Jeudi 11 janvier 2007




Présentation.


J’ai été accueillit au centre de méditation Chanmyay Yeiktha de Yangon. Pour mon premier séjour en Birmanie -terre du Dhamma- j’ai choisi de visiter le pays pendant huit jours et de me consacrer à une retraite pendant dix jours.

Chanmyay Yeiktha signifie « ermitage paisible » ; « Chanmyay » c’est également le nom de l’abbé responsable du centre : Chanmyay Sayadaw.

Sur les conseils du vénérable Dhamma Sâmi, j’avais décidé de résider dans un centre annexe, à 50 Km de Yangon, lequel a la particularité d’être au milieu d’une forêt. Cependant la présence de Sayadaw (le maître instructeur) au centre de Yangon, chose de plus en plus rare car il voyage beaucoup pour enseigner le Dhamma, était d’une importance suffisante pour que l’on me préfère à Yangon.

 

Les trois facteurs perturbants pendant la retraite.


         Le premier est que je retrouve dans ce centre dans lequel je n'avais pas choisi de résider. Il est en plein centre ville, au bord d’une grande avenue, et ne possède pas les qualités qui sont propres à un environnement naturel, c’est-à-dire selon moi, paisible et relaxant. Ceci est donc un premier facteur de déception, que je dois surmonter rapidement.

         Le second facteur perturbant est le fait que la semaine précédant la retraite était consacrée à la visite de sites importants du pays, avec un planning assez chargé, et une frénésie propre au touriste-photographe. Le voyageur est essentiellement tourné vers l’extérieur, la pratique méditative est un recentrement sur soi-même, la transition fut donc assez abrupte.

         Le troisième facteur perturbant est le fait que j’ai une famille –petite, une femme, un enfant- mais que j’y suis attaché. Cet attachement sera, alors que je ne m’y attendais pas, source de conflits intérieurs au cours de la retraite.   

 

La règle d’or et sa transgression.


La règle d’or, la seule règle d’ailleurs pendant une retraite est celle-ci : Observer. Observer quoi qu’il arrive, tout ce qui se présente à nous. Ceci est la théorie, car en pratique on se retrouve confronté à toutes sortes de situations, qui, grossies par la loupe de l’attention, deviennent des expériences de connaissance de notre monde intérieur.

Cette règle est facile à comprendre aux premiers abords (bien qu’il faille la comprendre en profondeur pour en saisir et en accepter le fondement) cependant elle l’est moins à appliquer de façon systématique et continue lors de retraite courte. De nombreux pièges sont amenés à être rencontrés, c’est inévitable, et formateur.

 

Les premiers jours.



         « Ce cauchemar finira bien. » Voilà quelles sont mes pensées à la fin du premier jour. Je me dis que les souffrances et les privations relatives à la retraite finiront bien. D’une certaine manière, ou plutôt d’une manière certaine, les souffrances et les privations liées à la vie finiront bien également.

         « Dix jours, c’est juste assez pour apprendre la technique. » M’a dit Sayadaw. « Mais moi, je peux faire mieux. » M’étais-je dit.

J’ai l’illusion de parvenir à quelque chose en ces dix jours seulement. Je me suis préparé à passer un certain cap de douleur dès le début, et en effet mes efforts sont réguliers.

        

Au deuxième jour l’introspection méditative s’active. J’observe clairement que mes pensées deviennent des rêves ! Par visualisation les pensées deviennent des images, des rêves. La note mentale la plus utilisée, « pensée(s) », commence son parcours ! La note mentale concernant le physique aussi : « douleur(s) » !

Par un processus que je ressens comme un cercle se regroupant, j’arrive à une première concentration sérieuse. « L’esprit est l’avant-coureur des conditions » : Je commence à m’en rendre compte, car celui-ci, bien orienté (j’entends par là non perturbé) permet le déroulement correct de la pratique, de l’observation.

 

Au troisième jour. Je balaye aussitôt que je les reconnais les pensées, liées pour la plupart à l’attachement, au désir, mais aussi au fait de comparer ma pratique avec celle de mes voisins yogis qui semblent déjà à un niveau avancé. En fait, en observant mon esprit, je balaye énergiquement toutes sortes de pensées, qui s’élèvent comme des feuilles dans lesquelles souffle le vent. Je réussis la première marche d’une heure, laquelle me permet une assise d’une heure également. Durant cette heure j’observe dukkha-dukkha, sous la forme de points de chaleur localisés dans le dos, ce qui me déprime. Cependant j’oublie apparemment de l’observer puisque la déprime demeure.

 

L’apparence de l’eau et son contenu.



Au quatrième jour. J’essaye de dompter mon esprit. Certains points positifs de la pratique apparaissent : Lors de la marche, debout, je suis au présent. Le temps d’une assise, la respiration devient naturelle, transparente, « synchronisée » avec le corps et l’esprit.

Il y a beaucoup d’objets à observer.

         Lors du « dhamma talk » (discours quotidien d’une heure sur cd du Sayadaw) il est question de la souffrance, « clé vers nibbanæ », « amie du yogi », qui si elle disparaît peut nous faire regretter sa présence. Voilà pourquoi il est dit que le méditant doit « aimer » la souffrance et apprendre à l’observer directement pour en comprendre la vraie nature.

Ainsi, peut être pour accélérer le processus, ou en tout cas le rendre plus « intense », j’ai bu la veille au soir, dans un moment sans vigilance (un comble lors d'une retraite), quelques gorgées d’eau du robinet, belle et inodore. Bien imbuvable idée, car je commence à ressentir la fatigue et la maladie. En soirée je vais dans ma chambre et m’applique fortement au simple principe d’observation continue de mon esprit. J’ai très froid, je me couvre. Plus tard, la fièvre me gagne et j’étouffe.  

        

         Le cinquième jour, à l’appel de la cloche je ne me lève pas. Lorsque la sonnerie retentie de nouveau au lever du soleil je ne vais pas non plus déjeuner. Seulement pour aller aux toilettes, régulièrement, car j’ai la diarrhée, je me lève. Je n’ai pas d’endroit ou rester alors je me repose dans ma chambre. Cette journée est particulièrement pénible, principalement car je suis en excès de  sommeil. Je ne me souviens plus si c’est durant ce jour que je n’ai plus d’intérêt pour le dhamma, que le fait de devoir devenir tel ce yogi qui s’entraîne avec moi, si lent et déficient, m’horripile, et même le dhammapada que j’ai avec moi, ne résonne plus en moi lorsque je le lis. Je suis confronté à la dure réalité du dhamma, « celui-ci est une chose sérieuse » me dis-je. En fin d’après-midi, lorsque le soleil commence à descendre dans le ciel, je ressens une forte pression et des pensées mélancoliques de ma famille me viennent.

 

         Le sixième jour je suis toujours malade, par intermittences en tout cas. Je reprends tout de même la pratique, car je n’ai que cela à faire ! Mon repas se limite à quelques bouchées de riz et de biscuits, pas question d’avaler des fruits ou des plats en sauce (rien de tel pour se détacher du désir sensuel lié à la nourriture). La pratique lors de la marche s’avère difficile car les toilettes me réclament tous les quarts d’heure. Néanmoins le fait de reprendre l’activité méditative rend mon humeur ce matin plutôt bonne. Comme c’est le 25 décembre j’appelle ma famille pour leur souhaiter un joyeux Noël, mais surtout pour pouvoir leur parler et avoir des brèves nouvelles.

         A 13h je vais écouter un dhamma talk. Il est question des quatre méditations de protections, qui doivent être faite chaque matin pendant quelques minutes pour bien conduire la pratique, à savoir le rappel des attributs de Bouddha –éveillé par lui-même-, Metta –l’amour bienveillant-, les aspects repoussant du corps, ainsi que l’imminence de la mort.    

         En fin d’après-midi, la pression sur mon mental est forte. L’humeur optimiste du matin se transforme en inquiétude croissante. Les bruits extérieurs deviennent de plus en plus présents et accablants. La circulation, les oiseaux –surtout les corbeaux-, les gens qui vivent à côté, le simple rire d’un enfant m’afflige, et la tristesse m’envahit. L’oppression qui me gagne est terrible, je n’arrive pas a la contrôler. Je souhaiterais quitter ce lieu et rejoindre ma famille.

Un peu plus tard, vers 17h, le docteur qui vient chaque semaine au centre est là et je vais la voir. Des antibiotiques et une boisson de réhydratation me permettront d’aller mieux. La nuit tombée, mon humeur est stable. Je me dis que l’esprit est comme l’eau, qui peut être calme et au repos, ou bien agité et se teinter à la moindre goutte de couleur (-d’humeur-) qui s’y introduit. Dans la soirée, j’observe et note « douleurs impermanentes », ce qui me semble sur le moment, plus juste.

 














Voir la suite du récit  : Retraite en Birmanie - 2eme partie.




 

 

 

 

 

 

par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
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Dhamma

 Bouddha enseigna la Loi naturelle,

visible par tous, compréhensible en profondeur par ceux qui développent leur discernement.

 

 

"Evitez les mauvaises actions ; faites le bien autour de vous ; purifirez votre esprit."

Tel est l'enseignement de tous les Bouddhas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Santal, tagara, lotus, jasmin, de tous ces parfums le parfum de l'éthique est de loin le meilleur."

 

Dhammapada

 

 

"La voie droite est proclamée, suivez-la, ne vacillez pas; Que chacun s'encourage soi-même, et, par étapes, atteigne le nibbâna."

 

 

 

 

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