Dhammapiti                 "Dans la joie du Dhamma"

                                                                                                                                                                                                                     

                        L'enseignement originel du Bienheureux Gotama  

écoutez la parole de Bouddha: http://bouddhique.free.fr/ParoleduBouddha.MP3

 
Lundi 21 avril 2008

Les quatre demeures divines en tant que qualités méditative.

« Session metta »

avec Ajahn Tiradhammo

(Retraite du 19 et 20 Avril 2008 organisé par l’association terre d’éveil.)

 









 

Lorsque nous lisons, évoquons ou méditons sur « metta », la bienveillance, cela nous semble être quelque chose d’absolu, un amour inconditionnel que l’on délivre à tous les êtres.

Pourtant si nous ne sommes pas capable de nous aimez nous même –correctement-, nous ne pouvons prétendre aimez les autres, inconditionnellement. 

Dans le Bouddhisme nous faisons l’expérience des choses pour les connaître personnellement.

Ainsi, nous devons faire l’expérience de « metta » à notre niveau.

Metta a plusieurs sens, et plusieurs niveaux d’applications.

Nous commencerons avec un niveau qui soit facilement adaptable et compréhensible, metta en tant qu’amitié envers nous même et envers les évènements qui nous arrive.

Il s’agit d’être ouvert et amical envers les phénomènes que nous considérons comme « ennemis » ou « négatifs ».

Habituellement nous rejetons de nombreuses choses, soit parce que nous ne souhaitons pas les voir, soit parce qu’elles nous font souffrir.

Lorsque qu’une douleur physique se présente, nous exerçons une contraction autour de cette douleur, de manière naturelle. Nous l’isolons car nous ne voudrions pas la ressentir. Ainsi, il se crée le sujet « moi » et l’objet « ma douleur », nous sommes dans la dualité.

C’en est de même pour la colère, il y a « moi » et il y a « ma colère ».

 

Le but de la méditation avec metta est d’être ouvert et d’accueillir amicalement ce qui nous semble désagréable.

Nous prenons la base de la vision pénétrante –vipassana- et l’observation de la respiration comme objet principal. Lorsque qu’une douleur physique apparaît, soyons un peu plus amical envers elle, ne la rejetons pas.

 

En déplaçant notre attention vers le cœur nous essayons de voir quelle sensation prédomine.

Nous devons nous relier avec notre cœur « spirituel », situé au milieu de la poitrine et laisser venir à nous les sensations désagréables.

Il faut introduire un peu d’amitié dans cette sensation désagréable, si c'est une douleur, relaxer grâce à la respiration la zone douloureuse, si c'est une émotion négative, faire preuve de compassion envers nous même.

  La sensation désagréable fait partie de nous et ce n’est pas en la repoussant que nous pourrons réussir à nous en défaire, complètement.

A chaque fois nous revenons à l’observation de la respiration, ou à l’attention au corps, à la connaissance de l’état d’esprit au moment présent.

 

Si nous rencontrons un sentiment « négatif » comme par exemple l’irritation, il est fort probable qu’en observant attentivement ce sentiment, on découvre derrière un autre sentiment duquel découle ce sentiment le plus apparent qui est « l’irritation ». Il peut s’agir de la frustration, et puis de la peur qui est très relié à notre ego. Donc en rejetant l’irritation je ne fais que repousser une énergie très forte, je ne peux remonter jusqu’à la source de ce sentiment négatif. La peur est une force de vie très puissante. Il nous faut l’examiner et non la renier.

 

Lorsque la colère est présente, essayons d’introduire un peu d’amitié dans cette colère. Ainsi d’une colère dense, nous aurons une colère plus « amicale », d’une colère  incontrôlable, nous aurons une colère plus enclin à être observée.

La colère est un sentiment tout à fait « commun », elle fait partie de nos gènes en quelque sorte.

Il ne s’agit pas de la réprimer ou de l’étendre.

En acceptant la colère nous acceptons d’être humain et de partager cette caractéristique.

En s’ouvrant à la colère, petit à petit, nous permettons à celle-ci de se transformer.

Il en est de même pour tous les aspects déplaisants que nous rencontrons.

En transformant notre rapport au monde nous arrivons à nous ouvrir totalement aux phénomènes, en intégrant même ceux que l’on considère comme « ennemi » et que l’on veut séparer de nous mêmes habituellement.

 

Notre cœur a un mécanisme d’ouverture et de fermeture selon le contexte dans lequel nous nous trouvons.

Cependant bonheur et malheur sont des choses très relative, l’un existe par rapport à l’autre, et dépend de notre perception.

 

Plutôt que de concevoir metta comme un idéal extérieur à nous mêmes, la pratique de metta commence à l’intérieur de nous mêmes, grâce à la méditation vipassana, et nous permet d’être réceptif à toutes les sensations sans créer de dualité, notamment d’être réceptif aux sensations déplaisantes.

Allant du personnel vers le transpersonnel, nous serons capable d’ouvrir notre cœur à toutes les expériences et de diffuser metta à tous les êtres naturellement.

 

 

 



 

Le développement de metta sert de base aux trois autres demeures divines.

Karuna, la compassion est développée en demeurant présent avec la souffrance. D’abord avec celle que nous ressentons, en tant que douleur, peine, puis comme compassion et partage de la souffrance avec autrui. 

Mudita, la joie altruiste, se développe en éveillant en nous un sentiment de bien être et en lui permettant de demeurer.

L’équanimité, upekka, se rencontre comme résultat des pratiques précédentes. C’est une qualité qui permet de rester stable face aux turbulences que rencontre l’esprit et de même, attentif face à un sentiment de paix.

 

Il ne faut pas confondre upekka avec l’indifférence qui met une distance entre le sujet et l’objet.

L’équanimité est un aboutissement car c’est l’union de la pratique de karuna et de mudita, de metta avec upekka. Là où, dépassant le moi, nous rencontrons toutes les émotions avec la même bienveillance, capable d’être pleinement réceptif à tous les phénomènes qui se présentent, plein de bonté envers nous même comme avec autrui.

 

Continuez dans votre pratique et bonne chance !

Avec metta.

 

 

 

 

 

http://www.bodhinyanarama.net.nz/default.aspx?PageId=1







par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Dimanche 14 janvier 2007





Aller au début du récit  Retraite en Birmanie -1ere Partie.












Renouer avec le Dhamma.

 

En ce matin de neuvième jour, les pensées passent la frontière de l’observation. A 13 h je vais écouter le dhamma talk.

Après avoir expliqué comment nous devrions nous comporter face aux événements extérieurs pour ne pas s’y attacher et les désirer (par des notes mentales appropriés), Sayadaw parle des caractéristiques des phénomènes physiques. (A partir des 4 éléments –Air, terre, eau, feu- nous trouvons les caractéristiques spécifiques et communes aux processus physiques : Le mouvement et la vibration pour l’air, la dureté et la douceur pour la terre, la fluidité et la cohésion pour l’eau, la chaleur et le froid pour le feu.)

A la fin du discours, quelque chose en moi se produit. Je réalise -avec la sensation du toucher- qu’une partie de mon corps n’est effectivement que « dure », et qu’à la fois une autre n’est que « douce » -caractéristiques de l’élément terre. Les phénomènes physiques, incluant nous-mêmes, ne sont que la manifestation des caractéristiques des quatre éléments. Et sur celles-ci viennent se greffer un mental, une conscience Je souris de cette découverte, il n’y a donc rien d’autre que ces caractéristiques !

Je continue la pratique. Mon bonheur est tempéré, mais réel. Je note « dur, dur » lorsque mes pieds rencontre le sol, « mouvement » lorsque j’observe la respiration, « chaleur » pour ce que je ressens dans le dos.

Plus tard dans la journée, une impatience étrange me pousse vers l’accueil du centre. Je vais d’abord appeler ma femme pour lui dire que je vais mieux. Et comme par hasard, le moine U sujatâ que je voulais voir se trouve là. C’est lui qui m’avait reçu lorsque je m’étais présenté au centre pour la première fois. Nous parlons, je l’interroge sur les chants que nous entendons tous les jours. Il me dit que ce sont des chants à la fois de protection, d’instructions, d’incitation, et d’explications de la doctrine. Ils sont récités par les yogis locaux. Je lui propose alors de l’interviewer en vidéo le lendemain, il sourit et il accepte.

 

Ce dixième jour est mon dernier jour, et l’observation du matin se déroule bien. En cette matinée je vais enfin être reçu par Sayadaw pour un entretien. Plusieurs yogis se présentent à lui à la fois, et à tour de rôle il nous écoute parler de notre expérience de la pratique. Je l’entends faire avec celui et celle qui me précède. Je sais bien ce qu’il va dire, et ce qu’il répète inlassablement à chacun, quoi qu’on lui dise, quoi que je lui dise. Cet être est véritablement détaché de tout, il véhicule le Dhamma. J’hésite entre ne rien lui dire (et simplement lui demander une lettre de recommandation pour une prochaine retraite) et lui raconter mes expériences. Il me questionne. Je lui raconte brièvement quelques trucs concernant les quelques jours passé ici. Puis le verdict arrive soudainement : « Observer. » « Observer du matin au soir, durant la marche, durant l’assise, durant les activités quotidiennes, durant le repas, durant la douche, durant l’habillement »

Et je lui annonce que c’est mon dernier jour. Il me demande combien de temps j’ai pu rester assis sans changer de posture. « 1h 15 » Je lui réponds. « C’est très bien. » Me dit-il. « Et dukkha ? » Me demande t-il. « Oui, je l’ai observé. » « Pain, pain, pain* » Dis-je. (*Pain en anglais = douleur). Il me demande d’où je viens. C’est une attention plaisante, et c’est déjà fini. Je quitte le lieu après lui avoir rendu un profond hommage. Mais je serai amené à le rencontrer encore deux fois.

A 12h 30, je rencontre U Sujatâ. Nous nous installons dans la pièce libre des dhamma talk. J’ai 5 questions à lui soumettre avec la caméra comme témoin. Il me parle notamment de sa rencontre avec le Dhamma. Une fois la caméra éteinte, nous poursuivons la conversation jusque dans l’après-midi. Je retourne dans le bâtiment des yogis étrangers, mais les choses sont différentes maintenant. Je me ballade avec du matériel vidéo.

Le soir je retrouve U Sujatâ, et nous discutons encore, enfin cette fois là, je l’écoute beaucoup. Le lendemain matin j’ai prévu d’aller filmer les récitations en pali. Je suis réconcilié avec le Dhamma.

 

Le Onzième jour est un jour bonus. Après le petit déjeuner et la séance vidéo, je pars pour « downtown » car j’ai des choses à faire. C’est ma dernière journée en Birmanie, et je dois aussi me rendre à la Paya Swedagon, la plus grande et la plus vénérée du pays. En effet, l’atmosphère dans ce lieu est magique, électrique, emplie d’une paix mouvante. J’entends des chants de récitation, ceux là même que je connais, récités avec encore plus de dévotion, et ils me touchent et m’attirent au plus profond. Au départ, je prends quelques photos et filme l’endroit, mais quelque chose en moi reste inassouvis et il m’est impératif de me relier à cette foi. Je me rends face à l’Est et rends hommage parmi les fidèles à Bouddha. Je suis hors du centre, lâché dans le monde extérieur, rendant hommage au triple joyau, les mains tremblantes, le cœur bienheureux et rempli de gratitude. Je crois que j’ai finalement trouvé saddha.

-Le refuge est un lieu sûr-.

 

 

 

« Buddham Saranam Gacchami »
« Dans le Bouddha je prends refuge »

« Dhammam Saranam Gacchami »
« Dans le Dhamma je prends refuge »

 
« Sangham Saranam Gacchami »
« Dans le Sangha je prends refuge. »

 

« Namo Tassa Bhagavato Arahato Sammâsambuddhassa. »

« Hommage au Bienheureux, au Noble, pleinement éveillé. »


 


 


 


 

Le vénérable U Sujatâ.












Le couloir des chambres des Yogis et Bhikkhu étrangers.










par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Samedi 13 janvier 2007




Un nouveau cycle : Entre fantasmagorie et recherche de conviction.

 

Au septième jour, et aux vues des changements d’état d’esprit qui s’opèrent en moi, je réalise l’importance de l’équanimité. Je me dis que garder le tempérament avec équanimité du matin jusqu’au soir est une garantie de stabilité. Cependant il s’agit d’une compréhension intellectuelle, et non d’un état définitif dont j’aurais pu hériter. 

Durant l’assise précédent le repas de 10 h 30, ce que j’observe est étonnant. Rien. Ou plutôt derrière la respiration, s’ouvre un espace vide dans lequel l’observation pénètre. C’est une dimension essentiellement sombre où plus rien n’est solide, une « vision » de la vacuité, auxquelles s’ajoutent quelques éléments présents qui seraient des êtres vivants, quelques formes qui seraient des caractéristiques. La respiration m’apparaît comme un simple mouvement de vent. A ce moment, quand même, je me pose cette question : « D’où me vient cette vision ? Ne serait-ce pas un effet des médicaments ? » Je continue cette observation qui s’impose à moi.

J’oriente alors le mental vers des questionnements, comme par exemple le changement qui survient lors de la mort. Il m’apparaît clairement comme un processus naturel de dissolution et de transformation, qui vue sous cet angle n’est ni tragique ni important, sans plus de conséquence. Mais à partir d’ici les choses que j’entrevois ne sont pas assez fiables pour être décrite d’une façon crédible (!). Néanmoins, cette vision dans laquelle les éléments présents ont une réalité nouvelle permet de relativiser l’existence du monde, et m’apporte un grand détachement, bénéfique à ce moment de la pratique. 

Ce que me rappellent les « dhamma talk » durant ces jours, est qu’il ne devrait y avoir aucun attachement. C’est surtout un résultat de la pratique, mais j’en viens à voir dans le but de la retraite –nibbanâ- une réalisation qui s’opposerait au bon déroulement de ma vie familiale. Confus, et focalisant sur cet attachement qui s’impose à moi (c’est-à-dire ma femme et mon fils), je souhaite conserver, dans mon ignorance, telle quel mon affection. Je dois alors trouver mentalement un moyen de me tranquilliser. Je me soumets à des accords qui me permettront de continuer plus sereinement la suite de la retraite. Ils sont :

- Je ne connaîtrais pas nibbanâ durant cette retraite.

- Je peux par contre développer le calme mental et la connaissance.

- Ce développement me permettra de mieux vivre et apportera du bonheur à ma famille.

Au moment critique de la fin d’après-midi, je suis prêt. J’arrive à contrôler la tension qui se présente, j’observe, et note ce qui se passe sans y sombrer. Ensuite la pratique s’avère difficile en assise. J’observe quelques attachements, agitations, perturbations. Un esprit qui a du mal à rester centré et encore lève les yeux, sur les alentours...

 

Huitième jour. L’assise du matin est bonne, physiquement parlant car la concentration n’est pas effective et de nombreuses pensées passent à travers le filtre de l’observation.

A défaut d’interview relative à ma retraite avec Sayadaw, (car à la suite d’une méprise et de l’absence de Sayadaw, je n’en ai encore pas eu), j’ai un rendez-vous quotidien avec les explications précieuses du dhamma talk - discours enregistrés mais sur lesquels je peux compter. Les paroles de Sayadaw sont des supports utiles qui souvent, répondent au moment opportun aux questions que le yogi se pose.

Le discours traite en ce jour des facultés mentales, celles que l’on utilise pendant la méditation, à savoir : Saddha –la foi, panna –la connaissance -compréhension directe, viriya –l’effort, samadhi –la concentration, et sati –l’attention. Voici le secret : Elles doivent être équilibrées pour que la pratique soit profitable. Sans cet équilibre le méditant ne progresse que difficilement. Saddha et panna (la foi et la connaissance) doivent être équilibrés. Viriya et samadhi (l’effort et la concentration) doivent être équilibrés. Sati (l’attention) doit être développée autant que possible. Trop de saddha et l’on sombre dans la crédulité, trop de panna et l’on tombe dans l’analyse, trop de viriya et nous arrive la distraction, trop de samadhi et on se retrouve dans la somnolence.

Je me rends immédiatement compte des déséquilibres qui sont survenus durant ma pratique et ceux qui demeurent encore. Le principal est celui entre saddha et panna : Je suis en excès de panna (si l’on peut s’exprimer ainsi !)

 Je réalise que ma foi est défaillante, l’analyse, la réflexion et la ruse perturbent ma pratique ! Ainsi si j’avais entièrement confiance en la méthode que Bouddha nous a enseigné, je me contenterais d’être attentif durant la pratique, sans analyser régulièrement. Il me faut croire et développer la confiance dans Bouddha et la doctrine. Mais comment trouver la foi ?! ()

Chaque jour, nous rendons hommage au Bouddha, au Dhamma et au Sangha. Avant et après chaque méditation assise, et avant et après chaque repas, des dizaines de fois par jour donc, en joignant les mains au front et en s’inclinant trois fois front au sol. Avec sincérité (-et metta), je le fais, mais ce n’est pas assez.

Suite à cette découverte, ma motivation est très forte. En début d’après-midi, je combats le sommeil par des notes énergiques : « sommeil, sommeil ! » Et j’en viens à bout. Je m’interroge ensuite sur la foi. Je connais ce sentiment, mais j’en suis actuellement dépourvu. Pour faire surgir saddha je médite sur metta (l’amour bienveillant). Je passe mentalement en revue un grand nombre de personnes que je connais, en générant et en leur délivrant metta. Puis dans chaque direction, dans toutes les directions, metta pour tous les êtres. Cette méditation dure près d’une demi-heure, et ma foi s’éveille. La foi s’éveillant, l’émotion m’envahit et j’en viens à me questionner et à me parler à moi-même. J’entre dans un conte de fée, et je n’en dirais pas plus au lecteur : En reprenant la « vision du vide » précédemment décrite, j’aperçois le Bouddha comme multicolore et rayonnant dans ce monde sombre. J’entrevois peut être combien il est unique, et la foi se manifestant, je lui rends hommage avec ardeur.

Un peu plus tard, me voilà encore lancé dans une pratique qui n’est pas l’unique observation des phénomènes mentaux et physiques, une méditation d’absorption. La note mentale « pensées » me sert à neutraliser les pensées, et mon esprit se fixe sur des états temporairement stables et silencieux. Ma respiration est fluide, « transparente », il n’y a pas de temps, c’est très apaisant.

Ai-je noté ceci ?


 


 


 


 


 


Voir la suite du récit  :  Retraite en Birmanie - 3eme Partie.

 







 

par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Jeudi 11 janvier 2007




Présentation.


J’ai été accueillit au centre de méditation Chanmyay Yeiktha de Yangon. Pour mon premier séjour en Birmanie -terre du Dhamma- j’ai choisi de visiter le pays pendant huit jours et de me consacrer à une retraite pendant dix jours.

Chanmyay Yeiktha signifie « ermitage paisible » ; « Chanmyay » c’est également le nom de l’abbé responsable du centre : Chanmyay Sayadaw.

Sur les conseils du vénérable Dhamma Sâmi, j’avais décidé de résider dans un centre annexe, à 50 Km de Yangon, lequel a la particularité d’être au milieu d’une forêt. Cependant la présence de Sayadaw (le maître instructeur) au centre de Yangon, chose de plus en plus rare car il voyage beaucoup pour enseigner le Dhamma, était d’une importance suffisante pour que l’on me préfère à Yangon.

 

Les trois facteurs perturbants pendant la retraite.


         Le premier est que je retrouve dans ce centre dans lequel je n'avais pas choisi de résider. Il est en plein centre ville, au bord d’une grande avenue, et ne possède pas les qualités qui sont propres à un environnement naturel, c’est-à-dire selon moi, paisible et relaxant. Ceci est donc un premier facteur de déception, que je dois surmonter rapidement.

         Le second facteur perturbant est le fait que la semaine précédant la retraite était consacrée à la visite de sites importants du pays, avec un planning assez chargé, et une frénésie propre au touriste-photographe. Le voyageur est essentiellement tourné vers l’extérieur, la pratique méditative est un recentrement sur soi-même, la transition fut donc assez abrupte.

         Le troisième facteur perturbant est le fait que j’ai une famille –petite, une femme, un enfant- mais que j’y suis attaché. Cet attachement sera, alors que je ne m’y attendais pas, source de conflits intérieurs au cours de la retraite.   

 

La règle d’or et sa transgression.


La règle d’or, la seule règle d’ailleurs pendant une retraite est celle-ci : Observer. Observer quoi qu’il arrive, tout ce qui se présente à nous. Ceci est la théorie, car en pratique on se retrouve confronté à toutes sortes de situations, qui, grossies par la loupe de l’attention, deviennent des expériences de connaissance de notre monde intérieur.

Cette règle est facile à comprendre aux premiers abords (bien qu’il faille la comprendre en profondeur pour en saisir et en accepter le fondement) cependant elle l’est moins à appliquer de façon systématique et continue lors de retraite courte. De nombreux pièges sont amenés à être rencontrés, c’est inévitable, et formateur.

 

Les premiers jours.



         « Ce cauchemar finira bien. » Voilà quelles sont mes pensées à la fin du premier jour. Je me dis que les souffrances et les privations relatives à la retraite finiront bien. D’une certaine manière, ou plutôt d’une manière certaine, les souffrances et les privations liées à la vie finiront bien également.

         « Dix jours, c’est juste assez pour apprendre la technique. » M’a dit Sayadaw. « Mais moi, je peux faire mieux. » M’étais-je dit.

J’ai l’illusion de parvenir à quelque chose en ces dix jours seulement. Je me suis préparé à passer un certain cap de douleur dès le début, et en effet mes efforts sont réguliers.

        

Au deuxième jour l’introspection méditative s’active. J’observe clairement que mes pensées deviennent des rêves ! Par visualisation les pensées deviennent des images, des rêves. La note mentale la plus utilisée, « pensée(s) », commence son parcours ! La note mentale concernant le physique aussi : « douleur(s) » !

Par un processus que je ressens comme un cercle se regroupant, j’arrive à une première concentration sérieuse. « L’esprit est l’avant-coureur des conditions » : Je commence à m’en rendre compte, car celui-ci, bien orienté (j’entends par là non perturbé) permet le déroulement correct de la pratique, de l’observation.

 

Au troisième jour. Je balaye aussitôt que je les reconnais les pensées, liées pour la plupart à l’attachement, au désir, mais aussi au fait de comparer ma pratique avec celle de mes voisins yogis qui semblent déjà à un niveau avancé. En fait, en observant mon esprit, je balaye énergiquement toutes sortes de pensées, qui s’élèvent comme des feuilles dans lesquelles souffle le vent. Je réussis la première marche d’une heure, laquelle me permet une assise d’une heure également. Durant cette heure j’observe dukkha-dukkha, sous la forme de points de chaleur localisés dans le dos, ce qui me déprime. Cependant j’oublie apparemment de l’observer puisque la déprime demeure.

 

L’apparence de l’eau et son contenu.



Au quatrième jour. J’essaye de dompter mon esprit. Certains points positifs de la pratique apparaissent : Lors de la marche, debout, je suis au présent. Le temps d’une assise, la respiration devient naturelle, transparente, « synchronisée » avec le corps et l’esprit.

Il y a beaucoup d’objets à observer.

         Lors du « dhamma talk » (discours quotidien d’une heure sur cd du Sayadaw) il est question de la souffrance, « clé vers nibbanæ », « amie du yogi », qui si elle disparaît peut nous faire regretter sa présence. Voilà pourquoi il est dit que le méditant doit « aimer » la souffrance et apprendre à l’observer directement pour en comprendre la vraie nature.

Ainsi, peut être pour accélérer le processus, ou en tout cas le rendre plus « intense », j’ai bu la veille au soir, dans un moment sans vigilance (un comble lors d'une retraite), quelques gorgées d’eau du robinet, belle et inodore. Bien imbuvable idée, car je commence à ressentir la fatigue et la maladie. En soirée je vais dans ma chambre et m’applique fortement au simple principe d’observation continue de mon esprit. J’ai très froid, je me couvre. Plus tard, la fièvre me gagne et j’étouffe.  

        

         Le cinquième jour, à l’appel de la cloche je ne me lève pas. Lorsque la sonnerie retentie de nouveau au lever du soleil je ne vais pas non plus déjeuner. Seulement pour aller aux toilettes, régulièrement, car j’ai la diarrhée, je me lève. Je n’ai pas d’endroit ou rester alors je me repose dans ma chambre. Cette journée est particulièrement pénible, principalement car je suis en excès de  sommeil. Je ne me souviens plus si c’est durant ce jour que je n’ai plus d’intérêt pour le dhamma, que le fait de devoir devenir tel ce yogi qui s’entraîne avec moi, si lent et déficient, m’horripile, et même le dhammapada que j’ai avec moi, ne résonne plus en moi lorsque je le lis. Je suis confronté à la dure réalité du dhamma, « celui-ci est une chose sérieuse » me dis-je. En fin d’après-midi, lorsque le soleil commence à descendre dans le ciel, je ressens une forte pression et des pensées mélancoliques de ma famille me viennent.

 

         Le sixième jour je suis toujours malade, par intermittences en tout cas. Je reprends tout de même la pratique, car je n’ai que cela à faire ! Mon repas se limite à quelques bouchées de riz et de biscuits, pas question d’avaler des fruits ou des plats en sauce (rien de tel pour se détacher du désir sensuel lié à la nourriture). La pratique lors de la marche s’avère difficile car les toilettes me réclament tous les quarts d’heure. Néanmoins le fait de reprendre l’activité méditative rend mon humeur ce matin plutôt bonne. Comme c’est le 25 décembre j’appelle ma famille pour leur souhaiter un joyeux Noël, mais surtout pour pouvoir leur parler et avoir des brèves nouvelles.

         A 13h je vais écouter un dhamma talk. Il est question des quatre méditations de protections, qui doivent être faite chaque matin pendant quelques minutes pour bien conduire la pratique, à savoir le rappel des attributs de Bouddha –éveillé par lui-même-, Metta –l’amour bienveillant-, les aspects repoussant du corps, ainsi que l’imminence de la mort.    

         En fin d’après-midi, la pression sur mon mental est forte. L’humeur optimiste du matin se transforme en inquiétude croissante. Les bruits extérieurs deviennent de plus en plus présents et accablants. La circulation, les oiseaux –surtout les corbeaux-, les gens qui vivent à côté, le simple rire d’un enfant m’afflige, et la tristesse m’envahit. L’oppression qui me gagne est terrible, je n’arrive pas a la contrôler. Je souhaiterais quitter ce lieu et rejoindre ma famille.

Un peu plus tard, vers 17h, le docteur qui vient chaque semaine au centre est là et je vais la voir. Des antibiotiques et une boisson de réhydratation me permettront d’aller mieux. La nuit tombée, mon humeur est stable. Je me dis que l’esprit est comme l’eau, qui peut être calme et au repos, ou bien agité et se teinter à la moindre goutte de couleur (-d’humeur-) qui s’y introduit. Dans la soirée, j’observe et note « douleurs impermanentes », ce qui me semble sur le moment, plus juste.

 














Voir la suite du récit  : Retraite en Birmanie - 2eme partie.




 

 

 

 

 

 

par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Dimanche 8 octobre 2006


Une matinée de méditation avec Sister Ariya Nani, au "refuge" près d'Aix-en-Provence.



"En 1992, elle part en Birmanie pour pratiquer sous la direction du Maître Sayadaw U Janaka. C'est là qu'elle prend les vœux monastiques. Après quelques années de pratique de méditation, son Maître l’a chargée de s’occuper des méditants occidentaux dans le Forest Center."

Source: http://perso.orange.fr/refugebouddhique/programme.html


                                                                          "Le refuge" à Eguilles.



La journée commence par les récitations : la prise de refuge et les huit préceptes récités en pali.
Puis nous commençons la "méditation" vipassana. La vénérable nous donne des conseils sur la présence d'esprit relative à notre corps, et au moment présent, ce moment précis où nous sommes assis.
Elle signale qu'il nous faut "cadrer l'attention", pour lui donner la bonne direction.
Nous commençons à observer notre abdomen : "gonfler...dégonfler..."
Puis des informations supplémentaires nous sont données, c'est-à-dire sur l'observation des sensations, des pensées, etc. Lorsqu'une pensée surgit, nous ne devons pas aller dans son sens, ne pas la poursuivre, l'analyser, ne pas y réfléchir, mais simplement connaître qu'il y a une pensée. Si nous percevons un attachement, ou une aversion relative à une réaction, nous devons noter "aversion....attachement". L'attention neutre doit être continue, c'est la clé de la réussite pour pénétrer l'objet en profondeur et connaître sa nature réelle.
A ce moment mes pensées se dissolvent immédiatement, dès l'instant où j'applique l'observation "pensée". Elle -la pensée-, ne peut demeurer lorsque qu'elle est reconnue par l'attention.
Après 45 mn d'assise, 45 mn de marche et encore 45 mn d'assise, la vénérable nous parle un moment, notamment sur le fait de continuer à être pleinement conscient lors du déjeuner, ce qui n'est pas simple. Ses instructions sont simples, claires comme ses yeux.
Je la regarde attentivement lors de ces dernières minutes d'instructions. Son image est évanescente. Elle est là, mais c'est comme si elle n'était pas là. Elle rayonne, de son intense travail qui a transformé son corps, son esprit. Nul doute qu'elle porte bien son nom.

C'est l'heure de déjeuner, nous mangeons en partageant ce qui à été porté.



   
                                                                                                                 "Soeur" Ariya Nani
par Langlais Pierre publié dans : Vipassana
Mardi 8 août 2006

Vipassana

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici plusieurs approches de Vipassana, principalement selon la tradition du Vénérable Mahasi Sayadaw, qui aideront à cerner ce que cette technique d'observation représente :

 

 

 

 

 

 

Pour commencer, des définitions selon Sayadaw U Pandita :

Vipassana : Littéralement, « voir selon des modes différents ». L’observation énergique des phénomènes physiques et mentaux sous leur aspect d’impermanence, d’insatisfaction et d’absence d’un soi ou d’une essence intrinsèque et indépendante.

Vipassana Jhana : 1) la focalisation continue de l’esprit sur les paramattha dhammas, c’est-à-dire les objets qui peuvent être expérimentés directement, sans la médiation de concepts. 2) L’esprit qui se déplace d’un objet à l’autre en restant fixé sur les caractéristiques d’impermanence, d’insatisfaction et d’insubstantialité. 3) L’esprit capable de rester concentré sur la béatitude de nibbâna.

 

 

 

 

 

 

Deux questions et réponses essentielles concernant vipassana, par Vénérable Sayædaw Ja¥ila :

 

 

 

 

 

 

-« qu'est-ce qui doit être observé pour développer vipassana ? »

 

 

 

-« Dans quel but et quand contempler les agrégats ? »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La réponse à la question « qu'est-ce qui doit être observé pour développer vipassana ? » est : « les cinq agrégats de l'attachement (upædænakkhandhæ) ». C'est-à-dire qu'il convient de contempler ces cinq agrégats, qui, lorsqu'ils ne sont pas observés au moment de leur apparition, sont assujettis à l'attachement.

 

 

 

Les cinq upædænakkhandhæ (agrégats de l'attachement) sont :

 

 

 

1. rþpakkhandhæ (agrégat de la matière)

 

 

 

2. vedanakkhandhæ (agrégat des sensations)

 

 

 

3. saññækkhandhæ (agrégat des perceptions)

 

 

 

4. sa³khærakkhandhæ (agrégat des volitions mentales)

 

 

 

5. viññæ¼akkhandhæ (agrégat de la conscience)

 

 

 

Si les yogi ne réalisent pas qu'un être humain n'est rien d'autre qu'un groupe de cinq agrégats, il sera convaincu que les phénomènes physiques et mentaux sont atta, c'est-à-dire : je suis MOI, lui est un homme, elle est une femme, etc. Il risquera alors d'être très attaché à cette vue incorrecte qu'on appelle sakkæya di¥¥hi. Pour cette raison, il convient de s'entraîner à vipassana jusqu'à développer une compréhension juste des cinq agrégats.

 

 

 

Comment convient-il de contempler les phénomènes avec une vue juste ? Comme le font les yogi ici et maintenant, en notant durant la marche « pas gauche, pas droit » ou « lever, poser » ou « lever, avancer, poser », etc. Nous procédons exactement comme il est indiqué dans le mahæ satipa¥¥hæna sutta : « gacchanto væ gacchæmøti pajænæti ».

 

 

 

Pendant la marche, lorsque le yogø note le mouvement du pas gauche : le mouvement lui-même est l'agrégat de la matière ; le fait qu'il soit agréable ou désagréable est l'agrégat des sensations ; le fait de le noter est l'agrégat des perceptions ; le fait d'effectuer ce pas est l'agrégat des volitions mentales ; la conscience qui le connaît est l'agrégat de la conscience.

 

 

 

Cela constitue donc les cinq agrégats de l'attachement. Le yogi qui n'observe pas le mouvement des pas durant la marche pensera : « c'est MOI qui avance, c'est MON pied qui avance », etc. Cette vue, qui a pour caractéristique de croire que ceci est « moi », est précisément l'attachement des cinq agrégats.

 

 

 

Pendant l'assise, lorsque le yogi note « assis, toucher » : le corps assis est l'agrégat de la matière ; le fait que ce soit agréable ou désagréable est l'agrégat des sensations ; le fait de le noter est l'agrégat des perceptions ; l'effort de noter est l'agrégat des volitions mentales ; la conscience qui connaît est l'agrégat de la conscience.

 

 

 

Lorsque le yogi note : « monter, descendre », ce gonflement et ce dégonflement de l'abdomen sont l'agrégat de la matière ; le fait que ce soit agréable ou désagréable est l'agrégat des sensations ; le fait de noter ces mouvements est l'agrégat des perceptions ; l'effort de les noter est l'agrégat des volitions mentales ; la conscience qui les connaît est l'agrégat de la conscience.

 

 

 

 

 

 

« Dans quel but et quand contempler les agrégats ? »

 

 

 

 

 

 

La réponse est : « Pour empêcher l'attachement, la contemplation doit être effectuée au moment de leur apparition. » Si le yogi note le gonflement, le dégonflement, le mouvement, la vision, le son, la consommation de nourriture, etc., au moment même de l'apparition de chacun de ces phénomènes, l'attachement peut être évité. Dans le mahæ satipa¥¥hana sutta, il est dit : « kæye kæyænupassø viharati, ætæpø sampajæno satimæ vineyya, loke abhijjhæ domanassa ». Cela signifie que lobha (l'avidité) dosa (l'aversion) et l'attachement peuvent surgir si les yogi ne notent pas les phénomènes physiques et mentaux au moment où ils apparaissent. Ces phénomènes doivent donc être notés dans le présent, au moment même de leur apparition. De la même manière, il faut noter les sensations au moment même de leur apparition.

 

 

 

C'est pourquoi, à la question « Dans quel but et quand contempler les agrégats ? », il est répondu : « Pour empêcher l'attachement, la contemplation doit être effectuée au moment de leur apparition. » Si un phénomène n'est pas observé au moment de son apparition, l'attachement peut naître. Par exemple, en entendant un son agréable, s'il n'est pas noté, l'attachement surgira et ce son sera perçu comme une mélodie, un son plaisant. De la même façon, en percevant une vision agréable, si elle n'est pas notée, l'attachement surgira et cette vision sera perçue comme un beau paysage, une vision plaisante.

 

 

 

Ensuite, on peut supposer que ces agrégats sont bons, beaux et permanents. On peut aussi affirmer : « les sons que je perçois m'appartiennent, c'est MOI qui les perçois », « les visions que je perçois m'appartiennent, c'est MOI qui les perçois », etc.

 

 

 

Pour éviter de telles illusions, chaque yogi doit contempler dans la mesure du possible tous les phénomènes physiques et mentaux qu'il perçoit. Ainsi, en développant cet entraînement sans relâche, il comprendra que tout ce qui apparaît est condamné à s’anéantir, et qu'il n'y a donc pas de raison de s'y attacher. Le yogi pourra alors se défaire des vues erronées quant à l'existence du MOI et de la personnalité (sakkæya di¥¥hi).

 

 

 

En poursuivant assidûment le développement de la vipassana, le yogi comprendra par lui-même que tout est assujetti à la souffrance et que rien n'est permanent. Il comprendra aussi les caractéristiques naturelles de tout ce qui apparaît dans le corps, telles que les tensions, les irritations, les douleurs, les fourmillements, etc.

 

 

 

En notant une douleur, le yogi connaîtra les caractéristiques de la douleur. S'il ne la note pas, il ne pourra pas la connaître. Une fois que ces caractéristiques seront connues, le yogi verra clairement sa³khata lakkha¼æ. C'est-à-dire que les phénomènes se décomposent en trois parties : le début (l'apparition), le milieu (la durée), et la fin (l'anéantissement).

 

 

 

Plus tard, il verra les caractéristiques d’anicca, dukkha et anatta.

 

 

 

Quand un yogi aperçoit une file de fourmis de loin, il ne voit qu'une ligne noire. S'il s'en approche, il peut distinguer les insectes un à un. En étant tout près, il peut voir que chaque insecte est constitué d'une tête, d'un thorax et d'une queue. De la même manière qu'au début de son entraînement, un yogi ne voit que des objets grossiers. Une fois que l'attention se développe et que les observations deviennent plus nombreuses, il commence à percevoir les conditions changeantes d'instant en instant.

 

 

 

En poursuivant toujours à s'entraîner au développement de la vipassana,

 

 

 

le yogi percevra distinctement l'apparition et la disparition des phénomènes. Cela conduit à la connaissance de la caractéristique d’anicca, autrement dit, que rien n'est durable. En même temps, le yogi réalise, que, du fait que tout phénomène qui apparaît s'anéantit aussitôt, rien ne peut être plaisant. Il comprend ainsi que tout est assujetti à l'insatisfaction et à la souffrance. Il s'agit de la connaissance de la caractéristique de dukkha.

 

 

 

Une autre réalisation que le yogi fera est que les choses ne se produisent

 

 

 

pas selon sa volonté, que rien n'est jamais prévisible à l'avance. Cette connaissance est celle de la caractéristique d’anatta. À ce moment, le yogi comprendra par lui-même que les principales caractéristiques inhérentes à toutes choses sont anicca, dukkha et anatta. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vipassana par J.P. Schnetzler (« la méditation bouddhique »):

 

 

 

 

 

 

Le terme vipassana, purement bouddhique, s’explique par le verbe vipassati : voir de différentes façons, pénétrer profondément un objet. Il concerne cette vision immédiate, quasi-intuitive, qui jaillit soudainement à maintes et maintes reprises, de la réalité des choses telles qu’elles sont, suivant l’enseignement bouddhique (anicca, dukkha, anatta). Arriver à « voir » ainsi la totalité du monde phénoménal, grossier ou subtil, et du monde sans forme, tel est l’objet de la vision bouddhique. Il va de soi qu’un non-Bouddhiste n’a pas à cultiver une telle forme de médiation, pour lui dénuée de sens et, qu’inversement celui, qui spontanément voit ainsi le monde, est prédestiné à la Voie bouddhique. Dans les textes vipassana a plusieurs quasi-synonymes dont nous retiendrons Pañña (compréhension, intelligence intuitive, connaissance transcendante, sagesse, pré-connaissance, vision pénétrante) plus répandu sous sa forme Sanskrite Prajnâ () La signification du terme se ramène au niveau le plus général, à celle du « principe sous-jacent à toutes les formes de connaissance » (Shwe Zan Aung) et qui à lui seul peut mener au Nirvâna, l’être qui aura réalisé la libération par la sagesse (Pañña-vimutti). Il n’est pas inutile de rappeler l’importance de Pañña dans le Théravâda en puisant dans le Visuddhimagga quelques extraits simplifiés.

1. Qu’est-ce que la Sagesse  ?

 

 

 

C’est la compréhension pénétrante associé à une pensée pure.

 

 


 

2. En quel sens est-ce la Sagesse  ?

 

 

 

Parce qu’elle surpasse la perception et la connaissance distinctive. La perception (sannâ) connaît d’un objet sa couleur ou sa forme mais non sa nature intrinsèque. La connaissance distinctive (vinnâna) comprend la couleur, la forme, la nature intrinsèque, mais ne réalise pas la manifestation de la voie supra-mondaine. La Sagesse connaît l’objet, sa nature intrinsèque, et atteint la Voie.

 

 

 

3. Quels sont les caractéristiques, fonction, manifestation, et cause prochaine de la Sagesse  ?

 

 

 

Sa caractéristique est de pénétrer la vraie nature des choses, sa fonction de dissiper les ténèbres de l’ignorance, sa manifestation, l’absence d’égarement, sa cause prochaine, la concentration.

 

 

 

4. Combien y a-t-il de variétés de Sagesse ?

 

 

 

() Retenons que cette Sagesse peut être mondaine (lokiya) ou supra-mondaine (lokuttara), influencée par ou libre des purulences (âsava), réalisée par le raisonnement, la compréhension des textes ou la méditation, et qu’elle consiste dans la connaissance des quatre Vérités -des Ariya-.

 

 

 

5. Comment la Sagesse peut-elle être développée ?

 

 

 

Par la compréhension de l’enseignement bouddhique concernant les agrégats (khandhas), la conditionnalité des phénomènes et notamment de la chaîne des douze origines interdépendantes (paticcasamuppâda) quiconstituent le sol ou Pañña se développe, cependant que la purification morale et mentale constitue ses racines et la purification de Pañña elle-même, son tronc et ses branches.

 

 

 

6. Quels sont les résultats du développement de la Sagesse  ?

 

 

 

En bref, la destruction et pas seulement l’atténuation des purulences (âsava), l’accomplissement de la voie des Ariya, la libération, le Nirvâna, dont les méthodes vipassana constituent la voie directe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’ « ABC » de Vipassana par Dhamma sami :

 

 

 

 

A

 

Analyse

 

La toute première étape qui nous pousse à entamer une démarche susceptible de nous mener à la réalisation du dhamma, c'est l'analyse. Nous remettons tout en question : nos convictions, nos idées, nos croyances, nos principes, nos habitudes, notre manière de vivre, de travailler, etc.

 

 

 

Nous vidons entièrement notre sac sur le sol et considérons chaque élément en détail. Pour chacun de nos projets, de nos souhaits et de nos ambitions, nous essayons de réfléchir concrètement, par soi, les bénéfices ou les inconvénients, l'utilité ou l'inutilité, que nous pouvons en retirer pour nous-mêmes ou pour les autres. Dans ces analyses, nous prenons bien soin de laisser de côté tout ce que nous en savons par les autres, même des personnes de confiance. L'essentiel est de comprendre par soi-même, pour chaque chose, si elle est avantageuse, futile ou nuisible.

 

 

 

En s'entraînant à observer le monde tel qu'il est, en sachant objectivement et régulièrement analyser les situations, des prises de conscience se produisent naturellement ; de plus en plus fréquemment et de plus en plus profondément.

 

 

 

Seule, une investigation minutieuse l'existence que nous vivons nous permet de comprendre par soi-même – sans appui sur des on-dit non vérifiables –, ce qui est sain et ce qui est malsain. Là est le début de la sagesse. Une autre conséquence est de savoir vraiment ce que nous voulons. Ainsi, nous pouvons nous engager pleinement, en toute confiance et efficacement, sur une voie riche en bénéfices à court et à long terme. Tant que la bienveillance, la prudence et l'analyse objective – dépourvue de tout préjugé et de toute croyance – sont de mise, la voie choisie est profitable, car elle est inéluctablement orientée vers le développement de la connaissance juste de la réalité.

 

 

 

Pour une analyse valable, il importe d'abandonner, de rejeter, de mettre une croix sur toutes nos croyances, même si nous sommes intimement convaincus (ce qui est généralement le cas) de leur véracité. Cet abandon est le plus difficile à faire, car les croyances sont les attachements les plus profonds que nous ayons.

 

 

 

Grâce à l'analyse sur les conditions de notre existence, nous comprenons – entre autres – que le fait de prendre plaisir à une sensation provoque de l'attachement. La fin de cette sensation plaisante provoquera alors inévitablement de la souffrance, à la mesure même de l'attachement qui aura été créé pour elle. Par exemple, plus nous nous attachons à un être, et plus nous éprouverons de la souffrance à sa mort (ou en s'en séparant d'une manière ou d'une autre). Naturellement, il en est de même pour la moindre des sensations. Il va sans dire que cette souffrance est sans le moindre bénéfice, et même plutôt néfaste. L'attachement est donc néfaste, stupide et sans bénéfice. En nous séparant d'une personne pour qui nous n'avons pas d'attachement, nous n'éprouvons aucune souffrance ; le mental reste clair. Est-il besoin de préciser que nous sommes beaucoup plus amènes d'aider sainement une personne pour qui nous n'avons pas d'attachement ?

 

 

 

Nous comprenons aussi que l'existence n'est qu'un flot continuel de souffrances, dans lequel nous ne pouvons rien faire d'autre que tourner en rond. Parfois, nous tournons en rond agréablement, parfois nous tournons en rond désagréablement. Quelle satisfaction peut-il y avoir à cela ?

 

 

 

Pour mettre un terme à la souffrance, il n'y a qu'un moyen : l'éradication de l'avidité, de l'aversion et de l'ignorance, qui constituent la racine de l'attachement, de toutes les impuretés du mental. Seule, la paix de nibbána est vide de souffrance. Pour gagner cette paix, il faut alors éliminer l'avidité, l'aversion et l'ignorance. Pour éliminer l'avidité, l'aversion et l'ignorance, il convient de s'entraîner au développement de la connaissance juste de la réalité.

 

 

 

Lorsque cette connaissance est pleinement accomplie, l'ignorance est éradiquée, et le reste des impuretés mentales ne se manifestent plus jamais. N'étant plus attaché aux sensations, le mental cesse de courir vainement après les plaisirs sensoriels.

 

 

 

Par une analyse profonde de la réalité, ayant trouvé par nous-mêmes la voie juste, nous devons établir les bases de notre entraînement...

 

 

 

B

 

Bases

 

Nos actes corporels, verbaux, et même mentaux, sont dominés par la bienveillance et la bienfaisance. Nous nous entraînons à la générosité chaque fois que s'en présente l'opportunité. Nous octroyons des dons, de préférence à des personnes qui en ont besoin. Le don en nature est toujours nettement plus positif que le don d'argent, car d'une part, il nécessite plus d'effort, et d'autre part, on est assuré qu'il s'agira d'un don sain, qui ne pourra pas être transformé en quelque chose de négatif (mauvaise distribution de l'argent, achat d'alcool, etc.)

 

 

 

Toutefois, le don n'est pas limité aux objets. Nous donnons aussi de notre temps, de notre présence, de notre savoir. La pratique idéale de la générosité consiste à donner toujours ce que nous avons de mieux, de neuf, de beau, de belle qualité, tout en gardant pour soi ce qui est moins bien, usagé, laid, de mauvaise qualité, ou plus simplement, savoir se contenter de peu, ne garder pour soi que ce qui est strictement nécessaire.

 

 

 

Outre le développement d'actions méritoires, comme la générosité ou la bienveillance, la base de la voie qui conduit à la connaissance juste de la réalité es