme des bonnes et mauvaises actions commises au cours d’une existence. De la qualité du karma résulte l’existence suivante.

 

         Chacun doit gérer son karma afin de renaître sous la forme d’un homme pour les femmes, sous un « meilleur jour » pour les hommes. Pour ce faire, chacun doit observer les cinq préceptes édictés par le Maître au cours de sa dernière existence : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas commettre l’adultère, ne pas mentir, ne pas boire de boisson alcoolisées.

 

         De plus, une action méritoire, offrande à la pagode, abstinence etc. , peuvent compenser une mauvaise action, passée ou à venir. Quotidiennement, cela se traduit par l’offrande de la nourriture aux bonzes tôt le matin, spectacle traditionnel en Myanmar ; si possible une visite à la pagode où l’on doit faire la pradaksina (tourner autour du sanctuaire en le tenant à sa droite, faire des offrandes de fleurs, de cierges, d’argent et, bien entendu, se prosterner à plusieurs reprises devant la statue du Bouddha, avant de méditer accroupi ou agenouillé assis sur les talons, les mains jointes au front. (On ne présente jamais les pieds en direction d’une image du Bouddha). Chaque jour, également, doit avoir lieu la récitation des Trois joyaux, qui sont : le Bouddha, le Dharma (l’enseignement) et le Sangha (clergé).

 

         Certains jours du mois sont des jours de « sabbat », on les appelle Uposatha, au cours desquels on observe les huit principes de jeûne et d’abstinence.

        

         Au cours de son existence, tout être, homme ou femme, peut décider de tout quitter –vie sociale, famille, travail – pour entrer provisoirement ou définitivement au monastère. Chaque garçon doit de toute façon, au cours de son enfance (entre sept et seize ans), accomplir son shinbyu, cérémonie au cours de laquelle, reproduisant le départ du Maître de son palais et son abandon des plaisirs séculiers, il est d’abord transporté, vêtu de vêtements royaux, à dos d’éléphant, de cheval ou… d’homme, jusqu’au monastère où il est tondu et revêtu de la robe safran. Il y accomplit un séjour de sept jours à deux mois, au cours duquel il doit observer la règle monastique : l’élément qui le marque le plus est l’abstinence de nourriture l’après-midi.

 

         Les bonzes jouent un rôle important dans la société du Myanmar dans la mesure où ils sont les dépositaires des enseignements du Bouddha, mais également où ils furent les détenteurs et les propagateurs du savoir au sens large. Ecole et monastère se disent de la même façon en birman, et l’on s’adresse aux professeurs presque comme on s’adresserait à un abbé de monastère. (…)

 

         Pour finir, rappelons que le but de toute existence est de progresser sur la voie du nirvana en acquérant un bon karma par l’intermédiaire des mérites.

         Le bouddhisme a joué un rôle énorme dans la civilisation du Myanmar : le pouvoir royal y a vu un gage d’ordre et d’utilité, le pouvoir colonial a été ébranlé par cette force et le pouvoir actuel sait qu’il doit compter avec lui.

 


 

Marie-Hélène Cardinaud – Yin Yin Myint. « Parlons birman. »

 

 

 

* Ceci n’engage que les auteurs.

par Langlais Pierre publié dans : dhammapiti
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Dhamma

 Bouddha enseigna la Loi naturelle,

visible par tous, compréhensible en profondeur par ceux qui développent leur discernement.

 

 

"Evitez les mauvaises actions ; faites le bien autour de vous ; purifirez votre esprit."

Tel est l'enseignement de tous les Bouddhas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Santal, tagara, lotus, jasmin, de tous ces parfums le parfum de l'éthique est de loin le meilleur."

 

Dhammapada

 

 

"La voie droite est proclamée, suivez-la, ne vacillez pas; Que chacun s'encourage soi-même, et, par étapes, atteigne le nibbâna."

 

 

 

 

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